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fredericgrolleau.com


dissertation : analyser les concepts impliqués dans l'énoncé (science, passé, valeur, art)

Publié le 23 Février 2019, 17:42pm

Catégories : #philo (méthodologie)

dissertation : analyser les concepts impliqués dans l'énoncé (science, passé, valeur, art)

 

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 Rappel : on entend souvent dire que dans une dissertation de philosophie, les concepts doivent être définis. Cest tout à fait exact, mais au niveau du travail préparatoire, "au brouillon", comme on dit, il ne s'agit que de définir en quelque sorte "naïvement" les concepts impliqués par le sujet. Les deux exemples proposés dans le résumé ont montré qu'un point commun permettait de comprendre les concepts de cette façon. Mais dans d'autres cas, le "lien" entre X et Y peut d'abord sembler relever de l'opposition, de la contradiction... Voyons cela.

 Exemple 1 :

La connaissance scientifique abolit-elle toute croyance ?
               X                            ( d )                Y

Dans ce sujet, les notions semblent en effet se contredire, se heurter : les connaissances scientifiques ne sont pas du tout des croyances. Au contraire. Et inversement : la croyance n'est aucunement une connaissance. On a longtemps cru, par exemple, que la nature avait "horreur du vide". Mais les expériences de Torricelli et de Pascal ont montré la fausseté de cette croyance. Aujourd'hui, seuls les ignorants seraient encore des croyants à ce sujet. Savoir et croire sont donc des termes opposés : nous croyons tant que nous ne savons pas. Le scientifique, quand il fait son métier, suspend son jugement lorsqu'il a à considérer une question dont il ne sait rien. S'il vient à abandonner le devoir de réserve, il ne se prononce donc plus scientifiquement. C'est tout à fait son droit (our parodier Molière, pour être scientifique, on n'en est pas moins homme !). Puisque l'homme, c'est le sujet humain, nous pourrions dire, brièvement, que si la science est objective, la croyance, au contraire, est subjective : pour être scientifique, en effet, une connaissance doit être établie, grâce à des méthodes rigoureuses et reproductibles. Pour le dire autrement : la science est rationnelle, la croyance, au contrraire, est irrationnelle.
Or la question interroge précisément cette opposition entre le rationnel et l'irrationnel. D'où notre étonnement : on pourrait penser, en effet, que le progrès des sciences est de nature à faire reculer les vieilles croyances, et à empêcher l'apparition des nouvelles. Le rationnel chasserait alors "tout naturellement" l'irrationnel... Mais qu'en est-il au juste ?

Remarque : En réalité, il faut bien qu'il y ait "un point commun" entre les notions, même quand elles paraissent a priori "opposées" : en effet, il ne peut y avoir d'opposition, et même de différence, que sur fond de parenté. Ne passerait-il pas pour un fou, celui qui dirait que cette mélodie et cette chaise sont différentes, ou opposées !? En revanche, on parlera de la différence entre le jaune et l'orange, ou de "l'opposition" entre la veille et le sommeil : le jaune et l'orange ont en commun d'être des couleurs, et la veille et le sommeil sont tous deux des états psycho-physiologiques. Dans notre exemple, quel est le "point commun", quelle est la parenté entre les notions impliquées ? Connaissance scientifique et croyance sont toutes deux des modes de représentation : chacune d'elles, en effet, se caractérise comme une certaine façon de se représenter le monde et de s'y rapporter.


Identifier les domaines d'application de l'énoncé

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L'examen des sujets de dissertation fait apparaître deux types de sujets : les sujets "larges", et les sujets "pointus". Les sujets larges impliquent une multiplicité de domaines. Les sujets pointus, au contraire, n'impliquent directement qu'un seul domaine.

Cette distinction est utile à considérer, mais appelle toutefois des remarques.

 Exemple 1 :

Dans quelle mesure peut-on se libérer du passé ?

Il s'agit d'un sujet "large" : dans cet énoncé, en effet, on peut désigner l'individu, le sujet particulier (="moi"), mais aussi la société, la collectivité. D'autre part, ce sujet prend sens dans une foule de domaines : par exemple, pour nous en tenir à l'histoire sociale, la question de la dépendance à l'égard du passé peut être déclinée dans le domaine de l'histoire des mentalités, des moeurs, de la culture au sens large, mais aussi dans le domaine plus étroit de l'histoire des peuples, des nations, dans l'histoire politique, ou encore dans le domaine de l'histoire des sciences, ou de l'histoire de l'art. Pour ce qui est de l'individu, la question prend sens dans le domaine psychologique (il suffit de penser à la psychanalyse, qui montre importance de l'enfance dans la construction de la personnalité, normale ou pathologique), dans le domaine moral (jusqu'à quel point puis-je prétendre être déterminé par mon passé ?), etc.

 Exemple 2 :

Toute valeur est-elle relative ?

Là encore, il s'agit d'un sujet "large" : la notion de valeur renvoie en effet aussi bien au domaine moral (= "le bien", "le juste") qu'au domaine de la connaissance (= "le vrai"), ou encore au domaine esthétique (= "le beau").

 Exemple 3 :

L'art n'est-il qu'un divertissement ?

Cette fois, il s'agit de ce que l'on pourrait appeler un sujet "pointu" : en effet, ce qui est questionné ici, c'est la fonction / la raison d'être de l'art (=X) : ne sert-il qu'à (=d) nous "divertir" (=Y) ? N'est-il qu'un "amusement" ? Dans une dissertation portant sur ce sujet, il n'est évidemment pas requis de parler politique...

...Pourtant :

Remarque 1 : Si l'art n'a pas pour fonction que le divertissement, il faudra peut-être envisager d'élargir la réflexion (la réflexion, pas le sujet !). Par exemple, on peut soutenir que le beau, dans la mesure où il est l'idéal de l'artiste, est "le symbole du bien moral" (Kant), et dans ce cas on pourra attribuer à l'art une mission morale, ce qui revient à dire que le domaine de l'art n'est pas réductible à "l'esthétique".

Donc il faut bien distinguer les domaines d'application de l'énoncé (c'est-à-dire de la question) et les domaines d'application de la réflexion (c'est-à-dire du développement de la dissertation et de sa conclusion) : un sujet "pointu" peut donc, à la réflexion, impliquer des domaines qui ne sont pas explicitement évoqués dans l'énoncé proprement dit.

Rappelons-nous donc que s'il est vrai qu'il ne faut pas "tout mélanger", il ne faut pas non plus "tout séparer" : ainsi, ce genre de sujet suggère que l'art n'est pas seulement une activité visant à produire un effet esthétique. De même, pour évoquer un autre exemple, la science n'est pas simplement la connaissance vraie : elle a également une place dans des préoccupations pratiques d'ordre technique et social.

Remarque 2 : Inversement, les sujets "larges" ne doivent pas inviter à des énumérations (dans tel domaine..., puis dans tel autre domaine..., etc.). Dans ce genre de sujets, il est vrai, on se dit d'abord qu' "il y a beaucoup de choses à dire", juste avant d'en venir à penser qu' "il y a beaucoup trop de choses à dire"... Pourtant, nous ne devons pas nous laisser envahir par la diversité des domaines d'application du sujet. Cette richesse de sens doit être mise à profit en recourant à un ordre, ce que nous examinerons prochainement.

 source : http://philia.online.fr/demarches/diss_100.php?imprimer=oui&ver=2 

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