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fredericgrolleau.com


Le cogito - René Descartes, "Discours de la Méthode" (1637), IVe partie

Publié le 19 Septembre 2019, 19:46pm

Catégories : #Philo (textes - corrigés)

Le cogito - René Descartes, "Discours de la Méthode" (1637), IVe partie

« J’avais dès longtemps remarqué que, pour les moeurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu’il a été dit ci-dessus; mais, pour ce qu’alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la  vérité, je pensai qu’il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance, qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait  aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer. Et pour ce qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes’, jugeant que j’étais sujet à faillir, autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit, n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde  que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scru pule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais ».
 

René Descartes, Discours de la Méthode (1637), IVe partie, éd. Hatier, coll. Classiques Hatier de la philosophie, 1999, pp. 36-37.

 

INTRODUCTION 
Vous avez ici un texte philosophique extrait du célèbre ouvrage, Discours de la méthode, de notre philosophe rationaliste Descartes. C’est un texte intéressant dans lequel l’auteur s’interroge sur la connaissance et la vérité. Il analyse dans ces quelques lignes la véracité de notre connaissance. Il souhaite vraiment fouiller dans sa connaissance ce qui est vrai, sans doute, ce qui est faux, certainement faux, et ce qui est entre le vrai et le faux, ce qui est douteux sans toutefois être entièrement faux.
Au début de son texte, Descartes partage avec nous sincèrement les motifs de son projet, la méthode qu’il a sélectionnée afin de bien mener ce projet, et enfin le résultat encore obscur de cette recherche.

Après cela, il passe au peigne fin toutes ses connaissances, ses opinions pour démêler le vrai du faux, le certain de l’incertain. Et enfin, à la fin de son texte, il propose les premiers résultats de son travail. Il découvre les premières vérités de sa nouvelle connaissance : le cogito.

DEVELOPPEMENT
Dans la première partie de son texte, Descartes partage avec son lecteur le but de sa philosophie, sa mission philosophique, la méthode choisie pour bien mener sa mission. Le texte commence par une remarque, par une constatation. Cette constatation n’est pas récente. Elle a commencé il y a très longtemps. Depuis très longtemps, Descartes avait constaté qu’il avait pris une quantité d’opinions comme des vérités « indubitables ». Certainement depuis son enfance.
Mais pourquoi a-t-il accumulé tant d’opinions ? Parce que, nous dit-il, les « mœurs », c’est-à-dire la tradition, la société nous y obligent. Dans toute société, il y a beaucoup d’opinions qui circulent. Ces opinions s’imposent à nous comme des vérités fondées. Pareil pour Descartes. Il a accumulé durant des longues années des opinions sans pouvoir les analyser, les critiquer, sans pouvoir déterminer si elles étaient vraies ou fausses. Il est donc temps de s’occuper de ses opinions. Il est temps de démêler ce qui vrai de ce qui ne l’est pas, ce qui certain de ce qui ne l’est pas. Et c’est à ce projet qu’il veut s’atteler ici. Un projet philosophique de recherche de la vérité.

Par quel moyen ? Par quelle méthode ? Par le doute. La méthode cartésienne repose sur le doute. Seule la connaissance qui résistera au doute sera « vraie » et « certaine » pour Descartes. La connaissance incertaine sera classée comme fausse. Le doute cartésien est donc un doute hyperbolique. Hyperbolique parce qu’il est exagéré. Il nous arrive naturellement à nous tous de douter. Dans notre vie de tous les jours, nous doutons de beaucoup de choses : de nos choix, de nos décisions, de notre avenir, de la vérité… Mais quand nous doutons, on est seulement dans l’incertitude. Le doute est pour nous une étape intermédiaire : il peut être finalement vrai ou faux. Le douteux peut être après doute vrai, comme il peut être faux. Mais pour Descartes ce qui porte le moindre doute est absolument faux. C’est pourquoi on qualifie son doute d’hyperbolique comparativement à notre doute normal.

Dans la deuxième partie, il va commencer à analyser les unes après les autres ses connaissances (ou ses opinions). Il commence tout d’abord par les connaissances sensibles, c’est-à-dire toutes les connaissances qui nous viennent par la sensibilité, par les sens. Une bonne partie de nos connaissances est sensibles On connaît par la vue, par l’odorat, par l’ouïe…. On veut par là s’assurer de la certitude de ces connaissances. Les connaissances sensibles sont-elles donc vraies et sûres ? La réponse de Descartes est négative. Après analyse, vérification globale, l’auteur est sûr : les connaissances sensibles sont incertaines et donc fausses.
Parce que pour Descartes les sens nous trompent. Et surtout la vue nous trompe quand la chose nous est éloignée (ex : la forme d’une tour, la silhouette d’une personne, le mirage…). Il ne veut pas dire par là qu’ils nous trompent tous les jours, mais seulement quelquefois. Si nos sens nous trompent, ne serait-ce qu’une fois, ils sont douteux, incertains et donc faux. Car rappelons que pour Descartes, le douteux ne peut être vrai. Les connaissances sensibles ne peuvent pas donc être vraies.

Passons alors à l’analyse des connaissances rationnelles. Les connaissances rationnelles sont par définition celles qui viennent de la raison. Il y a donc d’un côté les connaissances sensibles et de l’autre les connaissances rationnelles. La raison est-elle bien plus sûre que la sensibilité ? Les raisonnements sont-ils plus certains que les sens ? Descartes nous surprend par sa réponse là aussi négative. Lui qui est un grand rationaliste, qui porte une grande confiance en la raison humaine, nous dit que le raisonnement n’est pas protégé de l’erreur et de la faute. Comme les sens, la raison aussi nous trompe.
Dans les démonstrations mathématiques, la raison peut nous tromper en nous proposant une fausse démonstration pour une vraie. En raisonnant, on se trompe. Par exemple, on demande, lors d’une épreuve mathématique de faire une démonstration mathématique, les élèves démontrent, chacun à leu façon, chacun pensant avoir fait la bonne démonstration et avoir trouvé le bon résultat. Et puis le professeur rend le devoir, et après la correction beaucoup d’élèves découvrent que leurs démonstrations, qu’ils pensaient être exactes, sont en réalité fausses. Notre raison produit des fausses démonstrations mathématiques. Ainsi, les connaissances, les démonstrations rationnelles aussi sont douteuses, donc fausses. Mais Descartes va aller plus loin dans sa recherche du vrai.

Après avoir précédemment douté successivement de la sensibilité, de la raison, il ira jusqu’à douter, dans ce paragraphe, de la réalité, du réel. Il pense que le réel lui-même est douteux. Il cherche à savoir si le réel est bien distinct du rêve. Qu’est-ce qui distingue réellement le rêve du réel ? La frontière entre ces deux mondes est-elle nette ? Pour l’auteur, il n’est pas facile de dire que le rêve et la réalité sont nettement séparés. Parce que, nous dit Descartes, les choses ou images que nous voyons dans le monde réel se retrouvent aussi dans le monde du rêve. Dans le rêve et dans le réel, nous avons donc les mêmes représentations, les mêmes images, les mêmes choses. Comment donc savoir si on rêve ou si on est éveillé dans ce cas ? Impossible conclut le philosophe. C’est la raison pour laquelle il doute aussi de la réalité, du réel. Le réel est douteux, pour lui, il ne se distingue pas clairement et nettement du rêve. Tout semble donc douteux chez Descartes dans ce texte.

Le doute est partout et permanent. Descartes est-il donc un pessimiste ? Pense-t-il qu’il n’y a rien de vrai dans le monde ? La vérité est-elle pour lui inaccessible ? Le lecteur qui ne va pas jusqu’au bout de ce texte et du raisonnement cartésien pourrait se poser ces questions, et se lasser de ce doute permanent et visiblement exagéré dans ce texte. Mais Descartes est-il vraiment un pessimiste ?
On verra dans la dernière partie de son texte qu’il n’est pas un philosophe pessimiste. Descartes n’est pas un pessimiste, mais un rationaliste. Il ne dit pas que la vérité est inaccessible, il ne dit pas qu’elle n’existe pas. Il dit que la vérité est difficile d’accès, et qu’il faudra dépasser les premières opinions, et les premières illusions pour atteindre la vraie vérité. En quelque sorte, la vérité se récolte après un difficile effort intellectuel. On comprend qu’elle n’est pas donc à la portée de tout le monde, et de n’importe qui, elle se mérite. Et après tant de doutes, Descartes découvre les premières vérités.

Sa première vérité, c’est la pensée. On peut douter de presque tout selon l’auteur, sauf d'une seule chose : la pensée. On ne peut pas douter qu’on pense. Car déjà douter, c’est penser. On ne peut pas douter sans penser. Un arbre, par exemple, ne peut pas douter, car il ne pense pas. Seul un être qui pense doute donc. Donc je pense. Je peux sans douter dire que je pense. La pensée est « indubitable ». Peut-on alors penser sans être ? Bien évidemment non. Je ne peux pas penser si je ne suis pas. Le néant ne peut pas penser. L’être mort ne peut pas penser. Seul un être qui existe peut donc penser. Penser, c’est donc exister. Descartes écrit donc : « je pense, donc je suis ». De la première vérité (je pense), il déduit une deuxième vérité (je suis). C’est dans son intériorité que Descartes a trouvé la vérité tant recherchée. Une vérité subjective, intime. Je suis « une pensée », « une substance pensante », « une âme », un esprit, dira-t-il. De ce fait, il privilégie la vérité intérieure par rapport à la vérité extérieure.

C’est pourquoi il dira que l’esprit est plus aisé à connaitre que le corps. Le corps, la réalité extérieure, le monde sensible… ne sont pas très sûrs. C’est pourquoi aussi il refuse de certifier l’existence de son corps, et de s’identifier à son corps. Il se sépare de son corps, il se méfie de son corps. C’est le dualisme cartésien. C’est-à-dire la division de l’homme en deux : le corps et la pensée (ou âme). Deux réalités tout à fait distinctes selon la philosophie cartésienne. La pensée est une substance vraie et certaine, elle est immatérielle. Le corps est lui physique, matériel, mais pas certain. Ainsi, pour Descartes, je suis certainement une « chose pensante », et non certainement un corps. 

CONCLUSION
Dans ce texte, Descartes s’est fixé comme mission d’atteindre la vérité. Il s’est premièrement débarrassé de toutes ses anciennes connaissances (opinions) accumulées depuis des longues années sans réelle analyse critique, sans vérification. Il décide de passer au tri ces connaissances pour distinguer ce qui est certain de ce qui ne l’est pas. Il va successivement analyser toutes ces différentes connaissances, les unes après les autres. Il commence par les connaissances sensibles. Après analyse critique, elles se révèlent douteuses, et donc fausses. Même résultat pour les connaissances rationnelles. Le réel non plus ne résiste à la critique cartésienne. Le réel ressemble au rêve.
La seule chose qui résiste au doute hyperbolique de Descartes, c’est son esprit, « la pensée ». La pensée est la seule chose indubitable. Puis viendra l’existence. Descartes confirme ces deux vérités, toutes intérieures et intimes, « je pense » et « je suis ».

source :  https://philomax.weebly.com/uploads/5/7/5/1/57517895/texte_de_descartes.pdf

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