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fredericgrolleau.com


exercice sur L'Art avec "Madame Croque-Maris" ("What a Way to Go !" - J. Lee Thompson, 1964)

Publié le 13 Mai 2020, 12:50pm

Catégories : #Ateliers audiovisuels

exercice sur L'Art avec "Madame Croque-Maris" ("What a Way to Go !" - J. Lee Thompson, 1964)

A partir du cours vidéo sur l'Art, du synopsis et de l'extrait (en majorité en VF) ci-dessous de Madame Croque-Maris (What a Way to Go ! - J. Lee Thompson, 1964) (extrait : 2ème flash-back), procédez à l'analyse philosophique de cette séquence audiovisuelle en répondant à la question suivante : " L'art n'est-il que la simple mise en oeuvre de techniques ? "

Synopsis du film :

Louisa se rend au bureau des impôts afin de faire une donation de plus de 200 millions de dollars à l'État américain. Le préposé croit d'abord à une blague, puis on lui conseille d'aller se soigner auprès d'un psychanalyste. Elle le fait et évoque donc sa vie et ses quatre mariages qui se sont tous terminés tragiquement en quatre flash-back :

Premier flash-back : la mère de Louisa souhaite que sa fille réalise un mariage d'argent , elle la pousse dans le bras de Leonard Crawley, le commerçant le plus riche de la ville, Mais Louisa refuse et préfère flirter puis se marier avec Edgar Hopper, un ancien camarade de classe qui se contente d'une vie très simple en vivotant d'un petit commerce. Tout se passe bien jusqu'au jour où Crawley vient narguer Edgar, lequel vexé se met à travailler d'arrache-pied afin de faire fructifier sa petite affaire. Il le fera tant et si bien qu'il deviendra millionnaire, ruinera Crawley mais négligera son épouse et finira par mourir d'épuisement.

Deuxième flash-back : Louisa se rend à Paris, où elle rencontre Larry Flint un peintre avant gardiste qui est également chauffeur de taxi. Ils se marient et mènent une vie de bohème. Larry après avoir essayé plusieurs techniques de peinture (y compris la collaboration d'une guenon) invente une machine articulée qui convertit les sons en peinture. Un jour, Luisa se rend dans son atelier et passe de la musique de Mendelssohn puis de Beethoven. La machine produit alors une très belle peinture abstraite qui se vend avec succès. La carrière de Larry en est transformée et il améliore sa machine, tandis qu'il est adulé par les marchands d'art, les propriétaires de galeries et les critiques. Comme son prédécesseur le succès lui monte à la tête et il néglige son épouse. Un jour voulant réparer une anomalie de sa machine, celle-ci l'étrangle avec ses câbles.

Troisième flash-back : encore plus riche, mais plus déprimée, Louisa décide de rentrer aux États-Unis. Cependant, elle manque son vol, mais le richissime Rod Anderson lui offre de prendre place dans son avion privé. Ils tombent amoureux l'un de l'autre et se marient. Ils mènent alors une vie de luxe inouï multipliant réceptions mondaines et toilettes somptueuses. Louisa craint alors de le perdre comme elle a perdu ses deux précédents époux et réussit à convaincre Rod de tout vendre et de se retirer dans une petite ferme avec quelques vaches et quelques poules. C'est alors que Rod s'apprête à traire une vache qu'un taureau furieux le catapulte hors de l'étable avec une telle violence qu'il en tombe raide mort.

Quatrième flash-back : veuve pour la troisième fois Louisa encontre Pinky Benson dans un rade. Il y exécute chaque soir une attraction minable en costume de clown qui indiffère les consommateurs. Une fois de plus, Louisa tombe amoureuse et ils se marient. Ils vivent heureux sur une vieille péniche. Le jour de l'anniversaire de Pinky, Louisa veut lui faire une petite fête et lui suggère afin de gagner du temps de ne pas se maquiller pour son numéro. Contre toute attente, les spectateurs acclament Pinky qui très vite va accéder au vedettariat et devenir 'une des plus grandes stars d'Hollywood. Il néglige sa femme dans sa quête de gloire et finira piétiné à mort par ses fans en délire après la première de son dernier film.

Épilogue : le psychiatre propose à Louisa de se marier avec lui, Elle refuse et il s'assomme accidentellement. Le concierge accourt, celui-ci n'est autre que Leonard Crawley complètement ruiné. Ils se marient et vivent modestement dans une petite ferme avec leurs quatre enfants. Un jour Léonard endormi au volant de son tracteur fait jaillir du pétrole dans son champ. Il crie de joie pensant qu'il a retrouvé la richesse, pendant que Louisa se dit que sa malédiction a encore frappé. Mais il s'agissait d'une fausse alerte, Léonard avait simplement percé accidentellement le pipeline de la compagnie pétrolière locale...

 

 

Proposition de traitement par Mr Thomas Milat-Carus, lycée Albert-Ier de Monaco, TS4,  1er juin 2020 : 

Louise a épousé Larry Flint qui est un peintre avant-gardiste. Celui-ci, après avoir essayé plusieurs techniques de peinture, invente une machine articulée qui convertit les sons en peinture. Par hasard, le couple s’aperçoit qu’à l’écoute de chefs-d’œuvre de musique classique, la machine produit de très belles peintures abstraites. Les peintures connaissent un énorme succès et Larry Flint devient très riche. Il améliore et perfectionne sans cesse sa machine jusqu’au jour où, voulant réparer une anomalie, celle-ci l’étrangle avec ses câbles.
Cette séquence est très intéressante car elle illustre parfaitement les questions que l’on peut se poser sur les liens entre l’art et la technique : l’utilisation de la technique est-elle une condition sine qua none pour la création d’une œuvre d’art?

Nous verrons dans une première partie que la technique est souvent primordiale pour la création artistique : d’abord parce que, suivant la définition choisie de l’art, celui-ci est intimement lié à l’habileté et au savoir- faire et ensuite parce que beaucoup d’artistes se considèrent plus comme des artisans que des artistes. Leur perception de leur création est d’avantage une application de méthodes que de talent.
Cependant, il apparaît réducteur de voir l’art comme une simple mise en application de techniques. L’art est aussi et surtout une création intellectuelle avant une création technique car l’artiste recherche le beau et à toucher la sensibilité du public. La créativité, le génie même semble souvent primer sur la technique. Nous aborderons ces sujets dans une deuxième partie.

 

I) La technique est souvent nécessaire à la création d’œuvres d’art

a) La définition que l’on donne à l’art détermine son rapport à la technique
Etymologiquement, en grec, art et technique ont la même origine : le mot technè qui désigne l’habileté, le savoir- faire aussi bien du peintre que du potier. En Grèce antique, l’art est alors considéré comme tout ce que l’homme ajoute à la nature, par invention ou transformation. On parle ainsi d’art mécanique pour désigner la fabrication de machines. Au Moyen Age encore, le tailleur de pierre est mis sur le même plan que le peintre. Les arts et métiers désignent des professions techniques comme la mécanique ou l’électronique.
L’art au sens large correspond donc à l’ensemble des compétences techniques (l’art du charpentier, l’art du navigateur, l’art du médecin). L’art de ces professionnels réclame une technique, c’est-à-dire un ensemble de règles à respecter. Dans ce contexte, on voit bien que l’art est une mise en œuvre de la technique.

Cependant on peut définir l’art de façon plus restreinte et c’est cette définition que nous allons retenir pour la suite. L’art au sens restreint ne correspond au contraire qu’aux créations d’œuvres esthétiques : Les beaux- arts qui désignent les arts du beau comme la peinture, la sculpture, la musique, la poésie…. Si l’on peut admettre que la technique est primordiale pour les arts et métiers car il s’agit de la mise en œuvre des compétences et de l’habileté des techniciens à créer, la réponse est plus mitigée en ce qui concerne l’art au sens restreint.

b) L’art du beau résultat d’un simple travail
Même dans les Beaux-Arts, des artistes, comme le poète Paul Valéry ou l’écrivain Edgar Poe se considèrent comme des artisans capables d’expliquer la fabrication d’un poème. Dans La Philosophie de la composition (1846) Edgar Poe a ainsi expliqué que son poème « Le corbeau » est fabriqué comme un mécanisme d’horlogerie. La répétition du mot nevermore vise à créer un sentiment d’angoisse chez le lecteur. L’utilisation de procédés et de règles d’écriture suffisent à créer l’œuvre.
Il n’y aurait donc que des techniques. Et ces techniques sont de plus en plus sophistiquées : la photographie, puis le numérique permettraient donc à tous de faire des œuvres d’art par quiconque sait utiliser des applications spécifiques ?

Ce point de vue a cependant des effets pervers. Pour Heidegger, nous en sommes venus, avec le progrès technique, à ne plus penser les choses qu’en terme techniques. L’homme ne penserait plus qu’à gérer, à calculer et à prévoir. Le danger est que la technique devient l’unique mode de pensée. « Supposons maintenant que la technique ne soit pas un simple moyen : quelles chances restent alors à la volonté de s’en rendre maître ? » énonce Heidegger dans "La Question de la technique" (Essais et Conférences).

L’extrait du film est une parfaite illustration de ces effets pervers. L’artiste a perdu toute créativité au profit d’une machine qui, une fois inventée et réglée, fabrique toute seule des tableaux à partir de données musicales. L’homme devient inutile. Pire, il est mis au service de la technique et n’en est plus le maître. A un moment dans l’extrait, il tente, en jouant le chef d’orchestre de montrer que c’est lui qui dirige. Mais il n’en est rien : la machine est de plus en plus autonome et fini même par prendre le pouvoir et le tuer.
La technique est peut-être nécessaire pour certaines créations artistiques. Elle n’est cependant pas obligatoire pour toutes les œuvres. La fonction de l’art est de faire plaisir, d’interroger le spectateur, de lui procurer des émotions et jouer sur sa sensibilité. En ce sens l’art est plus une création intellectuelle que technique.

II) L’art comme talent de l’esprit humain

a) L’art est une création intellectuelle
Dès la Renaissance, l’artiste va être considéré plutôt comme un créateur intellectuel et l’artisan comme un travailleur manuel. Pour Léonard de Vinci, la peinture est une chose mentale. L’art du beau n’a pas la même finalité : il produit des objets dépourvus d’utilité et recherche le beau. L’art du beau doit être désintéressé et se distinguer de l’utile selon Kant. Il est là pour faire passer des émotions. Ce n’est pas une science. L’émotion peut se passer de technique.
L’habileté technique est la limite supérieure de l’art de l’artisan mais la limite inférieure des Beaux-Arts : alors qu’on attende d’un objet courant qu’il soit bien conçu et réalisé pour être utilisé facilement, on n’attend pas seulement d’un tableau qu’il soit bien peint, mais qu’il éveille en nous le sentiment du beau.

Pour Hegel, les objets techniques sont tous au service des besoins du corps, seul l’art à une fin spirituelle. Les œuvres- d’art ne sont pas inutiles mais comblent des besoins purement spirituels. Le besoin spirituel est supérieur au besoin pragmatique. C’est la thèse de Weber dans son Esthétique (1818-1829). L’œuvre d’art ne s’inscrit pas dans la nécessité des besoins impératifs du corps. C’est une réalisation humaine par le talent de l’esprit de l’homme qui est comme transcendé.

b) Le génie plus que la technique
Ce serait donc surtout par le talent que se crée l’art. Dans l’Antiquité, l’artiste est présenté comme un messager des dieux, inspiré par des Muses ou un démon. L’artiste aurait ainsi des dons particuliers, surnaturels que n’auraient pas tous les hommes. Le romantisme, à la fin du XVIIIe siècle, reprend cette idée en faisant de l’artiste un génie : le modèle en est Mozart. Le génie crée des chefs-d’œuvre, mais sans savoir comment, sans pouvoir l’expliquer. On naît génial mais on ne peut apprendre à l’être. Par le génie, la nature donne ses règles à l’art dit Kant. L’artiste serait le traducteur inconscient de la puissance naturelle qui le dépasse, et le témoin d’une communication de l’homme et de la nature.
Pour Kant, ce qui caractérise le génie, c’est l’originalité. C’est le talent de produire ce dont on ne saurait donner de règle déterminée. L’artiste est créateur car il s’affranchit de toute règle. L’art ne s’apprend pas : l’artiste lui-même est incapable d’exposer scientifiquement comment il réalise son œuvre. L’art ne concerne ni la science, car il n’y a pas de loi, ni la technique, puisqu’il n’y a pas de savoir- faire requis. De grands artistes ignoraient les techniques de leur art comme Van Gogh ou Gauguin qui n’ont pas fait d’école de peinture.

Si la technique peut être utile pour l’artiste pour exercer son art et créer une belle œuvre qui touche la sensibilité du public, elle n’est cependant pas suffisante et beaucoup de créations artistiques peuvent s’en passer pour créer de l’émotion. Le talent et la créativité semblent nécessaires à l’artiste pour créer une œuvre d’art. Le travail seul ne peut pas susciter l’émotion. Mais si on s’en tient à cette conclusion, on doit considérer que l’art est une pure création de l’esprit humain.
Se pose alors un problème : dans le film, c’est la machine qui fabrique les tableaux à succès mais une machine peut  -elle vraiment créer de l’art ? Avant d’utiliser cette machine, Larry Flint a utilisé d’autres techniques comme faire peindre une guenon. Mais un animal n’a pas non plus de sensibilité artistique.
Comment alors doivent être considérées toutes ses peintures si elles ne sont pas de l’art, même si le public les trouve belles et qu’elles lui apportent du plaisir ?

 

Proposition de traitement par Mlle Amélie Aït-Abdelkrim, lycée Albert-Ier de Monaco, TS2,  1er juin 2020 :

L’extrait de Madame Croque-Maris, de Lee Thompson (1964), met en scène l’étroite relation entre art et technique. Dans cet extrait, nous pouvons voir Larry Flint (un peintre) utiliser des machines, qui en percevant de la musique, peignent elle-même une toile. Il en est d’ailleurs victime puisqu’à la fin de l’extrait, il meurt étranglé par l’une d’entre elle.
Les noms art et technique ont tous deux la même étymologie : technê en grec et ars en latin renvoient tous les deux à un savoir-faire. Ce n’est que plus tard qu’est née une distinction entre l’art et la technique. Si l’art et la technique sont liés, cela voudrait-il dire que l’artiste est un artisan ? L’art se réduit-il à la technique ? Enfin l’artiste n’est-il plus, avec l’art moderne et contemporain, un artisan du beau ?

Dans un premier temps, nous verrons que l’artiste est un artisan car il se caractérise par son habileté à réaliser une peinture, sculpture. Ensuite nous verrons que l’art ne se réduit pas à la technique qu’un artiste acquiert et maîtrise. Enfin, nous verrons qu’avec l’évolution de l’art, l’artiste n’est plus considéré comme un artisan du beau.

 

Pour commencer, l’artiste peut être assimilé à un artisan car il peut être caractérisé par son habileté et sa maîtrise technique. Il peut ainsi imiter la nature, c’est-à-dire, qu’avec la technique, un peintre peut réaliser des peintures réalistes et fidèles au réel. Il peut ainsi réaliser des peintures concrètes afin de donner l’illusion du vrai, que ce soit au niveau des perspectives, des couleurs ou des « règles de l’art ». Il s’agit ici, entre autres, de proposer un moyen de maîtriser la réalité que l’on cherche à transcrire par l’imitation tout en laissant une place à l’imagination. Il faut maîtriser la technique afin de valoriser l’art, il serait ainsi indispensable pour faire de l’art de mettre en avant la technique. C’est ainsi que sont né les différents courants artistiques tels que le baroque, le cubisme ou encore l’art abstrait.

C’est d’ailleurs cette forme d’art que le peintre, Larry Flint, dans Madame Croque-Maris. Celui-ci utilise la technique, soit des engins mécaniques dotés de pinceaux qui peignent selon la musique qu’ils perçoivent, pour « fabriquer » ses peintures. Il est, en utilisant ces outils mécaniques, un réel artisan/technicien de l’art. On voit bien, grâce à cela, qu’un artiste est avant tout un artisan.
Mais l’art ne peut pas pour autant être réduit à cette dernière. Si l’art passe par le contrôle de la technique, celle-ci n’est en fait qu’un moyen d’expression de l’art. Nous ne pouvons pas réduire l’artiste à un artisan et son art à la technique.

L’artiste aurait une vision dite subjective de son art. Il se sert ainsi des jeux de couleurs, de la forme et de la perspective pour transposer la réalité selon sa vision des choses. Tout serait donc dans la manière de voir d’abord et de transcrire en fonction ensuite. Nous retrouvons cette façon de faire chez les artistes plus modernes tel que Paul Klee qui affirme que « L'art, ne reproduit pas le visible ; il rend visible. ». On retrouve cette valorisation du point de vue subjectif chez Picasso. Son cubisme reflète cette « exigence » de l’art. Ainsi, l’art n’existe pas du fait du respect des règles des beaux-arts et la technique mais plutôt par le génie qui impose ses propres règles de l’art.
Dans Madame Croque-Maris, Larry Flint, au début, réalise ses peintures à l’aide de sons captés par ses machines. Cette façon de peindre, peu conventionnelle mais tout de même aimée par le public, montre que les règles qui caractérisent l’art ne valent rien à côté de l’originalité et du style propre de l’artiste.

L’art ne se réduit donc pas à la copie du réel/de la nature. L’art n’est pas qu’un exercice technique. L’art moderne et contemporain fait de l’artiste un véritable génie bien distinct de l’artisan du beau.

 

Il nous faut donc sortir du stéréotype de la notion d’art avec ce qu’elle suppose au niveau de la production du beau. Avec l’art moderne et contemporain, l’art ne se réduit plus à des références objectives et aux exigences de reproductions fidèles de la réalité. L’art n’est plus de ce fait nécessairement une production du beau qui suppose une exigence très limitée de l’habileté. Nous pouvons même affirmer que la beauté n’est plus tout à fait le but de l’œuvre. L’artiste peut ainsi créer de nouvelles émotions tout à fait différentes et distinctes de l’émotion purement esthétique. Il faut aujourd’hui questionner, remettre en question et dénoncer. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Picasso avec son tableau Guernica ou encore Francis Goya avec son œuvre Tres de mayo.
On peut ainsi voir dans l’extrait étudié de Madame Croque-Maris que Larry Flint peint non pas une copie de la réalité telle que nous pouvons la voir avec nos yeux, mais son expression de la beauté du monde avec un style abstrait et des tons assez colorés. Ses peintures sortent de l’ordinaire et c’est d’ailleurs le mélange entre sa façon de peindre (avec de la musique et des machines) et sa manière de s’exprimer qui rend ses peintures appréciées par la société.

 

Ainsi, nous pouvons conclure que l’art peut se passer de la maîtrise technique. L’artiste est certes un artisan, mais malgré cela la technique ne reste qu’un moyen d’expression de l’art. L’art ne se réduit donc pas à la technique même si celle-ci est maîtrisée, ni à la copie parfaite de la nature. Ainsi, l’artiste moderne et contemporain est un véritable génie très éloigné de l’artisan du beau. Il semblerait donc que l’art puisse se passer de maîtrise technique.

 

Proposition de traitement par Mlle Amandine Conter, lycée Albert-Ier de Monaco, TS4,  1er juin 2020 :

Madame Croque-Maris (titre officiel : What a way to go !  est un film réalisé par l’américain J.Lee Thompson en 1964. Il évoque une femme, Louisa, charmante et séduisante, foudroyé par une malchance tel un sortilège auprès des hommes qu’elle épouse. En effet, quatre de ces mariages se sont acheminés par la gloire puis l’indifférence et enfin la mort de ces congénères. Ces 4 mariages nous sont racontés par l’intermédiaire de 4 flash-backs tout au long du film.
La séquence du film qui nous intéresse met en scène le 2ème mari de Louisa, un inventeur et un artiste en herbe. Larry Flint invente une machine qui peint en fonction de bruits qui l’entourent, il est considéré comme un peintre avant- gardiste.

Cette séquence met donc en évidence l’art et la technique. Mais qu’est-ce que réellement l’art et la technique? Le mot « art » a pour étymologie latine « ars, artis » qui signifie habilité, savoir faire acquis par l’étude et/ou la pratique. L’art désigne donc tous types de talents, d’habilités, d’activités humaines et de productions artificielles en opposition à la nature. En revanche, la technique vient du grec « techné » signifiant le savoir-faire des outils, la production, et la fabrication manuelle puis industrielle avec les nouvelles technologies. La technique est l’ensemble des moyens produits par l’homme pour satisfaire ses besoins.
Mais peut-on dire que l’art n’est qu’une simple mise en oeuvre de techniques? L’art est il seulement l’utilisation de plusieurs techniques ou bien le fruit de l’imagination d’un artiste? En quoi peut on rapprocher l’art et la technique? L’art dépend-il de la technique ou bien n’est il pas indépendant à cette dernière ?

Dans un premier temps, l’art est en effet une accumulation de techniques, mais dans une deuxième partie nous verrons que l’art ne dépend pas seulement de cette technique, et qu’il a aussi une part d’indépendance.

I - L’art est une accumulation de techniques
Dans tous les arts existants, on trouve des techniques différentes. Lorsque l’on prend l’art d’écrire, les écrivains s’expriment à leur guise à travers un roman, une nouvelle ou une pièce de théâtre ; et chacun de ces genres ont des techniques particulières d’écriture comme une chute pour finir, des scènes et des actes numérotés pour chaque sorti et entrée de personnages.…
Lorsque l’on prend l’art de peindre, on trouve de nombreux courants de peintures différents au fil des années. La peinture évolue grâce aux nouvelles techniques mises en place. On passe du romantisme au réalisme puis on trouve le cubisme. On peut également peindre sur différents supports en utilisant différentes couleurs. Ici dans le film Madame Croque-Maris, on s’intéresse à un courant d’écriture avant-gardiste avec une invention de Larry Flint (2ème coup de foudre de Louisa). Il crée une machine capable de traduire les sons en peinture. Il teste avec de nombreux bruits sourds et agaçants mais ne parvient pas à séduire avec ces toiles.
Louisa va alors avoir l’idée de passer la musique d’un grand musicien : Mendelssohn. Les machines vont alors se mettre à peindre une magnifique toile abstraite et aimée de tous.

Grâce à cet extrait, on remarque que les techniques ne se limitent plus aux choix du support (toile, papier, bois) ou à une forme et une taille de pinceau ou encore à un choix de couleurs, ici la technique de l’art se transforment même en technologie. Les machines sont les nouvelles techniques. Ces machines assimilés à des techniques peignent des véritable oeuvres d’art à l’écoute de grand musicien comme Beethoven. On peut donc dire que la technique est au service de l’art, qu’elle lui est nécessaire. L’art est une accumulation de techniques nécessaires à la création d’oeuvres d’art ; mais l’art ne dépend pas seulement de ces techniques.

II - L’art ne dépend pas seulement de techniques
Tout d’abord, l’art est subjectif et propre à chacun, chacun s’identifie différemment dans chacune des oeuvres. L’art est quelque chose d’abstrait, ce n’est pas comme le concret qui est perceptible et connu de l’être ; l’art abstrait laisse place à l’imagination de l’artiste mais pas seulement, il laisse aussi place à l’imagination du spectateur. L’art laisse également place à une forme d’émotion, de sentiments envers une oeuvre. Ce n’est pas la technique utilisée pour telle ou telle oeuvre qui touche mais bien l’émotion que l’artiste veut faire ressentir à travers sa création.
En effet, la technique est calculable et rigoureuse comme dans la thèse de Heidegger qui critique la modernité des techniques telle une pensée calculante et une science mise au service de tout. Or, l’art est surprenant et incalculable, il est donc pourvu d’une maîtrise de techniques mais ces techniques sont insuffisantes à l’explication de la profondeur de l’oeuvre.

Dans le film, ce sont des machines qui peignent, certes l’exploit est énorme, mais les oeuvres produites ne transmettent aucune émotion car la machine n’éprouve rien. Il est aussi possible de déroger à certaines règles. En effet, dans tous types d’art on trouve certains artistes qui ne respectent pas les techniques et les règles de leur courant. On peut citer Victor Hugo et Pierre Corneille qui ne respectent pas les lois des trois unités et de la vraisemblance dans leur pièce de théâtre. Flint déroge complètement aux règles de son courant en inventant une machine qui peint pour lui des oeuvres abstraites car en 1964, le mouvement artistique en peinture est la nouvelle figuration qui fait lien entre une abstraction marquée et un réalisme trop fort.
De plus, on peut différencier l’artiste de l’artisan. Ils ont un bon nombres de points communs tels que la création d’une oeuvre et son suivi, en exécutant des techniques, des règles. Mais l’artisan et l’artiste sont en fait différents par le fait que l’artisan trouve une utilité à ce qu’il entreprend, il sait déjà ce qu’il doit faire et ce à quoi son oeuvre va ressembler. Au contraire, l’artiste pur ne donne pas d’utilité particulière à la conception d’une oeuvre, et son oeuvre se construit au fur et à mesure. L’artiste ne sait pas à quoi va ressembler son oeuvre au finale.

On retrouve l’artisan chez Flint lorsqu’il découvre qu’au son de musiciens, ces machines créent des oeuvres d’art. Il sait déjà à l’avance que grâce à cette technique, ces oeuvres vont être de véritable « chefs-d’oeuvre ». Chefs-d’oeuvre qui sont nécessaire à son succès : il crée donc une oeuvre dans le but de devenir célèbre. Il a tous les aspects d’un artisan. Alors que le Flint qui tente en vain avec plusieurs bruits de créer sa propre oeuvre d’art est comparable à un artiste. Il ne sait absolument pas à quoi va ressembler son oeuvre et n’a absolument aucune arrière-pensée en ce qui concerne son utilité car il vit une petite vie de bohème sans penser à l’argent et à la gloire.

L’art ne dépend alors pas des techniques car l’art des techniques correspond à l’art de l’artisan principalement. L’art est avant tout spontané et dépourvu de techniques. L’art est donc une mise en oeuvre de plusieurs techniques en fonction de courant, de mouvements artistiques. La technique est donc utile et nécessaire à la conception d’une oeuvre. Mais l’art et la création artistique est d’un autre ordre que technique car l’art est imaginatif, libre et subjectif.
L’art est également émotif. L’art forme un artiste et non un artisan. La technique est donc nécessaire mais insuffisante à la mise en oeuvre d’une forme d’art, quelle quelle soit.

L’extrait du film nous montre différents aspects de l’art. L’art technique avec les machines mais aussi l’artiste qui règne chez Flint. Flint qui va malheureusement changer d’optique en ce qui concerne l’art. On peut donc penser à la fin de la séquence que la technique a pris le dessus sur l’artiste. L’artiste va alors mourir étranglé par sa propre machine, sa propre technique.

 

 

 

 

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