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fredericgrolleau.com


Analyse de citations philosophiques (2)

Publié le 21 Février 2019, 08:59am

Catégories : #philo (méthodologie)

Analyse de citations philosophiques (2)

Emile Durkheim : « Je ne vois dans la divinité que la société transfigurée et pensée symboliquement »  (Les formes élémentaires de la vie religieuse - 1912).

Durkheim a reconnu au fait religieux une importance sociale majeure car la religion modèle les catégories essentielles de notre entendement, elle conditionne notre rapport au temps, à l’espace, tout comme elle modèle notre personnalité. La religion n’est pas simplement une croyance individuelle mais un ensemble de règles qui commandent la vie collective et forment le lien social. Toute société a besoin de se structurer par des règles et des croyances collectives. La religion historiquement a alors pour fonction de permettre un « vivre ensemble  » par l’affirmation de valeurs communes nécessaires à toute société. Durkheim veut alors dévoiler l’origine sociale de la religion dont le rôle est de fabriquer une conscience collective sur laquelle peut s’établir l’identité d’une société. Durkheim considère que la religion est une forme d’  » absolutisation  » de valeurs auxquelles on accorde le statut d’obligations indiscutables et elle est donc, dans son principe, étroitement liée à la vie sociale. A travers la religion, c’est à la société, composée d’individus qui,  » en s’unissant, forment un être psychique d’une espèce nouvelle qui, par conséquent, a sa manière propre d’agir et de penser « , que l’être humain voue un culte. En d’autres termes, le divin c’est  » la société transfigurée et pensée symboliquement  » selon Durkheim. Cela veut dire que le Dieu qu’adorent les hommes n’est rien d’autre que la société imagée, symbolisée, unifiée, à travers la figure du divin. Le dieu tant adoré par les hommes n’est rien d’autre que la société. Ces représentations imaginaires ne font que traduire en l’homme le besoin de se sentir appartenir à un groupe unifié socialement. Pour aboutir à cette idée, Durkheim part du principe que la société a besoin de croyances communes, sauf à courir le risque de l’anomie (absence de règles collectives qui conduit à la désagrégation sociale). Un des problèmes essentiels des sociétés modernes, qui ont fait reculer l’importance de la religion, est précisément d’avoir à trouver un principe sur lequel on peut faire reposer l’ordre social pour éviter sa dissolution. Ce que la sociologie peut donc montrer c’est que la religion n’est donc que la transfiguration de la société et, sous des formes diverses (totémisme, polythéisme, monothéisme,… ), c’est toujours la structure même de l’ordre social que les hommes ont adoré, la réalité ultime de la société qu’il vénèrent :  » les intérêts religieux ne sont que la forme symbolique d’intérêts sociaux et moraux  » dit Durkheim. Durkheim note que le propre de la religion est de poser une force extérieure, séparée, impersonnelle, prescriptive et contraignante qui n’est rien d’autre que la transfiguration de la société. Autrement dit la loi divine est une traduction de la loi sociale, son renforcement, l’accroissement de son autorité. C’est donc de l’essence même de la société que dérive la religion.

On peut alors penser que la société moderne pourra, comme les autres, mais sous des formes renouvelées, s’inventer les dieux et les règles dont elle a besoin, règles que seuls les systèmes de croyances collectives peuvent générer avec une force contraignante suffisante et que la raison ou la science ne parviennent pas à reproduire. Le point central de la religion n’est pas l’idée de Dieu mais la séparation du monde entre sacré et profane (les choses sacrées sont celles que les interdits protègent et isolent, les choses profanes devant rester à distance de ces premières). Or, les choses sacrées se manifestent par des rites et des prescriptions qui conditionnent nos actes et structurent la vie collective : le sentiment du sacré fait croire à l’homme que quelque chose lui est supérieur, la société qui, par un processus d’automystification, éveille en l’homme ce sentiment. La société est donc cette entité qui dépasse l’individu et qui exige de lui parfois le sacrifice pour défendre des intérêts qui le dépassent et permet d’instaurer un ordre. D’autre part, la société a la capacité de créer du divin par la fête : par le déchaînement collectif et l’enthousiasme, la fête projette l’individu hors de lui-même et produit le sentiment d’une expérience inhabituelle qu’il peut associer dans certains cas au sacré: c’est l’intensité de l’exaltation du groupe qui joue ainsi le rôle de transformateur de la vie sociale en phénomène religieux; d’ailleurs cette force qui émane des rituels festifs n’a pas disparue des sociétés modernes et toutes les sociétés doivent en recréer pour produire une sacralité utile au bon fonctionnement du régime (fête révolutionnaires, liturgies païennes de l’Allemagne nazie…). Toutes les sociétés ont besoin à intervalles régulier d’affirmer leur unité. Voilà la fonction même de la cérémonie -(religieuse ou non)- (réunion, assemblée, fêtes, congrégations…) dans laquelle les individus se sentent unis et affirment leur liens. Si, pour le résumer, on peut dire avec Durkheim que Dieu, c’est la société, on peut alors en effet se demander si une société sans religion est possible : la question demeure d’actualité : sur quel principe faire reposer l’ordre social et le sentiment d’appartenance quand la rationalité a fait reculer les religions et que la société est devenue individualiste?

 

« L’homme est un loup pour l’homme ». Thomas Hobbes. (par Nadia Humbert- TL- 2008)

 

Voici l’analyse de la citation :  » A l’état de nature l’homme est un loup pour l’homme, à l’état social l’homme est un dieu pour l’homme » de Thomas HOBBES (1588-1679). Cet article est rédigé par Nadia Humbert, élèves de TL (2008).

Hobbes est un philosophe anglais du XVIIème siècle. C’était un contemporain de Descartes, qu’il a beaucoup critiqué. Il a vécu et écrit dans un contexte de guerres civiles en Angleterre. Il est matérialiste, non pas dans le sens du matérialisme historique, mais il pense qu’il n’y avait que de la matière. Il ne croit pas aux esprits ni aux âmes. Il est surtout connu pour sa philosophie politique.

Ses œuvres majeures :

De Cive (1652) (= Du Citoyen) traite de philosophie politique

De corpore (Du corps) et De homine (De l’homme) expliquent son point de vue sur le fonctionnement du corps et de l’homme.

Léviathan (1651) est son ouvrage le plus important. Il résume toute sa philosophie. Il aborde de nombreux sujets, mais surtout la politique.

Explication de la citation :  » A l’état de nature l’homme est un loup pour l’homme, à l’état social l’homme est un dieu pour l’homme ».

 

Tout comme Rousseau, Hobbes a lui aussi, quelques dizaines d’années auparavant, une théorie d’un état de nature. Cependant, il se montre plus pessimiste sur la nature de l’homme. Il pense que, s’il n’y a personne pour les en empêcher, les hommes ont tendance à s’entretuer. Il explique que les hommes sont tous poussés par leurs désirs. Ils cherchent à améliorer leurs conditions et avoir toujours plus de puissance afin de conserver celle qu’ils ont déjà acquise. Pour atteindre leurs buts, ils n’hésitent pas à s’en prendre aux autres hommes. Par conséquent, ils se méfient d’eux, vu qu’ils risquent de faire de même. Ils tiennent à sauver leur vie et comme ils sont également intelligents, ils préfèrent attaquer avant d’être morts. Il y a aussi un troisième point, après leur ambition et l’envie de vivre au mépris des autres, c’est qu’ils aiment être reconnus, qu’on ait une haute opinion d’eux-mêmes, aussi haute que la leur. Lorsque ce n’est pas le cas (et c’est rarement le cas), ils attaquent tous ceux qui les sous-estiment. D’après Hobbes, ce sont des caractéristiques communes à toute l’humanité, et les hommes sont tous égaux en cela. Comme ils peuvent utiliser ou la force ou la ruse ou l’alliance (mais jamais pour très longtemps), aucun d’entre eux n’est défavorisé et il en résulte une guerre de tous contre tous (ou de chacun contre chacun).

Ainsi, l’état de nature pour Hobbes est un état de guerre de tous contre tous et, selon lui, c’est ce qu’il faut éviter. Il le décrit de cette manière :  » Il règne une peur permanente, un danger de mort violente. La vie humaine est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève. «  Solitaire du fait qu’ils se méfient de tout le monde. Misérable parce qu’ils ne peuvent rien entreprendre de durable, sinon les autres voudront se l’approprier. Dangereuse parce qu’ils n’ont aucune garanti pour rien et que les autres risquent de les tuer à tout moment. Animal : ils ne peuvent rien construire, n’ont pas de société, ils n’ont pas le temps d’essayer de comprendre le monde, d’accumuler des connaissances ou de se pencher sur les arts. Et brève parce qu’ils ont tellement d’ennemis qu’il y en a toujours un qui va finir par les tuer rapidement. C’est la raison pour laquelle Hobbes affirme qu’  » à l’état de nature, l’homme est un loup pour l’homme « .

Pour Hobbes, l’état de nature est le pire qu’il soit. Il faut s’en extraire et, par tous les moyens possibles, ne pas y retomber. Pour y remédier, il ne voit qu’une seule solution : que chacun fasse un contrat social avec tous les autres. Ce contrat consiste à ce que chacun abandonne son droit, sa liberté sur la personne des autres. Mais il juge qu’un contrat seul ne suffit pas. Il faut mettre en place un Etat pour qu’il soit respecté. L’état social est défini de la manière suivante : «  une convention de chacun avec chacun pour que leur puissance commune soit rassemblée en un Etat qui les gouverne tous. « 

Voilà comment Hobbes définit l’Etat :  » une personne une dont les actes ont pour auteur, à la suite de conventions mutuelles passées entre eux-mêmes, chacun des membres d’une grande multitude, afin que celui qui est cette personne puisse utiliser la force et les moyens de tous comme il l’estimera convenir à leur paix et à leur défense commune. « 

 

Explication :

 » une personne une «  désigne le souverain. Ce n’est pas forcément un seul homme. Quand c’est le cas, il s’agit d’une monarchie. Mais lorsque c’est l’assemblée de tout le peuple, il l’appelle démocratie et quand c’est une assemblée d’une partie seulement, c’est une aristocratie.

Donc le souverain  » dont les actes ont pour auteur chacun des membres…  » . En effet, le souverain est le représentant du peuple. Lorsqu’il agit en tant que souverain, il agit au nom du peuple. Donc c’est comme si c’était l’action de tout le peuple qu’il représente. Quand le souverain fait un acte, chacun des sujets en est l’auteur (il en a la responsabilité) et le souverain n’est qu’acteur. Ce qui signifie que si le souverain tue l’un de ses sujets, c’est le sujet lui-même qui s’est tué. Ou quand le souverain prend une décision, le peuple n’a pas le droit d’être en désaccord avec cette décision, parce qu’il serait en désaccord avec lui-même. »

afin que celui qui est cette personne «  c’est-à-dire le souverain,  » puisse utiliser la force et les moyens de tous comme il l’estimera convenir « . Par là, Hobbes signifie que l’Etat, qu’il soit représenté par un monarque ou une assemblée, a tous les pouvoirs sur ses sujets. Ils doivent lui obéir en tout parce que c’est lui qui décide comment les protéger les uns des autres de l’état de guerre. C’est ce qu’il affirme dans la fin de sa phrase  » comme il l’estimera convenir à leur paix et à leur défense commune « . Ainsi, le souverain, afin de les prévenir de l’état de guerre, qui est la pire des conditions, a un pouvoir absolu sur ses sujets.

 

Il possède donc l’ensemble de tous les pouvoirs et tous les droits de ses sujets. Comme il est le représentant de tous, alors tous ses sujets ont, par son intermédiaire, ce pouvoir absolu et cette puissance sur les autres. Cela explique la deuxième partie de la phrase.  "A l’état social, l’homme est un Dieu pour l’homme." «

source : http://chevet.unblog.fr/category/analyse-de-citations/

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