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fredericgrolleau.com


fiche Etat et société (communauté/individu) (2)

Publié le 2 Mars 2019, 18:30pm

Catégories : #Philo (Notions)

fiche Etat et société (communauté/individu) (2)

suite de la partie 1

 

2. LES TROIS FONDEMENTS DE LA LÉGITIMITÉ

Il existe en principe (... ) trois raisons internes qui justifient la domination, et par conséquent il existe trois fondements de la légitimité.  Tout d'abord l'autorité de l'“éternel hier ”, c'est-à-dire celle des coutumes sanctifiées par leur validité immémoriale et par l'habitude enracinée en l'homme de les respecter. Tel est le ce pouvoir traditionnel,, que le patriarche ou le seigneur terrien exerçaient autrefois.  En second lieu l'autorité fondée sur la grâce personnelle et extraordinaire d'un individu (charisme); elle se caractérise par le dévouement tout personnel des sujets à la cause d'un homme et par leur confiance en sa seule personne en tant qu'elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l'héroïsme ou d'autres particularités exemplaires qui font le chef.  C'est là le pouvoir “ charismatique ” que le prophète exerçait, ou - dans le domaine politique - le chef de guerre élu, le souverain plébiscité, le grand démagogue ou le chef d'un parti politique.  Il y a enfin l'autorité qui s'impose en vertu de la légalité, en vertu de la croyance en la validité d'un statut légal et d'une compétence, positive fondée sur des règles établies rationnellement, en d'autres termes l'autorité fondée sur l'obéissance qui s'acquitte des obligations conformes au statut établi. C'est là le pouvoir tel que l'exerce le “ serviteur de l'État moderne ”, ainsi que tous les détenteurs du pouvoir qui s'en rapprochent sous ce rapport ”.

           

M. WEBER, Le métier et la vocation d'homme politique, 1919 trad. julien Freund, in Le Savant et le Politique, Plon, collection 10-18, pp. 100-102.

                                                                                                           

 

CONCLUSION :

 

Disposer d’une personnalité (avoir des droits qu’on entend faire respecter, à commencer par celui “ la différence ”) suppose comme son requisit l’espace de réception où celle-ci se déploie : la communauté, la société , l’Etat. On s’est bien gardé ici de confondre ces trois termes. Ainsi avons-nous établi que le terme d'État correspond à deux réalités distinctes. Il désigne une communauté juridique, un ensemble d'individus soumis à une même autorité politique. Et il représente cette autorité elle-même, sous la forme du gouvernement et de l'ensemble des structures par lesquelles il manifeste son autorité. En ce sens, aucune société ne semble pouvoir fonctionner sans un pouvoir d'État qui garantisse l'ordre et la sécurité nécessaires à la vie en collectivité. La communauté est alors ce qui développe la richesse de toute personnalité.

               Mais si l'État se réserve l'usage légitime de la force, indispensable pour faire respecter le droit, comment faire pour éviter que l'exercice du pouvoir ne débouche sur des modes de domination arbitraires? À la thèse absolutiste selon laquelle l'État doit disposer d'un pouvoir absolu, l'individu n'ayant aucune valeur en lui-même, s'oppose la critique anarchiste qui voit dans l'individu la valeur suprême et dans l'État, qui est négation de la liberté, le mal radical. La solution démocratique consiste à faire de l'État, expression de la volonté générale des citoyens, un moyen pour réaliser et garantir la liberté et l'égalité auxquelles les individus ont naturellement droit. En définitive, tout dépend donc du sens que l’on veut bien conférer ici au mot “ communauté ”, et au régime politique qu’il cautionne.

              Si l'on peut effectivement croire qu'une meilleure organisation de la vie sociale permettrait d'atténuer les contraintes et les sanctions qui sont inséparables du concept d'État, l'idée qu'en dehors de toute organisation imposée l'individu ne demanderait qu'à établir avec ses semblables des rapports pacifiques, que les hommes aient par nature des élans généreux, parait plus que discutable tant elle escamote l'égoïsme et les passions qui caractérisent les êtres humains. C’est alors la notion même de “ personnalité “  qui est à préciser, afin de ne pas rabattre l’intérêt collectif et la solidarité sur l’égoïsme et “ l’intérêt entendu ”. Ne faut-il pas plutôt tendre à perfectionner le fonctionnement de l'État en demeurant conscient de ses insuffisances et en faisant en sorte que l'éducation du peuple, le développement des institutions et de la culture puissent accroître l'esprit critique de chacun et fasse s'éloigner de nous la triste et sombre définition qu'en donnait Nietzsche : “ je donne le nom d'État au lieu où le lent suicide de tous s'appelle la vie ” [Ainsi parlait Zarathoustra. p. 67, Gallimard-Folio, 1985 (1883)].

 

frederic grolleau

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