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fredericgrolleau.com


"Alexandre le bienheureux" (Y. Robert, 1967), scène de la chambre à coucher

Publié le 8 Mars 2021, 09:10am

Catégories : #Ateliers audiovisuels

"Alexandre le bienheureux" (Y. Robert, 1967), scène de la chambre à coucher

exercice : décrivez la scène, faire le lien entre l'extrait et le traitement de la question : "pourquoi se lever le matin?" (présentez-le) :

annexe :

Alice Laguarda, Les délices de l’écran, 2012

Yves Robert adopte un point de vue humaniste pour ra­conter dans une comédie poétique l’histoire d’Alexan­dre. Alexandre le bienheureux (1967), interprété par Philippe Noiret, est esclavagisé par sa femme agricultrice. Il est comme une machine, entre travaux des champs et accomplissement du devoir conjugal, surveillé en permanence par sa femme. Lorsque celle-ci meurt accidentellement, il cesse de travailler et décide de vivre dans son lit avec pour seul compagnon son chien. Il cuisine et se rase dans son lit, joue du tuba.

Par crainte de l’effet d’exemple, tout le village s’organise pour l’empêcher de vivre ainsi. Mais l’oisiveté et la concentration des activités sur la subsistance sont pour Alexandre synonyme de bien-être et célébration de l’autarcie, contre la mesquinerie sociale. Le corps enrobé d’Alexandre / Philippe Noiret traduit son rejet de l’appartenance à la communauté laborieuse des paysans, du travail aliénant et de la soumission aux intérêts matériels. Le lit devient un véritable dispositif au-dessus duquel les victuailles et la boisson sont suspendues par un système de poulies.

 Après une rencontre avec une jeune femme qui se révèle cupide, Alexandre demeure seul dans sa propriété, vagabondant dans les champs, en bon anarchiste individualiste. Dans le film d’Yves Robert, charge contre la société du travail moderne et le mariage, seule la nature paraît ne pas mentir, ne pas tromper. Les animaux sont présentés comme meilleurs que les humains : à la mort de sa femme, Alexandre libère tous les animaux de la ferme et son chien devient son seul égal – c’est lui qui ravitaille son maître, fait les courses au village, décroche les fruits des arbres.

 La nourriture est toujours accessible, disponible. Elle renvoie à l’idéal d’un monde matériel qui se distingue du matérialisme et du productivisme qui ont envahi la société paysanne. Ces oppositions sont retranscrites dans le film par le contraste entre la répétitivité et la densité du champ de citrouilles dans lequel Alexandre est contraint de travailler, et l’ingéniosité et la légèreté du garde-manger au-dessus de son lit. Dans Alexandre le bienheureux, l’amour de la bonne chère est lié au rapport à la terre, à l’image d’une nature paisible et amicale, pastorale, propice à la vacance de l’âme et à l’amour. Il exprime aussi le désir de rupture avec le rythme de la vie urbaine, laissant se libérer les corps et les esprits, conduisant à la paresse et à la rupture avec les conventions sociales.

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