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fredericgrolleau.com


"L’illusion d’une réalité vaut-elle la réalité ?"

Publié le 12 Mars 2021, 14:31pm

Catégories : #Philo (textes - corrigés)

"L’illusion d’une réalité vaut-elle la réalité ?"

Proposition de traitement par Mr Atuko Dzidziguri, lycée Jean Macé de Rennes, TG2, mars 2021. 

Sujet : L’illusion d’une réalité vaut-elle la réalité ?

« La vie a besoin d'illusions, c'est-à-dire de non-vérités tenues pour des vérités » exprime Friedrich Nietzsche dans Le livre du philosophe publié à la fin du 19ème. Nous existons, et nous percevons des choses qui nous entoure mais comment expliquer tout ce que nous voyons? Est-il possible de le définir ? On vit dans un monde réel, car le réel ne peut être changé, en d’autres termes c’est ce qu’on peut appeler la réalité. Mais nous pouvons nous demander ce qu’est la réalité ?
Tout d’abord, la réalité relève de l’expérience que chacun éprouve : c’est concret, immédiat, palpable et indéniable donc en un sens c'est subi, car la réalité est à l’état brut et ne peut être changée. Mais également, l’expérience de la réalité passe par nos qualités sensorielles et nos impressions. Mais tous les concepts ou mot possèdent un opposé ; dans ce cas de figure c’est l’illusion. Qu’est-ce
 alors au juste que  l’illusion ?

Qu’on en soit la victime ou bien soi-même la cause, l’illusion consiste à croire à des choses fausses, en le  fait de « se faire des idées », des convictions qui ne correspondent pas au réel. Il faut dire que l’illusion nous réconforte et nous apaise, elle « nous arrange » et, si la vérité est parfois difficile à accepter, sa fonction est de nous rassurer, de compenser nos frustrations.  L’enjeu de notre problème est de savoir si l’illusion peut-être équivaut à une réalité, et de se demander si l’illusion peut-nous rendre plus heureux : faut-il alors la préférer à la réalité si celle-ci nous rend tristes ? Faut-il au contraire toujours considérer que la réalité est préférable à toute forme d’illusion même si elle nous attriste ou nous déçoit ? Faut-il, perdre ses illusions ou bien certaines d’entre elles ? Ou au contraire, l’illusion ne nous permet-elle pas d’avancer dans la vie ?

Partant de tout cela, on peut se demander : "l’illusion d’une réalité vaut-elle toujours la réalité?"  Spontanément, on aurait tendance à penser que l’illusion est définie comme une sorte de fuite du réel et une manière de trouver un réconfort par rapport à une réalité frustrante. Mais elle peut également être quelque chose qui serait imposé de manière que les individus soient inconscients de sa présence.  Dans cette perspective, l’illusion fait partie de notre vie quotidienne que ce soit voulu ou non voulu. On pourra alors se demander si elle n’est pas la raison même de notre existence en tant que sujet.

      L’individu préfère vivre dans un monde illusoire que dans une réalité. En effet, Il existe différentes sortes d’illusions, celles qui sont basées simplement sur nos sens c’est-à-dire les illusions perceptives (une distorsion systématique de l'impression perceptible par rapport à la réalité ; illusion de Delboeuf) et celles qui sont fondées sur les dérives de notre imagination à savoir les illusions oniriques ou psychologiques (distorsion visuelle, état de confusion). Lorsque la réalité est froide et décevante, en décalage par rapport à nos aspirations, il nous est assez facile de nous laisser aller à rêver, à fantasmer, à embellir la réalité, et de nous inventer des croyances, un monde imaginaire qui vient combler nos frustrations ou nous apaiser, ou bien on se réfugie dans une simulation créée par d’autres comme dans « Ready Player One» sorti en 2018 et réalisé par Steven Spielberg.

Pour résumer le film, en 2045, le monde a été ravagé par le changement climatique et quelques crises énergétiques. Wade Watts (Tye Sheridan) vit dans un ghetto de Colombus, Ohio et passe le plus clair de son temps comme Parzival, son avatar dans l’Oasis, un système de réalité virtuelle créée par James Holliday (Mark Rylance) et son acolyte Ogden Morrow. Avant de disparaitre son créateur a caché un « Easter egg » l’œuf de pâques, celui qui le trouvera prendra possession de Oasis, ce qui n’est rien compte tenu du fait que tout le monde entier dépense son argent dans cette réalité parallèle. Ce qu’on peut dire c’est que ces fameux gamer ne se sont même pas aperçus qu'ils n'ont fait que déplacer le problème, sans chercher à les résoudre. Oui déplacer car le monde dans lequel ils vivent ne leur plaît pas et il se réfugie dans « l’Oasis », leur vie dans le monde réel n’a plus sens. C’est pourquoi Holliday crée cette quête de l'œuf de Pâques : pour donner du sens.
On peut voir Wade Watts mettre un casque virtuel qui le transporte dans un monde parallèle où il peut faire ce qu’il souhaite. Mais le fait de mettre ce casque c’est comme si il se bondait les yeux, devenir aveugle dans ce monde pour devenir tous dans l’autre. Il sait que c’est juste de l’illusion mais il continue de jouer. On voit également qu’il porte un uniforme qui permet de transférer les sensations du monde virtuel dans la vraie vie, il a donc tous les sens qui lui permettent de vivre, les sens dont on a besoin dans le monde réel pour survivre. Il est donc très difficile de différencier le vrai du faux, et cela peut devenir très dangereux, car certains vont préférer rester à vie dans cette simulation pour échapper a la dure réalité. C’est se mentir a soit même, de penser être libre alors que c’est juste de l’illusion d’être libre à savoir un jeu.

     Pour pouvoir survire dans un monde pareil il faut strictement tout questionner. Se poser des questions est à la portée de tous. Nous avons le droit d'interroger le monde afin de trouver notre chemin dans ce labyrinthe. Ces gens qui acceptent de consacrer leur vie afin de trouver cet œuf ne se questionnent pas, ils perdent les précieuses secondes, minutes, heures, jours, mois et années à jouer à un jeu, dans lequel il est possible que l’œuf ne soit même pas présent. Qui nous dit que cet oeuf de pâque n’est pas une invention pas les créateur pour attirer plus de joueurs? Ils ne questionnent pas leur existence pour éliminer ce qui est faux, comme le projet cartésien ; Descartes entend rejeté toute la scolastique, tous les arguments de l’autorité, pour exiger une certitude absolue en sciences et en philosophie. Il se calque sur le modèle des mathématiques, pour trouver cette même exactitude qu'on retrouve dans celles-ci.

Pour fonder le savoir, on doit révoquer en doute l'ensemble des choses qu'on tient pour vrai, cette idée est développer dans la première Méditation de métaphysiques de Descartes, 1641, comme par exemple la tromperie du rêve. Pour lui il existe un malin génie un Dieu qui le trompe en permanence, donc on doit douter de manière hyperbolique, c’est un doute méthodique, on ne doute pas pour douter, on ne doute pas à la manière des sceptiques, on souhaite trouver une vérité indubitable. Pour lui, la première certitude c'est si je doute absolument tout, ce qui est sûr que « je pense donc je suis » je peux me tromper mais si je me trompe alors j’existe c’est le « cogito ergo sum ». La pensée constitue notre existence, toutes les pensées résident dans une substance immatérielle « par le mot de penser, j'entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes », Principes de la philosophie, 1644. Ici Descartes nous dit que l’homme ne possède pas d’inconscient, tous ce qui se fait en nous est ressenti et compris par l’homme. Donc l’activité qui se déroule en nous est perçu, nous sommes maitre de notre pensée puisque nous avons la totale conscience sur nous. Si ces gens dans le film « Ready Player One» doutaient de la même manière dont Descartes doute alors ils trouveraient cette vérité, qui leur permettra de vivre dans ce monde.

      Dans tous les cas, l’illusion ne semble pas ici se réduire à une simple erreur car elle ne se corrige pas facilement et semble relever d’un monde imaginaire persistant qu’on nous  fabrique pour nous protéger de la dure réalité… Du latin « illudere » (se jouer de – se moquer de) l’illusion est donc une croyance ou une opinion fausse qui trompe notre esprit par son caractère séduisant et qui est fondée par l’espérance de la réalisation d’un désir. Il ne s’agit donc pas ici de mensonge, car celui qui est illusionné ne fait pas la différence entre l’illusion et la vérité puisqu’il y croit ; on parle d’un mensonge fait à soi-même par lequel on se fabrique ses propres illusions, une forme de déni de réalité, comme dans le film « Ready Player One». Le mensonge vient en effet de celui qui sait qu’il dit l’inverse de la vérité (ou tout au moins de ce qu’il pense être la vérité) et qui fait le choix de ne pas la dire à quelqu’un.

L’illusion au contraire consiste dans le fait que l’on ne regarde pas les choses en face, par faiblesse ou par volonté de faire diversion, par crédulité, ce qui nous conduit à fuir le réel pour éviter d’avoir à en souffrir. Mais ces univers du fantasme, du rêve, doivent-ils être évités justement parce qu’ils sont fictifs, virtuels, ou l’homme en a-t-il fondamentalement besoin pour être  heureux ? Il semblerait moins difficile de se réfugier dans certaines croyances imaginaires pour se protéger de la réalité parfois cruelle. La fuite dans l’illusion pourrait alors nous apparaître positive et préférable par rapport à une réalité finalement déprimante au sens où il s’agirait d’une stratégie de diversion c’est-à-dire de « divertissement » au sens pascalien du terme. Le philosophe Pascal, dans Les Pensées, définissait le divertissement comme une stratégie que l’homme préfère mettre en place pour fuir la triste réalité de sa condition, les hommes pour ne pas en être troublé, préfèrent ne pas trop y penser :  « la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser ». Telle est la définition la plus simple que Pascal donne de ce qu’il appelle le divertissement (fragment 168, in Les Pensées). Il s’agit donc de la manière que nous avons, quotidiennement, de nous dissimuler notre existence véritable, notre finitude : si les hommes placent leur bonheur dans des activités sociales multiformes qui relèvent d’une agitation incessante, c’est au fond pour fuir la conscience de leur nature mortelle. Finalement, pour être heureux, l’homme fait le choix de penser à autre chose qu’à ce qui le gêne : l’adhésion à des illusions est le résultat de ce même mécanisme. Mais cette fuite du réel rend-t-il l’homme plus heureux se demande alors Pascal ? « N’est-ce pas être heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement ? – Non ; car il vient d’ailleurs et de dehors ; et ainsi il est dépendant, et partant, sujet à être troublé par mille accidents qui font les afflictions véritables » (fragment 170).

Autrement dit, le divertissement est toujours fragile et la réalité du malheur qu’implique la vie peut revenir à chaque moment brutalement. On peut penser qu’il serait plus confortable de ne pas voir certaines choses pour ne pas en être troublé, de fuir la vérité triste pour se réfugier dans l’illusion heureuse, mais rien ne nous garantit que la réalité ne viendra pas refaire surface d’autant plus brutalement que nous aurons auparavant refusé de la voir, on voit ceci dans ce film où le créateur arrête toutes les semaines le jeu pendant deux jours, pour permettre aux personnes de retrouver leur vraie vie.

   Mais l’illusion peut également être imposée de manière que les individus soient inconscients de la présence de celle-ci. Effectivement, l’illusion est présente dans la vie quotidienne de tout le monde, mais personne ne doute de sa présence. L’illusion est une substance qui réduit la liberté, mais vit-on vraiment dans l’illusion? Comment on être sûr  que nous sommes libres? Cette illusion est imposée par un tiers qui a besoin qu’on vivent dans l’illusion, dans l’ignorance, pensant être libre alors qu’on est juste des esclaves de quelqu’un ou de quelque chose. L’illusion est une perception erronée due à une apparence trompeuse. Est-ce que nous avons la moindre preuve que ce que vous voyez est véritablement le réel ?Pourriez-nous affirmer, démontrer que ce que nous percevons c’est la réalité? Ceci est exprimé dans le film Matrix » sorti en 1999 et réalisé par Les Wachowski. Dans "Matrix" un jeune informaticien qui s'appelle Néo et conduit devant une légende du milieu informatique qui s'appelle Morpheus. Il a le choix entre deux pilules le rouge et le bleu, Morpheus lui disent « choisis la pilule bleue et tout s’arrête. Choisis la pilule rouge et tu restes au pays des merveilles » Que ferions-nous à la place de Néo? La vérité ou l’illusion qui réconforte? « attention » ajoute Morpheus « je ne t’offre que la vérité » ce qui est déjà un indice, la vérité n'est pas toujours joyeuse.

Est-ce qu'il vaut mieux être ignorant mais content ou est-ce qu'il vaut mieux être savant est malheureux? C'est une question que le philosophe Descartes se pose dans une lettre qu’est La lettre à Elisabeth, 6 octobre 1645, la thèse du texte est la suivante ; si l’homme veut la vérité il lui arrive cependant souvent d'outrepasser par son vouloir ce qui se présente à son entendement, ainsi l’erreur est d’avantages le signe de son désire de vérité que ce celui de l’imperfection de son entendement, c’est la réponse que Descartes donnes concernant la vérité. Même si la vérité est douloureuse elle est tous de même préférable à l’illusion, Néo fait donc un choix cartésien.
Mais la véritable question à laquelle nous confronte le film Matrix ce n'est pas tant celle de savoir s’il faut préférer la vérité ou l’illusion mais c'est de savoir si nous avons accès au réel. Dans le livre XII de La République, Platon écrit un mythe qu’est devenu célébrissime qu'on appelle « l'allégorie de la caverne » représentez-vous l'humanité comme enchaîné depuis sa naissance dans une caverne souterraine où il a jamais vu qu'une paroisse au fond de la caverne, sauf que derrière eux se trouve un feu, et derrière ce feu des petits êtres qui portent des statuettes et qui projettent donc une ombre sur la paroi. Platon demande est-ce que les humains ainsi enchaîné peuvent se rendre compte que ce qu'ils perçoivent ça n’est qu'une ombre et répondre que non, que s'ils n'ont jamais pu tourner le visage alors nécessairement il pense que ce qu'il voit c'est le réel. Tout de même des prisonniers se libèrent, ces prisonniers qui se libère c’est néo et Morpheus.  Platon va poser et définir deux concepts le premier c'est l'idée de perception sensible, Platon va appeler sensible tout ce que nous percevons, donc la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, et justement Platon va nous dire que ces perceptions sensibles ne sont que des illusions, ne sont que des ombres d'une réalité véritable plus haute qu’il va appeler la réalité intelligible. On peut accéder à l'intelligible mais il faut s'abstraire de ses perceptions et préférer cheminer par sa raison plutôt que par ses sens.

Platon nous indique aussi que nos sens joue un rôle dans la constitution de la connaissance, parce que les réalités sensibles nous offrent ce que Platon va appeler des réminiscences à savoir souvenir d'une connaissance acquise dans une vie antérieure, quand l'âme, qui vivait dans le monde supra-sensible des essences, contemplait les Idées. Il y a un lien entre l'intelligible et le sensible dans le film "Matrix" qui s'appelle les phénomènes de déjà vu, parfois la matrice bugs et du coup ceux qui sont dans la matrice se rendent compte que quelque chose ne tourne pas rond et qu'on n'est pas là dans le réel véritable. « As-tu déjà fait un rêve qui te semblait plus vrai que la réalité? Si tu ne sortais plus de ce rêve, comment ferais-tu la différence entre le rêve et la réalité? » dit Morpheus à Néo : on peut remarquer ici que c’est difficile de différencier l’illusion et la réalité, qui nous dit que nous ne sommes pas dans une simulation, et que nous nous trouvons dans des capsules remplies de liquide nutritif et que tout ce que nous percevons ce n’est transmission d’informations, de perception réalisé par une intelligence artificielle. Aujourd’hui il est impossible de prouver que nous ne vivons pas dans une simulation, donc il y a une chance que nous soyons tous des pions joués par des robots ou autre chose qui veut arriver à ses faims.

     Cette illusion qui prive donc les individus de liberté peut également être vu dans « Minority Report » sorti en 2002 et réalisé par Steven Spielberg. Nous sommes en 2054, dans le cadre d’un programme expérimental cantonné au seul district de Washington, le ministère de la justice peut arrêter les criminels avant leur passage à l’acte. Des jumeaux et une jeune fille, Agatha, baptisés « Precogs » en raison de leurs pouvoirs médiumniques, sont gavés de drogues synthétiques et isolés dans une piscine sous le regard de la brigade « Précrime », qui guette leurs prédictions. Le policier John Anderton (Tom Cruise) regarde et interprète sur un écran télépathique le film des crimes futurs. Donc tout est déterminé, on peut prédire le futur et crimes qui seront commis par les individus.
Le déterminisme considère que le hasard et la liberté n’existent pas, n'ont aucun effet. Les événements sont le fruit de cause et de conséquences nécessaires et systématiques.  Pour Spinoza, le libre arbitre n’est qu’illusoire. En réalité pas de choix se présente à moi, un enchaînement de causes me mène à réaliser une action. Si je dois manger une pomme aujourd’hui c’est parce que tous les critères pour la manger sont réunis, mais je pourrais très bien ne pas la manger. C’est la conséquence de causes qui relèvent des lois de la nature tout entière. Nous avons presque instinctivement tendance à croire que nous agissons toujours de notre seul fait et que nous sommes maîtres de nos pensées et de nos actions. Nous avons quotidiennement l’impression que nous sommes la seule cause de nos actes et de nos idées, cela nous apparaît comme une évidence.

Pourtant, Spinoza stipule qu’il n’y a pas de but dans l’Univers et que les choses suivent un ordre déterminé, par les lois de la nature et de Dieu. Ces deux notions sont les mêmes pour le philosophe. La liberté, définie comme le libre-arbitre, s’oppose à l’idée de nécessité et de déterminisme. De fait, si tout ce qui se produit dans l’univers se produit selon l’enchainement nécessaire des causes et des effets, il n’y a aucun sens à parler de libre-arbitre. Celui-ci suppose d’admettre qu’il y a de la contingence (ce qui est contingent c’est l’éventualité, la possibilité que quelque chose arrive ou non). Un acte procède du libre arbitre s’il met en jeu une initiative du sujet ne devant pas être conçue comme l’effet nécessaire des causes antécédentes. Le libre arbitre suppose que l’auteur de l’acte s’institue cause première de celui-ci. Pour Spinoza, cette illusion de liberté est une croyance irrationnelle, car elle suppose de faire de l’Homme un individu échappant aux lois naturelles. Or il ne peut échapper aux lois réelles et est constamment soumis à cette nécessité naturelle. Ce n’est pas pour autant que l’Homme n’est pas libre, c’est qu’il est libre de « persévérer dans son être ». C’est-à-dire qu’il agit selon son « conatus » : l’effort de persévérance dans son être. Le monde extérieur est contraint aux lois naturelles mais intérieurement, l’Homme se développe en pensant, agissant selon ses désirs mais soumis à la Nature et à Dieu. Un concept que l’on retrouve dans la philosophie en général. Être libre pour Spinoza, c’est comprendre ses passions et ses affects pour moins les subir et pleinement agir selon mon vonatus.

En 1674, dans la Lettre 58 à Schuller, le philosophe schématise ce procédé via une pierre qui roule. « Cette pierre, assurément, puisqu’elle n’est consciente que de son effort, croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison qu’elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. », donc l’homme ne possède pas de libre-arbitre car les causes nous détermine, et on ne fait techniquement pas de choix, en d’autre terme toutes actions faites par l’homme sont déjà déterminées. Partant de ceci, on peut dire que nous ne sommes pas libres de faire ce qu’on veut et qu’on vit dans l’illusion car il est impossible pour un individu de commettre un crime. Toutefois illégal, un crime est un acte de liberté, on est libre de faire cela car on le désire. Même si les lois nous l’interdisent, on est techniquement libre de le faire. L'acte gratuit selon André Gide à travers la figure de Lafcadio exprime bien ceci, il pousse un homme d’un train sans motif de vengeance ou autres, mais bien pour se prouver qu’il est bien libre. Tout cela n’est pas possible dans un monde avec Précrime. On n'est pas libre, on pense l’être, en réalité on vit dans une illusion sans nous rendre compte.

     Dans cette perspective l’illusion fait partie de notre vie quotidienne que ce soit voulu ou non voulu, on pourra alors se demander si elle n’est pas la raison même de notre existence en tant que sujet. Assurément les hommes ne réussiront sans doute jamais à perdre toute forme d’illusion : si l’illusion trouve sa racine dans la satisfaction imaginaire d’un désir, et si le désir se renouvelle sans cesse et « déborde » en quelque sorte du réel, alors il semble difficile d’imaginer pouvoir perdre nos illusions, se passer de certaines croyances. D’ailleurs l’illusion, tout en étant inévitable, n’est-elle pas parfois nécessaire et utile ? N’est-elle pas ce qui nous aide à vivre ? Ne peut-elle pas être choisie en connaissance de cause ? L’illusion en tant que satisfaction imaginaire d’un désir peut être estimée et évaluée différemment selon son utilité pour la vie : n’y a-t-il pas des illusions qui sont favorables et d’autres dont il faut apprendre à se garder ?

On pourrait tout d’abord rappeler avec Rousseau, que puisque l’homme est un être de désir, il ne cesse d’espérer et d’imaginer, d’attendre de l’avenir et de « fantasmer » sa vie : le désir projette en effet l’homme dans une attente qui produit en lui un certain plaisir et, nous dit Rousseau dans La Nouvelle Héloïse, « on jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux », Nous nous donnons une certaine conception du bonheur, et nous mettons tout en œuvre pour y parvenir, mais une fois atteint, nous sommes déçus. L'image qu’on se donne du bonheur ne correspond pas à ce que nous pouvons rencontrer dans la vie quotidienne, c'est pourquoi on préfère vivre dans l’illusion et s’échapper, ce qui signifie que la seule manière dont on peut être heureux c’est de ne point être dans la réalité. Le bonheur est si fantasmé par l’homme que, une fois rencontré, on ne le reconnaîtrait pas et on passerait à coté. C’est que l’homme passionné, l’amoureux fou par exemple, va embellir l’objet sur lequel convergent tous ses désirs et le sentiment amoureux ressemble alors furieusement à une sorte d’illusion. Mais après le fantasme amoureux, vient le rapport à la réalité du quotidien et des relations humaines et alors « tout ce prestige disparaît devant l’objet même » et « l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Être existant par lui-même, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas ».

Ce que veut dire ici Rousseau c’est l’homme ne peut pas s’empêcher de désirer et donc de rêver à des choses qui sont en partie illusoires comme nous avons vu avec le film « Ready Player One» ou désiré vivre dans une illusion pour échapper à la réalité. Mais il trouve déjà dans ses fantasmes une forme de satisfaction par rapport à une réalité qui elle s’avère être décevante. Autrement dit, pas de bonheur sans illusion. Certaines productions imaginaires nous semblent alors indispensables : pourrions-nous vivre sans fantasmer en somme? Pourrions progresser en politique et dans l’histoire sans rêver et croire en un monde idéal ? Le progrès n’est-il pas toujours fondé sur des rêves futuristes en partie illusoire?
L’imaginaire politique peut, dans bien des cas, nous paraître utopique mais ces idées d’un monde meilleur peuvent être de puissants leviers favorisant l’action collective, comme dans le film « Minority report » on désire un monde sans crime et donc sans violence, parlant de cela on peut affirmer que l’imagination est indispensable dans un monde ou on souhaite vivre paisiblement, car cela permet d’évoluer et de mettre en place des action permettant de le réaliser.

    De même, le philosophe Nietzsche dans La naissance de la tragédie, considère que l’imaginaire artistique nous donne « toutes ces illusions de la belle apparence qui rendent, en chaque instant, l’existence digne d’être vécue, et nous incite à vivre l’instant qui suit » Par cette phrase Nietzsche dit que ce qui permet aux hommes d’avancer c’est de fantasmer, être dans l’illusion, car elle rends la vie moins difficile et ainsi la vie prend son sens. C’est ainsi que l’art permet d’être une illusion utile à la vie en transformant la plainte des hommes en hymne à la vie. Si la tragédie représente les malheurs de l’existence, pourtant cette représentation tragique est capable de produire la joie esthétique du théâtre tragique où l’homme se décharge de ses propres souffrances.  L’idée centrale de Nietzsche est que l’art doit embellir la vie et nous guérir de nos souffrances.
Un des personnages de Matrix, Cypher, choisit ainsi de vivre dans l’illusion car celle ci est plus facile à vivre que la vérité : , « tu sais ce que j’ai compris? L’ignorance est le bonheur ». On peut ici souligner l’importance du plaisir que provoque en nous l’illusion lorsque celle-ci est pensée comme telle et qu’elle est volontairement admise par l’homme sur un mode ludique ou esthétique ce nous avons besoin d’illusion pour vivre. On pourrait même supposer que certaines vérités pour être énoncées et comprises doivent passer par la fiction artistique, la littérature notamment ou le cinéma : ne faut-il pas fabriquer des fiction pour pouvoir réussir à dire certaines vérités ?

La fable, les contes, la science-fiction, le roman, la peinture et le cinéma, bien qu’appartenant à l’ordre de la fiction peuvent bien entendu parvenir à témoigner de certaines réalités sociales. Comme nous avons vu depuis le début, les films : « Ready Player One», « Minority report » et « Matrix » reflètent ces réalités sociales, comme vivre dans l’illusion par choix ou bien l’illusion est imposée de manière subtile où les individus ne se rendent pas compte de la présence de celui-ci. Pour conclure, l’illusion fait partie de notre vie et peut-être considérée comme la raison même de notre existence en tans que sujet, car elle nous permet d’avancer, espérer un monde meilleur et faire en sorte que nous soyons heureux.

      En somme, si on définit l’illusion comme une sorte de satisfaction imaginaire née d’un désir et si le désir ne se satisfait jamais complètement du réel, vivre sans illusion supposerait que l’on renonce à bon nombre de nos désirs : on rêve d’un beau voyage avant même de partir ! Bien souvent nous fantasmons notre vie et c’est cet imaginaire qui semble indispensable au bonheur. Le bonheur ne consiste-t-il pas à imaginer notre joie comme possible ?
Par ailleurs, l’illusion est souvent positive lorsqu’elle est reconnue comme telle et volontairement admise comme fiction et spectacle, plaisir de l’artifice et du trompe-l’oeil. Mais cette illusion peut également être imposée sans consultation préalable de ceux qui sont concernés, elle peut tout au contraire aussi être la raison de notre existence et cette puissance qui nous permet de vivre.
On pourrait se demander en définitive si l’illusion n’est pas inventée par l’homme pour échapper à la dure réalité.

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