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fredericgrolleau.com


explication de texte philosophique - méthodologie (3)

Publié le 21 Février 2019, 13:15pm

Catégories : #philo (méthodologie)

explication de texte philosophique - méthodologie (3)

 

Le texte concerne un problème philosophique en rapport avec les notions du programme. Des élèves ignorants se réfugient dans ce sujet, cela explique nombre d'échecs. Ce type de sujet demande, lui aussi, des connaissances. Il serait dangereux de ne se préparer qu'à cet exercice, en négligeant la dissertation, car un seul texte est proposé.

 

I. Comprendre

Il faut lire et relire le texte, de façon à s'imprégner de son contenu. A la fin des quatre heures, on doit le connaître sur le bout des doigts. L'étudier mot à mot. Trouver le problème auquel répond le texte. Il n'est pas contenu tel quel dans le texte. A vous de le formuler. Identifier la thèse du texte, c'est-à-dire la solution proposée par l'auteur, sa réponse. Cette thèse ne se réduit jamais à une phrase du texte qu'il suffirait de paraphraser. Cependant, parfois, il n'y a pas de réponse : le texte peut consister à démontrer, précisément, que telle question est insoluble. Donc, de façon générale, on cherchera à identifier l'idée directrice du texte, l'intention de l'auteur : que cherche-t-il à démontrer ?

 

Expliquer le texte consistera à montrer comment l'auteur établit ce qu'il a l'intention de prouver. La thèse, c'est son but. Il faut identifier les moyens mis en œuvre pour parvenir à ce but. Ces moyens, ce sont les arguments. Il faut d'abord découvrir les unités d'argumentation, les étapes de la démonstration, la façon dont ils s'articulent. Définir, si possible, le type d'argument auquel on a affaire - raisonnement par analogie, a fortiori, par l'absurde, déduction, contre-exemple, ou plus simplement s'il s'agit d'un exemple, d'une image, d'une hypothèse, d'une objection.

 

Expliquer, c'est enfin découvrir quelle est l'unité du texte : qu'est-ce qui fait sa cohérence ? quel est le rapport entre les affirmations successives qu'il contient ? Si une affirmation n'a apparemment pas de rapport avec la thèse, ou si elle la contredit, cela pose une difficulté. Donc c'est intéressant et il faut chercher.

 

II. Introduire

Comme dans une dissertation, il faut amener progressivement le sujet. Par conséquent, il faut en arriver au texte, et non partir de lui. Evitez de commencer par la formule banale " dans ce texte ". Commencer plutôt par formuler, de façon générale, le problème qui est à l'origine du texte, de la même façon que l'on pose un problème au début d'une dissertation.

On en vient au texte : formuler l'intention de l'auteur. L'introduction, donc, ne doit pas porter sur l'auteur. N'utiliser des connaissances sur l'auteur que si elles sont en rapport étroit avec le texte. Aucune référence biographique ne peut permettre de clarifier un texte philosophique.

Il est possible de mettre en question cette thèse. Ne pas procéder par opposition brutale, mais lier cette mise en question au moment précédent.

Ne pas parler de ce que l'on fait. "Nous allons expliquer le texte": cela va sans dire!

 

III. Expliquer

Une fois exprimée, en introduction, l'intention, il faut montrer les moyens mis au service de cette fin. Il est indispensable que, dans la copie, apparaisse le mouvement de l'argumentation, c'est-à-dire l'enchaînement des idées.

 

Le plan de l'explication sera donc calqué sur celui du texte. A chaque nouvelle partie, faire une transition pour mettre en valeur les articulations du texte. Insister sur le lien entre les arguments. Il ne suffit pas d'identifier les moments de l'argumentation, il faut découvrir leur nécessité : pourquoi cet argument ici? pourquoi est-il nécessaire? Etre attentif pour cela aux mots de liaison. Au début de chaque paragraphe, donc, faire apparaître le lien entre les arguments, et le lien entre chaque argument et la thèse, puisque c'est la thèse qui confère son unité au texte. Ne pas procéder à un simple découpage, qui fait apparaître le texte comme une juxtaposition d'idées sans lien. Etre sensible davantage aux liaisons qu'aux coupures. "Ensuite" ne saurait tenir lieu de transition.

 

Expliquer chaque argument, c'est-à-dire le redémontrer, le développer, montrer qu'il est concluant. Eventuellement, définir un mot important. Le sens des formules est à chercher dans le texte lui-même. Il s'agit d'expliquer le texte par le texte. Ne pas essayer de l'expliquer par quelque chose qui n'y figure pas (le cours ou des connaissances sur l'auteur). On risque alors de plaquer sur lui des idées qui ne sont pas les siennes, et de déformer sa signification. Tout doit être expliqué, rien ne doit rester dans l'ombre. En cas de difficulté, mieux vaut la reconnaître et en examiner les différentes issues. Cela peut permettre de clarifier le problème et de le résoudre. C'est plus honnête que de noyer le poisson. Toute remarque doit apporter un bénéfice pour la compréhension du texte. Eviter toute remarque gratuite. Donner des repères au lecteur en citant le texte, de sorte qu'à chaque moment on sache ce que vous êtes en train d'expliquer. Les citations doivent être des phrases complètes, ou des expressions qui s'intègrent harmonieusement dans votre discours. Il ne faut pas tout citer. Citer ne dispense pas d'expliquer. On peut être satisfait lorsque l'on parvient à donner du texte une interprétation qui rende cohérents tous ses éléments.

 

Les risques majeurs : 1) La paraphrase. Simple répétition du texte. Celui-ci n'est pas rendu plus clair. C'est le plus grave. 2) Le contresens. Pour l'éviter, procéder à une analyse attentive et s'interroger sur la cohérence du texte (si j'explique ainsi tel passage, est-ce en accord avec la thèse et avec le reste du texte ?) ; si l'on croit voir une contradiction dans le texte, c'est plus probablement que l'on s'est soi-même trompé. 3)La rhétorique : confusion avec la méthode du commentaire de texte littéraire. Il ne s'agit pas de commenter le style de l'auteur. Ce ne sont pas les figures de style qui comptent, mais le sens du texte. Pas de remarques gratuites !

 

IV. Discuter

Pour expliquer, on s'efface derrière l'auteur, on passe sous silence ses opinions personnelles et ses désaccords, on fait comme si l'on était un disciple de l'auteur, on essaie de se mettre à la place de l'auteur. Mais si l'on se contente de cela, si l'on admet sans discussion tout ce que dit l'auteur, on ne fait pas un exercice philosophique. Il faut aussi discuter ses arguments. Il faut toujours examiner l'antithèse. Un bon moyen de souligner l'intérêt philosophique d'un texte, c'est de montrer que son auteur n'enfonce pas des portes ouvertes, n'établit pas la vérité d'une idée évidente, qui va de soi, mais que d'autres réponses au problème étaient possibles. Il faut donc essayer d'identifier l'antithèse. A quelle thèse la position de l'auteur s'oppose-t-elle ? Quelles objections peut-on adresser au texte ? En montrant qu'il y a une antithèse possible et qu'elle n'est pas absurde, mais qu'au contraire on peut l'étayer par des arguments, on souligne le mérite de l'auteur : il ne s'est pas donné la tâche facile de prouver une évidence ou de réfuter une opinion absurde, il a soutenu une thèse qui a pourtant des adversaires sérieux. C'est ici que les connaissances seront les bienvenues. Mieux vaut invoquer un argument que d'invoquer d'autres philosophes. Au moins, introduire la référence en formulant d'abord l'idée.

 

Quand on explique, il s'agit de se mettre au service de l'auteur, d'essayer de se mettre à sa place. Discuter, c'est retrouver sa liberté critique. Mais il faut critiquer l'auteur avec prudence, en justifiant les objections qu'on lui adresse. Rien de plus agaçant pour le correcteur qu'un élève qui s'attaque avec mépris à un grand auteur ! On mène de front explication et discussion, on explique et l'on commente au fur et à mesure. Le risque propre à cette méthode, c'est de ne pas distinguer clairement, pour le correcteur, ce qui est de l'auteur et ce que vous ajoutez. Il faut donc faire en sorte de distinguer clairement les remarques explicatives des remarques de commentaire ou de critique. En effet, si vous critiquez le texte, et que le lecteur prend cela pour de l'explication, il va vous attribuer un contresens que vous n'avez pas commis.

 

Pour ce faire, deux méthodes sont admises par les correcteurs, du moins dans l'Académie de Clermont. L'une consiste à séparer l'explication et la discussion. On explique le texte dans une première grande partie. Après une transition qui permet d'introduire le sujet, on discute le texte sous la forme d'une brève dissertation. L'autre méthode consiste à discuter les arguments au fur et à mesure qu'on les a expliqués.

 

Conclure

On rappelle le problème, puis bilan de l'argumentation de l'auteur c'est-à-dire que l'on retient les arguments décisifs. Enfin, bilan de la discussion.

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