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fredericgrolleau.com


"The Night of the Hunter" (Charles Laughton, 1955) : par-delà Bien et Mal

Publié le 14 Septembre 2019, 09:21am

Catégories : #Philo & Cinéma

"The Night of the Hunter" (Charles Laughton, 1955) : par-delà Bien et Mal

Charles LAUGHTON...

 ...était à la fois cinéaste, acteur de cinéma et de théâtre britannique au siècle dernier. Il réalise en 1955 son oeuvre d’exception qu’est le long-métrage The Night of the Hunter. En effet, c’est le seul film dans lequel il a laissé le rôle principal à l’acteur Robert Mitchum qui incarne Harry Powell, un faux prêcheur. De plus, Charles Laughton s’est inspiré d’un roman de Grubb paru en 1943, qui relate la situation critique du monde au début des années trente, à la suite de la crise. Il place l’intrigue du film dans ce même contexte, mais en insistant avant tout sur le combat entre le Bien et le Mal. 

Résumé du film...

Dans les années 30, à la suite de la crise de Wall Street en 1929 qui toucha l’ensemble du monde, l’américain Ben Harper, père de famille frappé par cette dernière, commet un hold-up pour subvenir aux besoins de sa famille. Avant son arrestation sous les yeux de ses enfants, Ben Harper révèle à son fils John la cachette de l’argent volé et lui demande de veiller sur sa soeur, Pearl. En prison, il fait la rencontre d’Harry Powell, un faux prêcheur, en réalité, un serial-killer qui use de son charme pour amadouer et tuer les veuves ; Ben Harper partage sa cellule avec lui. A la suite de l’exécution de Ben, Harry Powell mettra tout en oeuvre pour manipuler l’ensemble de la famille Harper, afin de retrouver l’argent. Il manipulera ainsi sous la figure d’un Saint, et d’un honnête homme, l’ensemble de la famille et leur entourage. Seul John résistera à son charme et fera tout pour le fuir. On vous laisse déguster la suite du film... (Le spoil étant, en effet, très mal vu !)

La portée philosophique...

Le film de Charles Laughton est intéressant dans la mesure où ce dernier illustre parfaitement le combat entre le Bien et le Mal. Pour ce faire, nous allons décrire quelques scènes qui démontrent cette dichotomie.
Premièrement, on peut établir un rapprochement entre le personnage de Ben Harper et celui de Harry Powell qui incarnent d’une manière différente le Bien et le Mal. En effet, au premier abord, Ben Harper est perçu comme celui qui doit être puni pour son crime puisqu’il transgresse les lois morales et juridiques. Par son hold-up, il incarne alors le Mal. Mais, lorsque l’on apprend plus précisément la raison de ce vol consacré avant tout à subvenir aux besoins de sa famille, on découvre que Ben Harper incarne le Mal pour faire le Bien. Au contraire, Harry Powell, manipulateur et faux-prêcheur, portera son plus beau masque d’hypocrisie et usera de son charme pour amadouer certaines personnes dans le but d’arriver à ses fins. Il les "hypnotise" en quelque sorte. En effet, le "prêcheur", comme il l’insinue si bien, revêt auprès de certaines personnes, un côté attachant et assez charismatique.

"Le mal se dérobe souvent sous l’apparence du bien", Nicolas Machiavel, L’Entremetteuse maladroite (1513)

Powell utilise la parobole de ses mains où sont inscrits d’une part "HATE" et d’autre part "LOVE". C’est donc par celles-ci que Powell conte l’histoire de l’Humanité qui se résume, pour lui, à un certain équilibre entre l’Amour et la Haine. D’ailleurs, cette parabole connote l’intrication des pulsions, issues de la théorie sur l’inconscient, proposée par Freud, entre l’Eros et le Thanatos. Théoriquement, l’Eros désignant les pulsions de vie alors que le Thanatos, les pulsions noires et destructrices, doivent se "lier" et se rééquilibrer permettant un comportement normal chez l’individu. Les pulsions prennent ainsi le pas sur les autres. De même, le Yin et le Yang illustrent parfaitement ce balancement entre la Haine et l’Amour et cette dualité entre ces deux aspects distincts. En effet, le symbole représenté de la couleur noire et blanche peut être comparé à l’image du Bien et du Mal montrant ainsi que malgré cette dichotomie, l’un contient une petite portion de son opposé, et inversement. Cet affrontement est d’ailleurs propre à une religion appelée "le manichéisme". Les manichéens avaient tendance à séparer le monde en deux : les bons et les méchants, le blanc et le noir... et, ainsi, se reposer sur le dualisme antagoniste du principe d’un bien et du principe d’un mal.


"The battle love and hate"
Avant tout, cette dualité est clairement perçue entre Mrs Cooper et Harry Powell dès le début du film. Celui-ci s’ouvre sur la morale énoncée par Rachel Cooper et se clôt également sur ce personnage. Elle nous met en garde contre les faux prophètes qui viennent auprès des personnes en "vêtements de brebis" tout en énonçant une image assez métaphorique sur certains arbres qui peuvent produire de bons fruits et d’arbres mauvais ayant de mauvais fruits. Cette image qualifie étrangement le cas de Harry Powell. Il ne faut donc pas se fier aux apparences. Rachel Cooper nous apparaît tardivement à l’écran mais est sans doute le personnage le plus surprenant de l’histoire. Elle incarne l’image de la charité, de la compassion et de la femme au grand coeur. Elle porte en effet, un grand intérêt aux enfants qu’elle qualifie de courageux et forts. Elle contredit les idées souvent rattachées aux enfants concernant leur manque d’expérience, leur naïveté et leur aveuglement. Mrs Cooper admet que ce sont donc les enfants les moins manipulables et qui sont les premiers à cerner la figure du"Mal", comme John qui ne se laissera pas amadouer par Harry Powell, au contraire de sa soeur Pearl. Ils incarnent alors, le bon et le bien, beaucoup plus que les adultes qui devraient pourtant avoir une conduite exemplaire auprès des plus petits. Ce sont eux qui devraient donc être le plus récompensés dans ce monde. La morale de fin énoncée par Rachel Cooper le démontre : elle assure que les enfants"supportent et subissent". John en est l’exemple parfait, puisque le petit garçon devra garder le secret de son père quant à la cachette du butin. Tout tourne donc autour d’une promesse d’un enfant faite à son père.

"Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui", La Rochefoucauld, Maximes (1665)

Le Bien et le Mal sont perçus à travers le filtre de la religion qui transparaît tout au long du film. C’est d’ailleurs ce qui rattache Powell, Cooper et l’ensemble des personnages. Powell utilisera cette pratique pour incarner le Bien et lui donner ce côté protecteur et attachant, à qui on peut faire confiance. De plus, le chant religieux qui le suit, récurrent dans le film, lui confère ces qualités. Il est même qualifié par les Spoon de "serviteur de Dieu". Harry Powell apparaît donc comme un saint, un homme respectable et modèle par son apparence. Et même, presque trop parfait. En réalité, ce meurtrier, utilise sa fonction de prêcheur, qui a donc une connotation religieuse, pour tromper les gens.

"Un homme dont on dit peu de mal est rarement un homme dont on puisse dire beaucoup de bien", La Taille de Gaubertin, Pensées et réflexions diverses sur les hommes (1775)

Les victimes de Powell sont donc aveuglés par le biais de la religion. Willa Harper sera d’ailleurs la principale victime du meurtrier lorsqu’elle s’adonne à la séance de confession publique dans laquelle elle se sous-estimera et se montrera responsable de l’emprisonnement de son mari, Ben. Il faut noter que Willa est clairement "hypnotisée" et aveuglée par l’Amour et l’attachement qu’elle porte à Powell. Il se servira donc de sa naïveté pour la manipuler et avoir une emprise sur elle. La figure du Mal se définit donc comme un travail de dissimulation, de manipulation, pour ainsi séduire les personnes jugées "naïves" et finir par une lutte acharnée, voire violente, qui révèle le côté sombre et diabolique du Mal.
Notons également que le jeu du clair/obscur et le refus du cinéaste de recourir à la couleur pourtant populaire à l’époque, rend compte du conflit perpétuel entre le Bien et le Mal. Nous ne pouvons pas ne pas remarquer l’influence de l’expressionnisme allemand sur le cinéma de Charles Laughton.

alexia & laurine

source :  http://lyc-george-sand-la-chatre.tice.ac-orleans-tours.fr/eva/spip.php?article3106

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