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fredericgrolleau.com


Pascal et "les quatre laquais"

Publié le 28 Septembre 2021, 12:09pm

Catégories : #Philo (textes - corrigés)

Pascal et "les quatre laquais"

De tous ceux qui prétendent à la science ou à la lumière, certains n’ont pas la lucidité requise. Ce sont, selon Pascal, les demi-habiles et les dévots :
« Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habile les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple mais par la pensée de derrière. Les dévots qui ont plus de zèle que de science les méprisent, malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu’ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure. Ainsi vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu’on a de la lumière ».
(Pensées, B 337).

Les demi-habiles, sous couvert d’une érudition dont ils pensent être seuls détenteurs, critiquent le peuple, raillent sa façon de se divertir et de se conformer à la hiérarchie sociale. Pour autant, ils se trompent en pensant de la sorte car c’est le peuple, sans le savoir, à la différence des habiles, qui a raison. En effet, l’homme condamné à mourir a besoin de se divertir. A défaut de divertissement, l’existence ne serait qu’une attente de la mort. Ensuite, l’instinct humain n’est pas la sociabilité mais la sécurité. C’est donc conventionnellement qu’il se soumet à un ordre social seul garant de la paix civile :
« Que l’on a bien fait de distinguer les hommes par l’extérieur, plutôt que par les qualités intérieures ! Qui passera de nous deux ? Qui cédera la place à l’autre ? Le moins habile ? Mais je suis aussi habile que lui, il faudra se battre sur cela. Il y a quatre laquais, et je n’en ai qu’un : cela est visible ; il n’y a qu’à compter ; c’est à moi de céder, et je suis un sot, si je le conteste. Nous voilà en paix par ce moyen ; ce qui est le plus grand bien ».
(Pensées, B 319).

Les pseudo-habiles sont en quelque sorte des imposteurs. Ils n'ont pas su aller plus loin dans leur poursuite de la vérité, mais cela ne les empêche pas de se présenter comme des savants à l’abri des illusions. Ils donnent la leçon bien qu’ils ne sachent pas lire entre les lignes, ne disposant pas d’aptitude à la lucidité, ni à la dérision, qui caractérise les habiles. Ils n’ont pas selon la terminologie pascalienne de "pensée de derrière": « Il faut avoir une pensée de derrière, et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple ». (Pensées, B 336).

Ainsi, le peuple agit comme il se doit mais il a tort en croyant déceler la vérité dans l’objet de ses actes. Il pense par exemple que le lièvre qu’il poursuit motive son comportement alors que c’est le caractère divertissant de la chasse qui le pousse à agir de la sorte. Ses actions sont bien plus le fait de s’oublier, de s’affairer pour ne plus s’imaginer cette impasse existentielle au bout de laquelle seul il se dirige. La raison peut certes mettre en évidence cette erreur d’appréciation communément commise, mais pour autant est-elle suffisante pour illuminer un peu plus la conscience que de ce simple constat ? A moins que ce ne soit la foi qui puisse dépasser les limites d’une intelligence trop humaine ?

Sur ce point, Pascal n’apprécie guère non plus les dévots qu’il compare aux demi-habiles lorsque, sous prétexte d’une religiosité revendiquée et d’une révélation dont ils seraient les seuls bénéficiaires, ils accordent peu de crédit au peuple. Les dévots considèrent le peuple comme incapable de recevoir seul le message divin et qu’en conséquence le péché, par méconnaissance, encadre leurs faits et gestes. Pascal leur oppose les chrétiens, assimilés aux habiles pour la science, pour qui Dieu n’est pas un livre à apprendre mais le sauveur d’une humanité dont le péché lui est intrinsèque. La marque de Dieu ne peut donc pas être politique, ni s’inscrire dans la cité. Les hommes sont entre eux sur Terre jusqu’à ce que le divin les appelle. Le salut n’est pas décrétable par l’homme, tel est en substance le message de Pascal. Libre à chacun d’adhérer ou non à cette proposition.

 

source : 

http://philosophie-initiation-cours.over-blog.com/etudes/textes/pensees-blaise-pascal

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