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fredericgrolleau.com


Intentionnalité de la conscience (Husserl, Sartre)

Publié le 12 Octobre 2019, 14:48pm

Catégories : #Philo (Notions)

Intentionnalité de la conscience (Husserl, Sartre)

Pas de conscience sans objet : toute conscience se situe toujours par rapport à un objet vers lequel elle est tendue : elle est donc dirigée vers un contenu autre qu’elle-même. Même si je ne pense à rien, ce « rien » est encore pour la conscience pensante un objet vers lequel elle se projette.

« Toute conscience est conscience de quelque chose » : ainsi se définit une des caractéristiques importante de la conscience : son intentionnalité. Ma conscience est intentionnellement tournée vers les objets de son expérience. Intentionnalité : une opération de la conscience qui l’oriente vers des objets de son expérience pour leur donner du sens.

 

La conscience n’a pas de « dedans »

    « Mais Husserl n'est point réaliste : cet arbre sur son bout de terre craquelée, il n'en fait pas un absolu qui entrerait, par après, en communication avec nous. La conscience et le monde sont donnés d'un même coup: extérieur par essence à la conscience, le monde est, par essence, relatif à elle...

Vous saviez bien que l'arbre n'était pas vous, que vous ne pouviez pas le faire entrer dans vos estomacs sombres et que la connaissance ne pouvait pas, sans malhonnêteté, se comparer à la possession. Du même coup, la conscience s'est  purifiée, elle est claire comme un grand vent, il n'y a plus rien en elle, sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi; si, par impossible, vous entriez « dans » une conscience, vous seriez saisi par un tourbillon et rejeté au-dehors, près de l'arbre, en pleine poussière, car la conscience n'a pas de « dedans » ; elle n'est rien que le dehors d'elle-même et c'est cette fuite absolue, ce refus d'être substance, qui la constituent comme une conscience. Imaginez à présent une suite liée d'éclatements qui nous arrachent à nous-mêmes, qui ne laissent même pas à un « nous-mêmes » le loisir de se former derrière eux, mais qui nous jettent au contraire au-delà d'eux, dans la poussière sèche du monde, sur la terre rude, parmi les choses ; imaginez que nous sommes ainsi rejetés, délaissés par notre nature même dans un monde indifférent, hostile et rétif ; vous aurez saisi le sens profond de la découverte que Husserl exprime dans cette fameuse phrase : « Toute conscience est conscience de quelque chose ».

Sartre   Situations I, Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl p. 31-35.

 

Ma conscience se nourrit de l’objet expérimenté mais, en même temps, ce dernier prend sens en fonction du regard que je porte sur lui, de ma manière de me le représenter, de mon point de vue sur lui, etc. Conscience et monde ne sont donc pas deux entités distinctes mais sont constituées par une indissociable relation. Ma conscience s’efface devant ce qu’elle donne à voir ou révèle, lorsqu’elle est confrontée à l’indéterminé. Ainsi, dans une ville inconnue, j’ai tendance à structurer ce que je vois en lui donnant du sens. Et nous constituons les objets sans nous apercevoir de ce pouvoir. (regard →sens). Cf. l’arbre perçu depuis ma fenêtre :il existe une objectivité de l’arbre (couleurs, formes, éléments constitutifs, etc.) indépendante de mon regard. Mais ma projection vers l’arbre peut être différente selon le moment, l’angle de vue, ma conception de la nature, etc.

D’où : toute conscience, tout cogito ne se comprend que par sa relation aux objets, par sa manière intime de les viser. De plus, parce que le conscience vise les objets de différentes façons, l’intentionnalité n’est pas de type unique : selon que je doute, aime, hait, désire, craint ou imagine, elle constitue l’objet de manière particulière.

 

La conscience comme conscience de…ou intentionnalité

"La perception de cette table est, avant comme après, perception de cette table. Ainsi, tout état de conscience en général est, en lui-même, conscience de quelque chose, quoi qu’il en soit de l’existence réelle de cet objet et quelque abstention que je fasse, dans l’attitude transcendantale qui est mienne, de la position de cette existence et de tous les actes de l’attitude naturelle. Par conséquent, il faudra élargir le contenu de l’ego cogito transcendantal, lui ajouter un élément nouveau et dire que tout cogito ou encore tout état de conscience "vise" quelque chose, et qu’il porte en lui-même, en tant que "visé" (en tant qu’objet d’une intention), son cogitatum respectif. 
Chaque cogito, du reste, le fait à sa manière. La perception de la "maison" "vise" (se rapporte à) une maison - ou, plus exactement, telle maison individuelle - de la manière perceptive ; le souvenir de la maison "vise" la maison comme souvenir ; l’imagination, comme image ; un jugement prédicatif ayant pour objet la maison "placée là devant moi" la vise de la façon propre au jugement prédicatif ; un jugement de valeur surajouté la viserait encore à s manière, et ainsi de suite. 
Ces états de conscience sont aussi appelés états intentionnels. Le mot intentionnalité ne signifie rien d’autre que cette particularité foncière et générale qu’a la conscience d’être conscience de quelque chose, de porter, en sa qualité de cogito, son cogitatum en elle-même. "

E. Husserl, Méditations cartésiennes.

 

La conscience est donc donatrice de sens. C’est pourquoi elle peut quérir un sens à tout prix, c’est-à-dire chercher à se rassurer. Elle pose donc sa thèse générale du monde. Ainsi, lorsque je perçois spontanément un objet, cela suppose en arrière-fond toutes mes expériences antérieures, c’est-à-dire une conscience réfléchie qui réactualise dans l’instant les étapes de constitution du monde par lesquelles j’ai originairement donné du sens. Mais cela peut poser problème : lorsque j’ai défini le monde d’une certaine manière, je peux me contenter de mon regard initial.

Mais le monde peut-il se réduire au regard que je porte sur lui ? Comment devons-nous orienter notre regard étant donné l’intentionnalité naturelle de notre conscience ? La phénoménologie, en ce sens, n’exige-t-elle pas un changement radical d’attitude, c’est-à-dire une réforme de notre regard sur les choses ?

 

source :  http://lenuki69.over-blog.fr/intentionnalit%C3%A9-de-la-conscience.html

 

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