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fredericgrolleau.com


Rennes 2 - cours 2 Initiation Philosophie & Cinéma 20 09 21

Publié le 20 Septembre 2021, 21:09pm

Catégories : #université Rennes 2 - initiation philo & ciné

Rennes 2 - cours 2 Initiation Philosophie & Cinéma 20 09 21

NB : tous les extraits vidéo sont consultables sur  la chaîne youtube de F. Grolleau

 

Synthèse de la séance 1

Reprise et fin du commentaire d'Aristote, Métaphysique sur l'étonnement.

L'enseignement socratique : mettre fin à la léthargie - lien avec Morphé et Léthé

La maïeutique de Socrate

Lien avec The Truman show et Matrix 1

 

Introduction :

Pour la pensée commune le réel est défini par ce qui s'offre à percevoir ou, du moins, est tenu pour susceptible d'être perçu. Les philosophes, plus circonspects dans leur appréciation de la réalité nous mettent tous en garde contre ce qui pourrait bien être une pure illusion : ce n'est pas la réalité elle-même que nous percevons, mais sa transposition mentale en nous, sans même nous en apercevoir. Platon a magnifiquement analysé cette illusion au livre VII de la République en suggérant, au moyen d'une allégorie, que le commun des mortels, tel des prisonniers enfermés dans une caverne et tournant le dos au monde extérieur, ne perçoit que l'image de celui-ci, tout en croyant le voir lui-même.  A supposer que ce soit bien la réalité que nous percevions, ce que nous nous représentons d'elle n'en est pas moins une reconstruction mentale, objet d'un jugement, fruit lui-même d'une interprétation des données sensorielles, comme l'a bien expliqué à son tour Alain à la vue d'un cube, à la suite de Descartes examinant un morceau de cire, qui n'a de cire que l'apparence (cf. cours sur la perception) !

Présentation texte de Platon et de l'image 1 qui l'illustre :

==>> la preuve en image et en son : Atelier 2 - The Truman show

Notes des étudiant(e)s sur  cette séance :

20 09 21

Aristote s'appuie lui aussi sur la notion de l’étonnement. Il s'agit de la capacité à se prendre en charge qui va avoir la spécificité d’une vue en miroir, d’une contemplation vers quelques chose de plus aiguisé, on questionne le monde. Or la différence entre apercevoir une difficulté et s’en étonner, c’est que dans ce dernier cas, comme le dit le texte de la Métaphysique, l'on "reconnaît sa propre ignorance” - ce qui est  la définition de philosophie selon Aristote. 
On met sur la même ligne le fait qu’il y a des problèmes (problema en grec désigne l'écran, ce qui est jeté au devant de soi) et qu'on le sait. Ainsi, en quoi ce que je vois à l'écran peut-il avoir de la valeur sur la réalité/vérité ? 

Souci : le seul fait de projeter l’image nous fait abandonner la réalité de la scène qui eut précédemment lieu. Et ce n’est pas parce que l’on voit quelque chose que c’est vrai. Il est théoriquement (théorein - voir, contempler en grec) possible que rien n’est possible.

Rappelons que Descartes fait du doute la modalité du rapport de l’Homme au monde ; ce qui est l’étonnement chez Aristote devient le doute chez Descartes. Et que le père de la philosophie occidentale, c’est celui qui modestement dit qu’il ne sait que peu de choses, c'est Socrate.
L'étonnement de Socrate à empêché les citoyens d'Athènes d'être empêtrés dans une léthargie.  Mais si l’ignorance est de fait un déficit de connaissance, est-ce que la cacher ne serait une porte de sortie, une forme de reconnaissance (comme celle obtenue par les sophistes persuadés de savoir alors que Socrate leur montre que ce n'est pas le cas et qu'ils sont plus ignorants que les ignorants ne prétendant pas, eux, savoir) ?
Cela renvoie ici au fait que Socrate met en avant sa non-connaissance voire son ignorance pour mettre en défaut les sophistes persuadés de maîtriser le savoir. En assumant savoir qu’il ne sait rien, Socrate peut ainsi montrer qu’il sait vraiment le peu qu’il sait en le transmettant à d’autres et en le justifiant, ce qui n’est pas le cas des sophistes.

Dans son texte, Aristote tire la conclusion qu'à partir du moment où autrui fait l'effort de ne plus être dans l'image, d'honorer le sens de l'écran, le "problema", en prenant conscience de ce que il ne sait pas, il devient philosophe.  C'est un travail sur soi pour tenter de ne pas se mentir, ni à soi même ni aux autres, pour trouver quelque chose d’incontestable. cf le sens de  la Vérité en grecque : aléthéia, le lever du voile, désocculter quelque chose, la sortie du fleuve  - léthal- du sommeil (le fleuve Léthé dans les enfers - voir le sens du mot léthargie). Faire de la philosophie donc,  c’est être en éveil.

La philosophie, dit Aristote,  c’est la réflexion dans le but seul de réfléchir. Cette position sera contestée par Karl Marx dans le cadre de sa réflexion d'économiste  sur le travail, au sein du système du "communisme" qu'il appelle de ses voeux à partir de 1844  et dont il emprunte le principe à Platon d’ailleurs qui théorise la "mise en commun " des femmes et des enfants au livre 8 de La République. Marx qui dira : “Les philosophes n’ont fait que de penser le monde, ce qui  importe maintenant c’est de le transformer”.

Aristote, philosophe de l’Antiquité, élève de Platon, tente pour sa part dans notre texte de répondre à une question : quel est le but de l’activité philosophique ? Dans la Métaphysique, Aristote remonte ainsi jusqu’aux origines de la philosophie. 
- C’est une activité de connaissance, elle n’a aucune visée utilitaire contrairement aux autres activités. Le philosophe ne recherche que l’accès à la connaissance. Il souhaite mettre fin à l’ignorance que son étonnement lui fait ressentir.
- Pour montrer que la philosophie est une pure recherche de connaissance, Aristote remonte à son origine première, l’étonnement. C’est par ce dernier que l’homme prend conscience de son ignorance
- Dans le texte, il y a une argumentation en deux temps : l. 1 à 8, genèse de la pensée philosophique assimilée à l’étonnement (thaumazein, comme chez Platon) et l. 8 à 20, Aristote déduit la spécificité de la philosophie et son activité  de cette origine première qui est l’étonnement. La philosophie n'a alors pas d’autre but que de mettre fin à l’ignorance que l’étonnement (r)éveille.

Dans le deuxième temps de son argumentation, lorsqu’il parle du but de la philosophie, il dit en parlant des premiers philosophes : “il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire “.  Pour Aristote, le but de la philosophie est d’atteindre la connaissance, il s’agit d’un but purement théorique et donc, en aucune façon utilitaire. Il s’agit de savoir pour savoir.

Passage au film The Truman Show afin de mettre en lumière les thèses de Platon et Aristote.

Dans ce film, qu'est-ce qui fait que nous sommes différents de Truman ou comme Truman ?  Le film illustre en quoi la notion d'idéalisme s'oppose à celle de l'empirisme. De fait, une fois qu’on a accepté - grâce au thaumazein, que notre réalité était fausse, il faut trouver la vérité parmi ces mensonges. 
Truman - "l'Homme vrai" en anglais-  se met en effet, comme Descartes,  à douter de sa propre réalité, mettant en pratique cet adage de Paul Valery. : “Il n'y a que les sot et les huîtres qui adhèrent”.  Cf le sens de la sottise : "idiotès" en grec, celui qui est enfermé dans sa particularité, dans sa bulle.  En ce sens, The Truman Show semble puiser aux sources de la philosohie de Platon, notamment son "allégorie de la caverne" (République, 7).

Rappel de l'xplication du texte de Platon qui a influencé Aristote pour son texte. Pour la plupart des gens, quand on dit réalité, on la ramène en général à ce qui est perçu, à l'idée de perception, mais le souci c’est que dès l'instant où il y a perception cela devient un soupçon envers l'appréciation de la réalité.  
Cette définition du réel pose un souci car la perception peut être le lien à une passivité ou bien une passion négative par exemple (un mauvais pathos en grec et on verra plus loin qu'Heidegger, citant Platon & Aristote évoquera un bon pathos , le thaumazein justement ! ).
On sait bien la difficulté de l'objectivité car Les temps, les durées diffèrent selon notre perception avec différents cadres et repères, c'est une question du référentiel.  "L'allégorie de la caverne" est la première première utopie avant même que le mot n'existe. Platon y invente une cité idéale qu’il appelle République. Il imagine là la meilleure cité possible, où Socrate, son maître, s’il réapparaissait, ne serait pas exécuté, pour avoir philosophé,  comme il l'a été à Athènes en 399 av. J.C. Un monde où Socrate pourrait continuer de pratiquer cette tradition orale. Au 7e livre de La République, oeuvre où il s’appuie sur les mythes existant et en invente, Platon imagine une histoire, d’où "l’allégorie de la caverne". 

Lecture du texte

Celle-ci revient à se poser cette question : est-ce que nous percevons la réalité ou est-ce que la réalité n’est pas déjà une image sur un écran ?  "L’allégorie de la caverne" est un dispositif audiovisuel, une projection d’ombres associées  à des sons et la seule chose vue par les prisonniers de la grotte. Étant du point de vue des prisonniers, n’ayant vu que les ombres, nous prenons donc les images/ombres/son diffués par les marionnettistes pour réalité. Mais s’échapper de cette grotte et de cette manipulation semble difficile comme le montre The Truman Show car nous ne savons pas que nous sommes prisonniers. Comment vouloir s’échapper d’une prison dont on ne connaît pas l’existence ?

Si un Homme devait se lever, bouger, et aller voir la lumière (le Soleil extérieur), la découverte du mouvement et la gêne de ses yeux habitués à l’obscurité provoqueraient en lui une grande douleur. Donc chercher à sortir de notre prétendue  réalité pour comprendre la vérité serait douloureux car cela nous extirperait de nos habitudes. Si encore les prisonniers étaient prévenus qu’ils étaient prisonniers, ils devraient faire un choix entre rester prisonniers de cette réalité ressentie depuis toujours ou tenter d’aller voir et de découvrir autre chose, LA réalité. Mais ce n'est pas le cas car ils ignorent que prisonniers ils sont.
Ainsi, par extension ) ce dispositif, peut-être que les objets que nous appelons d’une manière ou d’une autre ne sont pas réellement ce que l’on croit qu’ils sont, car nous - nous aussi, à l'instar des prisonniers en question - sommes conditionnés dans une fausse réalité depuis tout petits et habitués à sa dimension a et ses normes arbitraires (ex. la propagande pendant la guerre).

voir la séance 3

 

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