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fredericgrolleau.com


Karin Slaughter, "Son vrai visage"

Publié le 12 Mai 2019, 09:40am

Catégories : #ROMANS

Karin Slaughter, "Son vrai visage"

 

Jusqu’où peut-on aller par amour ?

Le lec­teur non averti pour­rait pen­ser qu’il s’agit ici, sur fond de la rela­tion mère/fille,  d’une énième his­toire de secret de famille où la lumière doit être faite sur un passé des plus tor­tueux : si ce n’est pas tout à fait faux, il serait néan­moins réduc­teur de rame­ner Son vrai visage à cette épure tant Karin Slaugh­ter construit un objet livresque dense et maî­trisé.
Si donc, certes, l’ouvrage s’ouvre sur la sur­prise d’une fille, Andy, décou­vrant lors d’une  fusillade aux Etats-Uunis (what else ?) com­ment sa mère,  Laura, ortho­pho­niste sans pro­blèmes de 50 ans qui se remet d’un can­cer, affronte un for­cené venant de tuer sous leurs yeux deux per­sonnes, d’autres élé­ments clefs jalonnent le texte tout du long :  l’embrigadement psy­cho­lo­gique, la fraude des plus grandes grandes entre­prises, le poids du men­songe dans la construc­tion iden­ti­taire l’activisme poli­tique, l’amour des­truc­teur,  l’abandon des plus dému­nis par le sys­tème social….

A la fois road-trip ini­tia­tique et page-turner, Son vrai visage se déve­loppe autour de deux époques char­nières (1986 et 2018) : le roman montre com­ment la réac­tion froide et méca­nique d’une mère pousse ainsi sa fille, timide et com­plexe, à prendre la fuite afin de recons­truire les bribes (31 années tout de même) du passé fami­lial  - fai­sant écho à l’histoire de Patri­cia Hearst dans les années 70 — …et pré­ser­ver sa propre vie.
Le thril­ler psy­cho­lo­gique se met alors en place, avec un choix éton­nant de la part de l’auteure, qui ne cède pas à la faci­lité du cliff­han­ger habi­tuel en fin de cha­pitre et pré­fère ins­tal­ler un rythme de récit assez long, fort rami­fié et dense (les cha­pitres font en moyenne entre 30 et 50 pages), le pos­tu­lat expli­cite étant que ce sont tous les pans (à explo­rer donc)  du puzzle passé des per­son­nages qui don­ne­ront accès à la vérité au présent.

Alors, Andy appren­dra, comme l’on s’en doute, que sa mère est une per­sonne ayant une his­toire extrê­me­ment com­pli­quée, qui se cache loin du monde depuis des années pour de sérieuses rai­sons. Mais ce qui importe à ce moment, au coeur de ce périple livresque (les réponses étant, comme en phi­lo­so­phie,  moins fon­da­men­tales que les ques­tions),  tient moins au terme du voyage qu’au labo­rieux che­min qui y a mené.
Sous cet angle, Karin Slaugh­ter com­pose de main de maître un opus où l’on mesure com­bien la vérité, loin du fan­tasme de l’objectivité abso­lue,  demeure sujette à interprétation.

Et où l’on découvre que l’unique moyen de chan­ger le monde, contre toute attente,  n’est pas for­cé­ment de de le détruire.

fre­de­ric grolleau

Karin Slaugh­ter, Son vrai visage, Tra­duit de l’anglais (États-Unis) par Ève Vila , Har­per­Col­lins, 3 avril 2019,  576 p. — 20.90 €.

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