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fredericgrolleau.com


Violence et obéissance chez Rembrandt : "Le Sacrifice d’Isaac"  (1635)

Publié le 9 Février 2020, 18:28pm

Catégories : #Exercices philo

Violence et obéissance chez Rembrandt : "Le Sacrifice d’Isaac"  (1635)

Analyser le tableau soumis (noms du peintre et de l'oeuvre non fournis) en vous appuyant sur le cours dédié à la violence et à l'obéissance et en formulant une problématique philosophique (35 mn)
 

Dans La Genèse, Dieu met la foi d'Abraham à l'épreuve. Les protestants comme les catholiques ont considéré ce sacrifice comme une importante préfiguration de celui du Christ, qui s'offrit lui-même pour sauver l'humanité. C'est un des rares sujets que Rembrandt et Le Caravage aient peints à un moment à peu près similaire de leur évolution artistique - des formats à grande échelle ; l'une et l'autre peintures considérées comme des chefs-d'œuvre.

Conformément à la tradition figurative établie, l'artiste a peint le moment décisif du récit : l'ange intervient au moment où Abraham tend la main et s'écarte du texte : l'ange retient physiquement Abraham en saisissant son bras, au lieu de s'adresser à lui depuis les cieux.

Avec le personnage d'Isaac, Rembrandt a saisi la possibilité de peindre l'un des nus les plus subtils du début de sa carrière. Il est surprenant que Rembrandt qui travaillait beaucoup les expressions du visage, ait préféré masquer le visage d'Isaac sous la main d'Abraham. Il est possible que Rembrandt ait dissimulé en grande partie l'horreur de l'action en faisan couvrir le visage du jeune homme par Abraham, afin de se cacher à lui-même sa propre horreur

analyse video :  "Le sacrifice d'Isaac" Rembrandt vs Le Caravage (13mn51)


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Arrêt sur image : le couteau qui tombe reste suspendu dans l’espace… Avec « Le Sacrifice d’Isaac », Rembrandt nous fait vivre le drame et son dénouement.

Il n’ouvre pas la bouche

Nous assistons à un drame. Même si nous ne sommes pas au théâtre, le peintre dirige notre regard par la lumière ; il nous impose, en quelque sorte, sa lecture de la scène. Nos yeux sont d’abord attirés par la tache lumineuse du torse d’Isaac au premier plan. Le jeune homme, à demi nu, est renversé sur le bûcher. Un second éclat attire presque au même instant notre attention : celui du couteau suspendu dans l’espace. La diagonale sur laquelle est placé le poignard est perpendiculaire à celle du corps d’Isaac. Ces lignes qui se heurtent font surgir en notre esprit la scène horrible qui aurait pu advenir. L’enfant ne se débat pas, il s’abandonne et présente sa gorge à la lame froide. Il n’a plus de mains, il n’a plus de visage… Son corps abandonné nous rappelle tous les innocents victimes de la violence humaine. Il n’a plus d’yeux non plus, il n’a plus accès à la lumière : il est déjà entré dans les ténèbres. « Comme un agneau traîné à l’abattoir, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7).

Le drame du père

Notre regard se porte alors naturellement sur Abraham. Sa main tannée par le soleil contraste avec la peau de l’enfant, mais aussi avec son propre visage que l’émotion rend blême. Abraham doit agir vite, il ne doit pas réfléchir. Sa main puissante, habituée à maintenir fermement des animaux gesticulant sur l’autel, lui sert surtout à cacher le visage de son fils, à l’empêcher de crier, à ne pas croiser son regard. Abraham se soumet à ce qu’il croit être la volonté de Dieu. Il est sans doute persuadé que, comme les divinités et les idoles des nations voisines, Dieu peut prendre plaisir à voir répandu le sang d’un enfant.

Le frisson de Dieu

Et puis au dernier moment, tout bascule. L’ange arrive, il apporte avec lui une autre lumière. Sa main arrête le geste meurtrier du père, tandis que son regard se pose sur le fils : ses yeux expriment le frisson de Dieu, le rejet de toute violence. Abraham tourne vers le ciel un visage encore interrogateur. Il était prêt au pire… La lumière se fait en lui, il prend soudain conscience de ce qu’il s’apprêtait à faire. Il comprend que Dieu est le Dieu de la Vie, il est le Tout Autre. La main droite d’Abraham s’est ouverte, le temps reprend son cours : dans un instant le couteau va terminer sa chute. Il est désormais inoffensif, ce n’est plus qu’une très belle pièce d’orfèvrerie. La main gauche du patriarche va desserrer son étreinte, Isaac va pouvoir revenir à la vie.

Mise en scène

Le grand tour de force de l’artiste, c’est d’arriver à nous faire vivre, en une seule scène, les différents moments du récit : le drame et son dénouement. Rembrandt guide notre regard et notre compréhension du récit par la façon dont il peint les différents éléments. Par exemple, il traite assez sommairement les morceaux de bois du bûcher qui sont pourtant au premier plan, alors qu’il s’attarde avec une grande minutie sur le couteau qui est un élément clé de l’image. Le paysage, lui aussi, a son importance : l’horizon, qui était fermé derrière les deux hommes, s’ouvre du côté de l’ange et, à travers les collines, un chemin nous conduit vers le lointain. Comme Dieu l’a promis, pour Abraham et sa descendance, il y a un avenir.

 

dominique pierre

 

source:  https://www.la-croix.com/Journal/Le-sacrifice-dIsaac-2017-09-16-1100877205

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« Dans le possible, le croyant détient l’éternel et sûr antidote du désespoir, car Dieu peut tout à tout instant » Kierkegaard

C’est dans son post-scriptum sur les miettes philosophiques que Kierkegaard a plagié la célèbre phrase d’Archimède en substituant le possible au levier. L’idée subtile du philosophe danois est de donner au possible les vertus du levier d’Archimède. Mais le mot de Kierkegaard ne peut être pleinement compris que si l’on l’associe à sa seconde phrase sur le possible comme antidote au désespoir. En effet, pour le père de l’existentialisme, la foi est le domaine du possible par excellence, car pour le croyant rien n’est impossible à Dieu. Or, pour Kierkegaard, Abraham est l’exemple parfait de l’homme désespéré sauvé par sa foi. Prêt à sacrifier la vie d’Isaac à la demande de dieu, mais désespéré de devoir le faire, Abraham aurait selon Kierkegaard gardé jusqu’au bout la foi dans la possibilité qu’un miracle divin puisse sauver la vie de son fils.
La métaphore du possible comparée au levier d’Archimède soulevant le monde est d’autant plus géniale que Kierkegaard assimile aussi le possible à un vertige métaphysique. Or, en soulevant le monde on lui fait prendre de la hauteur et cette hauteur est de nature à donner le vertige. Tout ce passe avec Kierkegaard comme si le possible nous procurait le plaisir d’un vertige métaphysique. Incontestablement il y a quelque chose de très excitant dans le possible, ce qu’on pourrait appeler un suspense ontologique. D’ailleurs soulever le monde, n’est-ce pas le mettre en suspens et du même coup entretenir le suspense. Ce suspense inhérent au possible est aussi ce qui explique la fascination du jeu pour l’être humain et particulièrement les jeux de hasard. Il n’y a rien de plus excitant que de savoir que tout est possible, le meilleur comme le pire. Le possible est la tentation suprême, celle que résume parfaitement l’évangile quand satan demande à Jésus de se jeter dans le vide pour prouver qu’il est le fils de Dieu…
Le journal du séducteur de Kierkegaard est le chef d’œuvre littéraire indispensable sur le jeu de l’amour érotique. Le séducteur, qui est au le double du penseur danois, choisit précisément la jeune femme en apparence la plus inaccessible pour mener à bien son expérience psychologique sur le possible. Or, dès que ce possible « impossible » est réalisé, à savoir que Cordelia est tombée follement amoureuse de Johannes, ce dernier rompt brutalement avec elle, car seul le possible l’intéressait!  Cette fascination pour le possible est aussi au cœur de la logique infernale du jeu d’argent comme le montre magistralement Dostoïevski dans son chef d’œuvre, le joueur. C’est la possibilité de tout gagner ou de tout perdre sur un simple coup de dé qui obsède le joueur et rend son addiction absolument incurable. Dans sa nouvelle palpitante, Le club du suicide, Steveson nous montre que la logique suicidaire répond également à une telle fascination pour le possible. Deux amis nantis ayant pour seul malheur leur ennui entrent dans cet étrange club londonien où la mise à mort des candidats au suicide se joue au tirage de cartes…
Dans l’un de ces derniers films, Woody Allen a remarquablement montré cette folie du possible à travers un prof de philo, « disciple » de Kierkegaard, avec une touche dostoïevskienne et nietzschéenne. Voulant prouver à son élève-maîtresse que tout est possible, il tue un inconnu qu’il sait être un sale type à travers une discussion de café dans son dos..
Descartes n’était pas loin de définir Dieu comme le possible, moi je dirai plutôt que le possible c’est le diable! Mais il est possible que nous ayons tous les deux raisons…

 

source :  http://www.accordphilo.com/2017/10/donnez-moi-un-possible-et-je-souleverai-le-monde-kierkegaard.html

 

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