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fredericgrolleau.com


Analyse du scénario de "Moon "(Duncan Jones, 2010)

Publié le 23 Mai 2020, 12:56pm

Catégories : #Philo & Cinéma

Analyse du scénario de "Moon "(Duncan Jones, 2010)

Analysons le scénario du film Moon (2010) : comment Duncan Jones et Nathan Parker ont-ils joué des archétypes?

C’est toujours intéressant de constater dans un film combien les personnages physiques sont parfois totalement indépendants des personnages symboliques.

Info : Cet article retranscrit un épisode du podcast “Comment c’est raconté ?”, disponible sur Youtube, iTunes, Soundcloud et services de podcast par RSS.

Aujourd’hui, on va se pencher sur Moon, film de science-fiction britannique écrit par Nathan Parker et Duncan Jones, réalisé par ce dernier, et sorti en juin 2010 sur nos écrans. Nous décortiquerons ici les personnages secondaires de l’histoire, pour en déceler les archétypes fondateurs, dont l’utilisation méritera finalement toute notre attention. Bon là comme ça c’est un peu compliqué mais vous verrez : c’est très simple, et c’est passionnant.


Dans une réalité parallèle, la Terre subvient à 70% de ses besoins énergétiques grâce à l’extraction d’énergie fossile lunaire. Lunaire dans le sens propre. Sam Bell, personnage principal du film interprété par Sam Rockwell, assure à lui seul la gestion d’une base d’exploitation de ce précieux hélium 3, sur la Lune. Son contrat d’une durée de trois ans avec la société Lunar Industries s’achève dans seulement deux semaines, avant donc son retour sur Terre, c’est vous dire s’il a hâte de rentrer.

Le quotidien de Sam consiste à assurer la maintenance de la base, à rejoindre en véhicule les plateformes d’extraction d’hélium pour en récupérer les bombonnes pleines, à faire du sport pour la forme, à confectionner une maquette et arroser ses plantes pour le kiff, à envoyer sur terre les bombonnes remplies d’hélium évidemment, ou encore à visionner en différé des vidéos envoyées depuis la Terre par sa femme Tess et sa petite fille, aussi impatientes que lui de voir la mission prendre fin. Enfin, pour épargner à Sam une solitude totale, une intelligence artificielle nommée Gerty, incarnée par un massif robot rétro-futuriste suspendu au plafond, l’accompagne, le suit et le conseille au quotidien, à l’intérieur de cette base lunaire.

Malheureusement, sinon il n’y aurait pas d’histoire, le très fatigué Sam Bell se laisse distraire lors de sa sortie de routine en véhicule. Résultat ? Résultat il encastre son véhicule dans la plateforme d’extraction d’hélium. Aïe. Petite parenthèse : C’est bien beau d’être celui qui ne boit pas Sam, mais ce serait cool d’être quand même attentif au volant.

Bande annonce du film Moon

Contrairement au premier podcast, nous alternerons cette fois le résumé du récit (paragraphes en italique) avec l’analyse de celui-ci.

Pour ce faire, laissez-moi d’abord vous introduire notre angle d’études : les fameux archétypes. En gros, il s’agit de modèles répandus de personnages, que l’on retrouve dans la plupart des histoires, depuis toujours. Par exemple le héros ou l’héroïne, constitue l’archétype le plus connu, et se retrouve dans la plupart des films. Ici, vous l’aurez compris, il s’agit de Sam Bell par exemple, le personnage central auquel le spectateur s’identifie le plus. Très bien.

Pour analyser le film Moon, nous baserons donc notre analyse sur une quinzaine d’archétypes, théorisés pour certains par David Corbett dans son livre The Art of character, et pour les autres par Christopher Vogler dans l’ouvrage Le Guide du Scénariste, lui-même largement inspiré du livre Le Héros aux mille visages de Joseph Campell.

Voilà ! Les présentations reloues étant faites, en avant, attention spoilers.

Prenons Gerty, le Google Home ambulant qui assiste Sam. Celui-ci incarne jusqu’ici ce que Vogler appelle, le mentor. Le mentor, c’est ce personnage bienveillant et enthousiaste que l’on retrouve dans la plupart des blockbusters. Parfois un ami, ici un assistant, souvent un vieux sage expérimenté, peu importe. Ici, Gerty aide Sam à se coiffer, il lui rappelle que son contrat se termine bientôt, l’encourage dans son quotidien, bref : ce robot-personnage répond à la majorité des critères de l’archétype du mentor, à savoir : une sorte de substitut parental, un conseiller qui motive le héros, qui favorise son épanouissement et en fait ressortir le meilleur. Le mentor, c’est Obi-Wan dans Star Wars IV, c’est Panoramix dans Astérix & Obélix, c’est l’Orang-outan Maurice dans la dernière trilogie la Planète des Singes, c’est Alfred dans les Batman, etc.

Reprenons le fil de l’histoire. À la suite de son accident, Sam se réveille à l’infirmerie de sa base, en parfait état bien qu’ayant un peu de mal à se mouvoir. Son fidèle robot Gerty veille sur lui et lui apprend la situation. Une fois sur pieds, Sam reçoit en différé un message en provenance de Lunar Industries, depuis la Terre, lui informant qu’une équipe sera envoyée sur la Lune sous peu pour réparer la plateforme d’extraction et le véhicule, invitant Sam du même coup à rester se reposer dans la base.

Seulement voilà, Sam n’a aucune foutue idée de comment il est revenu dans cette base suite à l’accident, et désire réparer lui-même la plateforme ; puisqu’après tout c’est son taff. À cela, le bienveillant Gerty s’oppose, ne le laisse pas sortir, fidèle à la procédure de la société Lunar Industries. C’est alors que Sam Bell, pour arriver à ses fins, sabote un câble au hasard de la base et trouve une excuse à Gerty pour aller vérifier que tout aille bien dehors. Après une certaine résistance, Gerty cède. Et évidemment, Sam ne se contente pas de vérifier cela, mais part en véhicule à la rencontre de la plateforme d’extraction et du véhicule accidenté.

Cette fois, Gerty a changé de masque. Le robot est devenu l’archétypal « Gardien du seuil », tel que décrit à nouveau par Vogler. C’est à dire qu’il teste (malgré lui) la motivation du héros. Pour arriver à ses fins et partir à l’aventure, Sam a dû insister face à Gerty, prendre la peine de trouver des raisons valables de sortir, et a même dû saboter la base. Autrement dit, Gerty a soumis une forme d’épreuve préliminaire à travers son refus de laisser Sam sortir, dont l’issue illumine la détermination du héros Sam Bell. Le gardien du seuil, c’est par exemple dans Kick Ass les premiers malfrats que cogne le héros après avoir revêtu son costume pour la première fois. On pourrait les apparenter à un test initiatique.

Reprenons l’histoire : Sam atteint le véhicule, dans lequel se trouve… un autre Sam. Très amoché, inconscient. Il le ramène à la base, à Gerty, qui le soigne. Nous voilà donc avec deux Sam à bord, l’un dans un super état, celui qui est parti sauver l’autre, et l’autre tuméfié, livide, mais finalement conscient et bien vivant. Tous deux sont stupéfaits de se voir face à leur double, et tous deux connaissent Tess, leur femme.

Cela amène le fringuant Sam à avancer la théorie suivante : ils sont l’un comme l’autre des clones. Ce que le Sam amoché réfute, avançant que que seul LUI, le Sam fringuant, est un clone, tandis que lui, le sam amoché, est l’original. Bon pour faire simple par la suite, appelons-les SAM 1 et SAM 2 : Sam 1 étant le premier personnage, celui qui s’est crashé et a été récupéré amoché par Sam 2, et Sam 2 étant le deuxième personnage, celui arrivé après, qui s’est réveillé subitement en parfaite santé à l’infirmerie, puis a sauvé le premier.

© France Télévisions Distribution

Dans cette disposition, SAM 2 incarne un archétype bien spécifique du livre de Vogler : le « messager ». Cette figure a pour fonction d’empêcher le héros de poursuivre dans son confort, et comme son nom l’indique prévient ce dernier de la présence d’une nouvelle « force ». Sam 2 le messager informe ainsi Sam 1 le héros que quelque chose ne tourne pas rond, qu’ils sont sûrement des clones, et qu’il va falloir enquêter sur tout ça. Il relance donc l’action, même si pour le moment Sam 1 refuse cet appel. Dans le 1er Seigneur des Anneaux, c’est Gandalf, le messager. Car avant de devenir mentor, il informe Frodon qu’une aventure l’attend.

Revenons à Moon : Sam 2 tente de convaincre Sam 1. C’est quand même bizarre que les communications en direct avec la Terre n’ait toujours pas été rétablies en trois ans de mission de Sam 1. C’est un complot de Lunar Industries. Il y a sûrement plein d’autres clones stockés quelque part, il faut les trouver. Les deux Sam vont jusqu’à se battre, et un malheureux coup laisse le premier Sam saigner abondamment du nez. Très abondamment.

Sam 1 est un peu perdu, il s’en remet à son fidèle Gerty, qui jusqu’ici bottait en touche mais maintenant lui avoue la vérité : les deux sam sont bel et bien des clones, l’un comme l’autre. Leur vraie vie n’a commencé qu’à leur réveil dans l’infirmerie, où des tests sont menés pour s’assurer de l’absence de défauts de conception. Si Sam 2 a été réveillé par Gerty, c’est parce que Gerty croyait Sam 1 décédé. Voilà pourquoi il ne voulait surtout par que Sam 2 tombe sur Sam 1.

Ce cliffhanger marque l’arrivée du troisième masque archétypal de Gerty, celui du « Traitre », ainsi nommé par Corbett. Le traître, offrant un renversement de taille à l’histoire, est nécessairement quelqu’un en qui le héros avait profondément confiance. Ainsi, ce revirement de loyauté est d’une puissance inégalable, pour contraindre Sam 1 à accepter sa situation, à quitter son déni. Pour le coup pas besoin d’exemple, c’est un concept plutôt clair.

Du même coup, cette prise de conscience chez Sam 1 fait de Sam 2 un autre archétype à son tour, celui de « l’allié crucial », de Corbett également. Sam 2 devient la voix de la raison, de bonne foi, qui sera d’une aide incommensurable à Sam 1 par la suite.

Bon. Tout cela nous permet de formuler une première remarque globale : un même personnage peut multiplier les archétypes. Et oui, déjà 3 masques portés par Gerty, et 2 par Sam 2. En fait, c’est même conseillé, par Christopher Vogler, et on le comprend, car un film où un personnage n’assure qu’une fonction, toujours la même, est aussi prévisible que fade. Si on multiplie et alterne ses facettes archétypales des personnages, alors chaque personnage gagne en intérêt et en originalité.

© France Télévisions Distribution

Les 2 Sam partent ensuite en véhicule en mission de repérage, hors de la base, et que trouvent-ils ? Des grands pylônes, qui ne sont autres que des brouilleurs, les empêchant de communiquer avec la terre. Décidément, c’est pas leur journée.

Sam 1, celui qui est là depuis trois ans déjà, rentre avant l’autre car, allons savoir pourquoi, son corps se détériore de plus en plus vite, jusqu’à perdre des dents, saigner davantage, suer sans raison, et souffrir d’une fatigue profonde.

Il rejoint une salle de contrôle, tente des mots de passe pour regarder les vidéos stockées avant son arrivée d’il y a trois ans, mais ne réussit pas. C’est alors que le robot Gerty s’approche, menaçant et… en fait tape le mot de passe pour lui. Sam 1 lui demande pourquoi il l’aide, ce à quoi Gerty répond qu’il a été programmé pour l’aider tout simplement.

Sam 1 regarde alors ces vidéos d’anciens clones, au moment de leur renvoi sur terre en fin de mission. Et bah… il ne sont pas renvoyés sur terre, mais atomisés dans leur soi-disant capsule de retour. Sam 1 se rend en salle d’embarquement, simule de rentrer dans la capsule, et constate par lui-même qu’effectivement aucun retour sur Terre n’est en réalité programmé, tout cela n’était que poudre de perlimpinpin, comme dirait l’autre.

Procédons donc à un nouveau point « archétypes ». Tout d’abord Gerty, qui empile de fait un 4ème masque symbolique. En effet, filant un coup de main à Sam dans sa découverte de la réalité, cette intelligence artificielle incarne alors le rôle de « Sympathique-Tragique », ainsi formulée par Corbett. Il s’agit d’un personnage affilié à l’antagoniste, ambigüe moralement, qui se repentit, retourne sa veste et fournit au héros une information ou une aide importante dans l’accomplissement de sa quête. Alors là comme ça, on pourrait dire « C’est bon, ça va deux minutes les traitrises » seulement, en réalité, il n’y en a qu’UNE dans ce film. Et oui, tout à l’heure nous ne faisions qu’apprendre de quel côté Gerty était depuis toujours, celui de l’entreprise, même si Sam 1 vivait l’annonce comme une traîtrise, alors que cette fois Gerty trahit bel et bien sous nos yeux l’entreprise qui l’a confectionné, et ce au profit de Sam.

D’ailleurs, le vaste complot mené depuis des années par cette société confère également un rôle archétypal à Lunar Industries. La procédure et les technologies qu’elle a mises en place dans la base lunaire constituent ce que Corbett nomme « Le Village ». Il s’agit des personnages — ou en l’occurrence du simple contexte du film — accomplissant une pression sociale, morale, et/ou professionnelle sur le héros, constituant le monde qui pèse sur ses épaules. Autrement dit, Lunar Industries a jusqu’ici façonné le monde aux yeux des clones successifs, affectant leur sociologie, leur vision de l’existence. Elle les a éduqués et conditionnés.

Enfin… jusqu’ici. Car maintenant que Sam 1 s’en est rendu compte, la société incarne tout simplement « L’ombre », selon Vogler, soit l’archétype de l’antagoniste, celui qui possède le héros, qui abuse de son pouvoir, qui profite des secrets reniés, des potentiels inexploités et autres pouvoirs refoulés chez le héros. Le grand méchant, quoi, pas besoin d’exemples je présume.

Pour revenir à l’archétype du « Village », que l’auteur surnomme « les gens de l’intérieur », on le retrouve par exemple dans la majorité des films d’espionnage incarné par l’agence de renseignement qui emploi le héros. Cette agence qui fournit des règles, un cadre, une mission, qui fait pression quant-à l’obtention de résultats, etc.

© France Télévisions Distribution

Revenons au film. Sam 2 a rejoint Sam 1 à la base, et confirme la triste présence d’une multitude de brouilleurs dans les alentours. Sam 1 de son côté a trouvé sous une trappe, dans la salle d’embarquement, la cave secrète aux allures d’une morgue, où patientent des dizaines de clones inactifs, prêts à être réveillés puis mis en service.

C’en est trop Sam 1, qui s’empare d’un ordinateur portable, emprunte à nouveau un véhicule et conduit plusieurs kilomètres au-DELÀ des vilains brouilleurs, pour enfin joindre celles qu’il aime plus que tout au monde : sa femme Tess et sa petite fille de 3 ans. Finis les messages en différé, Sam veut les voir en direct. L’appel vidéo aboutit, il tombe sur une adolescente. Sam lui demande si Tess habite ici. L’ado lui annonce son décès il y a quelques années. Cette ado, est en réalité… la fille de Sam, avec 12 ans de plus. Il est en larmes, ému, lui indique qu’il est son père… Mais l’ado évidemment ne comprend rien à cet appel chelou, et interpelle son vrai père à travers sa maison. Effrayé à l’idée de rencontrer le véritable Sam à l’origine des clones, Sam 1 raccroche précipitamment pour ne pas l’apercevoir à l’image.

Cette séquence diversifie encore le panel de figures symboliques que le film cumule. Prenons le foyer terrien de Sam, autrement dit sa femme et sa fille. Jusqu’ici, et nous ne le comprenons que maintenant, elles incarnaient ce que Corbett appelle « le contrepoids ». Ce sont des personnages dont le seul intérêt est de maintenir le statu quo, la situation telle qu’elle a toujours été, en tirant le héros dans des état d’esprits auxquelles, on vient de le voir, il n’a pas totalement échappé. En disant à Sam 1 en début de film qu’elles ont hâte qu’il rentre, sa femme et sa fille l’encourage jusqu’au dernier moment à croire en un retour possible, à croire en cette histoire de mission de 3 ans, à croire qu’il est bien le Sam original.

Mais, maintenant que Sam a passé cet appel vidéo, sa fille revêt un masque différent, tout aussi intéressant, et confectionné également par Corbett, celui du « Visiteur — Étranger ». Là où l’entreprise Lunar Industries incarnait les gens de l’intérieur, le « visiteur — étranger » lui incarne ceux de l’extérieur. La fille de Sam illumine ici la situation présente sous une perspective extérieure et nouvelle aux yeux du protagoniste, autrement dit sous la perspective terrestre en l’occurrence. Sam ne peut plus présenter une once de doute ni de déni, cette adolescente n’est responsable de rien, n’a rien à avoir avec tout ça, elle est étrangère à l’entreprise Lunar Industries… Et elle n’est pas vraiment SA fille.

Le rôle du « visteur-étranger » se voit d’ailleurs partagé dans Moon, avec les clones que les 2 Sam trouvent au sous-sol. Oui ils ne sont pas conscients, ils n’interagissent pas, mais leur simple existence inerte donne une toute autre signification au monde qui a entouré Sam 1 ces trois dernières années.

Dans les autres films, le rôle de « contrepoids » est souvent incarné par le héros lui-même, comme dans la saga Le Hobbit ou dans le film « Le Dernier Pub avant la fin du monde », car le protagoniste y aime son confort, son statu quo, tout au long de l’histoire. En gros il est son propre frein, finalement.

Concernant le « visiteur-étranger », c’est un archétype que l’on retrouvera par exemple dans la majorité des comédies d’action type buddy movies, où le héros verra son quotidien contrasté par le comportement innocent mais inapproprié de son coéquipier, étranger jusqu’ici à ce quotidien.

Allez, terminons le récit. C’est le moment d’agir pour les Sam. Une équipe arrive d’ici quelques heures pour réparer la plateforme d’extraction, s’ils les voient tous deux ensemble ils les tueront.

© France Télévisions Distribution

Voici le plan : ils font réveiller à Gerty un troisième Sam Bell, qu’ils mettront dans le véhicule accidenté dehors. Sam 2 reste dans la base. Et Sam 1 se cache dans un lanceur d’hélium, en combinaison d’astronaute, pour rejoindre la terre et diffuser la vérité au grand jour. Comme ça le doute sera levé chez Lunar Industries, qui trouvera bien un Sam dans le véhicule et un autre dans la base, mais pas le troisième qui rejoint la Terre ferme.

Oui… Mais non. Sam 1 est trop mal en point, il peut claquer d’un instant à l’autre. Ma théorie d’ailleurs étant que si ces clones ont une missions de 3 ans chacun, c’est parce que leur corps cloné expire aux environs de cette échéance, ou du moins qu’il se détériore après 3 ans de fonction.

Du coup changement de plan : Sam 3 ne sera pas placé dans le véhicule mais dans la base, comme si c’était un réveil quelconque de clone. Sam 2, en parfaite santé, prend la place de Sam 1 dans le lanceur pour rejoindre la Terre, tandis que Sam 1 rejoint son véhicule accidenté initial, où il succombera tristement.

Avant l’arrivée des équipes de Lunar Industries, Gerty rappelle à Sam 2 de le réinitialiser, sinon il se rappellera de tout et risque de compromettre sa fuite. Sam 2 accepte, et voilà que Gerty confirme le triste sort laissé aux détenteurs de son 4ème masque, j’ai nommé les « sympathiques tragiques » : il se sacrifie pour le bien des protagonistes. Et oui, s’il y a tragique dans le nom de cet archétype ce n’est pas pour rien, il est repenti MAIS il paye son comportement passé.

Sam 2 est en place pour le départ. Ah en fait non, il quitte en speed le lanceur, et reprogramme une plateforme d’extraction depuis la salle de contrôle pour qu’elle s’encastre dans un brouilleur, à l’attention des futurs clones.

Enfin, Sam 2 est envoyé sur Terre au dernier moment où l’équipe arrive, et évangélise le monde entier sur la situation des clones là-haut, sur la Lune. Générique de fin.

Pour conclure ce podcast, j’aimerais vous formuler une 2ème remarque globale concernant ces quelques archétypes — car oui il en existe encore bien d’autres. Non seulement, comme nous l’avons vu à mi-chemin, un personnage peut incarner plusieurs fonctions archétypales différentes, mais aussi et nous l’aurons vu par la suite, un archétype ne se trouve pas forcément dans un personnage, qu’il soit charnel ou robotisé.

En effet, dans Moon, le contexte-même du film, la procédure de conditionnement des Sam, incarne l’archétype du village. Par ailleurs la simple présence de clones inertes, incarne le « visiteur-étranger », comme on le disait. Ou encore, on pourrait aller plus loin en avançant que la base lunaire elle-même, est un « gardien du seuil ». Puisqu’elle cache précieusement aux yeux de Sam la présence d’une cave pleine de Clones, cave que Sam devra vraiment être déterminé à trouver, pour pouvoir l’atteindre et y découvrir la vérité.

Ainsi, pour reprendre ma phrase d’introduction, le film Moon emploie les archétypes indépendamment de ses personnages. C’est à dire qu’il passe parfois par un même personnage pour assumer plusieurs fonctions archétypales, heureusement, voire qu’il passe carrément par autre chose que des personnages.

Et ce sera à travers une telle diversité et une telle flexibilité d’utilisation de tous ces modèles symboliques, que les scénaristes actuels parviennent encore aujourd’hui à nous transporter et à nous surprendre dans leurs histoires, tandis qu’ils jonglent en fait avec les quelques mêmes archétypes depuis la lointaine époque de la Grèce Antique.

© France Télévisions Distribution

baptiste rambaud

source : 
https://medium.com/comment-cest-racont%C3%A9/analyse-du-sc%C3%A9nario-de-moon-lutilisation-des-arch%C3%A9types-dd796dc6ce56

 

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