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fredericgrolleau.com


8 PENSÉES ET EXERCICES PHILOSOPHIQUES QUI VOUS TIENDRONT ÉVEILLÉS

Publié le 22 Février 2019, 17:54pm

Catégories : #Philo (Notions)

8 PENSÉES ET EXERCICES PHILOSOPHIQUES QUI VOUS TIENDRONT ÉVEILLÉS

On a tous, à un moment ou à un autre de notre vie, eu une insomnie alimentée par des questions plus ou moins philosophiques, du genre : "Qu'est-ce que la conscience ?", "L'homme est-il uniquement régi par son instinct ?" ou encore "Mon mec me trompe-t-il ? Dois-je envoyer COCUE au 118-218 pour m'en assurer ?" Aujourd'hui, nous allons vous proposer quelques exemples de concepts philosophiques illustrés.

LE DILEMME DU PRISONNIER

D'une certaine façon, cela ressemble presque à une scène de The Wolf Among Us (ou tout autre titre de Telltale Game). Deux prisonniers ont un choix : confesser leur crime ou garder le silence. Sauf qu'aucun ne saura ce que l'autre répond. Et il y a des conséquences à la clé. En voici le résumé, tel qu'écrit dans l'Encyclopédie de Philosophie de Stanford :

Tanya et Cinque ont été arrêtés pour le cambriolage de la Caisse d'Epargne d'Hibernia, et ont été placés dans des cellules séparées et isolées. Les deux tiennent plus à leur liberté personnelle qu'au bien-être de leur complice. Un procureur intelligent va faire l'offre suivante à chacun : "Vous pouvez choisir entre avouer, ou garder le silence. Si vous vous confessez et que votre complice garde le silence, les charges pesant sur vous seront abandonnées, et votre témoignage servira à condamner lourdement votre complice. Toutefois, si votre complice avoue et que vous restez silencieux, il partira libre tandis que vous serez condamné. Si vous avouez tous les deux, vous obtiendrez une liberté conditionnelle. Si vous vous taisez, je me contenterais de vous condamner à des peines symboliques pour possession d'armes à feu. Si vous souhaitez vous confesser, vous devrez laisser une note au geôlier avant mon retour, demain matin."

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Ici, l'expérience est troublante car elle nous apprend qu'on ne fait jamais la "bonne" décision quand nous sommes confrontés à des choix avec des informations insuffisantes, et quand les intérêts personnels pèsent dans la balance. Le "dilemme" vient du fait que, si la confession semble, pour les deux prisonniers, la meilleure offre, il est en réalité préférable de ne rien dire. 

Les applications de ce dilemme varient de la coordination d'opérations d'ordres internationales à de probables contacts avec des civilisations extra-terrestres. 

LA CHAMBRE DE MARY

Aussi appelé "l'Argument de la Connaissance", et proposé par Frank Jackson, qui s'opposait au physicalisme, c'est-à-dire l'idée que toutes les connaissances puissent être réductibles aux énoncés de la physique. Au contraire, l'argument de la connaissance est l'idée qu'il existe des propriétés non-physique et une connaissance accessible uniquement par le biais d'une expérience consciente. Voici comment il énonce son expérience :

"Mary est une scientifique brillante qui, pour une raison ou une autre, est forcée d'étudier le monde à partir d'une chambre noire et blanche, et via un poste de télévision en noir et blanc. Elle se spécialise dans la neurophysiologie de la vision et nous supposerons qu'elle acquiert toute les informations physiques qu'il y a à recueillir sur ce qu'il se passe quand on voit des tomates mûres, ou le ciel, et quand nous utilisons des termes tels que "rouge", "bleu", etc... Elle découvre par exemple quelle combinaison de longueurs d'ondes va stimuler la rétine, et comment se produit, via le système nerveux, la contraction des cordes vocales quand on dit "le ciel est bleu"... Que se passera-t-il quand Mary sortira de sa chambre, ou quand elle recevra un poste de télévision en couleur ? Apprendra-t-elle quelque chose ou non ?"

black & white

En gros : Mary sait tout ce qu'il y a à savoir sur la couleur, mais n'a jamais expérimenté de façon consciente la couleur (ne l'a jamais vue). Sa première expérience est quelque chose qu'elle n'a jamais anticipé, et il y a donc un véritable monde séparant le fait de savoir quelque chose de façon académique, et le fait de l'expérimenter concrètement.

L'idée de l'expérience est de nous montrer qu'il existe toujours quelque chose de plus élevé que notre perception de la réalité, incluant la connaissance, que la simple observation objective.

LE COLÉOPTÈRE DANS LA BOITE

Aussi connu comme "l'argument du langage privé", et semblable à la chambre de Mary. Dans les Investigations Philosophiques de Wittgenstein, ce dernier propose de défier la façon dont nous usons de l'introspection, et son effet sur le langage, dans la manière dont nous décrivons nos sensations.

Imaginez un groupe d'individus, chacun portant une boite contenant un coléoptère. Aucun ne peut voir ce qui se trouve dans la boite d'autrui. On leur demande alors de décrire les coléoptères, mais chacun ne connait que son propre coléoptère, alors qu'il peut s'en trouver des différents, physiquement, dans d'autres boites. Ce qui signifie que les descriptions n'ont aucune place dans "le jeu du langage" (expliquer un mot en désignant l'objet auquel il correspond). Au bout du compte, "coléoptère" signifie "la chose qui se trouve dans la boite".

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En quoi est-ce perturbant ? Le coléoptère est en fait notre esprit, et nous ne pouvons donc savoir comment il est chez autrui, ce qui rend l'esprit de chacun unique.

LA CHAMBRE CHINOISE

Un concept proposé par John Searle : imaginez quelqu'un ne parlant que l'Anglais, assis dans une pièce, seul, avec un manuel d'instruction en Anglais permettant de manipuler les cordes d'une marionnette chinoise. Une fois le manuel lu, il sera tout à fait capable de faire bouger la marionnette, quand bien même la façon dont on l'utilise ne serait connue que des Chinois et que le savoir serait transmis dans cette langue. Vu de l'extérieur, un observateur pensera que le marionnettiste comprend le Chinois.

marionnette et ombre

Cet argument est supposé nous montrer que, si les ordinateurs semblent comprendre et converser dans un langage naturel, ils ne sont pas capable de comprendre le langage. Et ce parce que les ordinateurs sont limités par le biais de "cordes" symboliques. La chambre chinoise était supposée être un argument contre les intelligences artificielles, mais n'est qu'une vision simpliste des IA, généralisée en omettant l'idée des IA "apprenantes", et le potentiel des consciences artificielles.

Le véritable problème, c'est que si une IA, selon Searle, peut potentiellement agir et se comporter comme ayant une conscience, l'être humain risque de penser qu'il existe une véritable compréhension là où il n'y en n'a pas.

LA MACHINE À EXPÉRIENCE

Il s'agit d'un concept proposé par le philosophe Robert Nozick. D'une certaine façon, sa théorie est de nous proposer une version plus agréable que celle offerte par l'excellente trilogie Matrix. En effet, Nozick écrit, dans son livre Anarchie, Etat et Utopie :

"Supposez qu'il existe une machine à expérience, qui vous permette de vivre n'importe quelle expérience souhaitée. Des neuropsychologues excellant dans la duperie pourraient stimuler votre cerveau, de façon à ce que vous ayez l'impression d'écrire un grand roman, vous faire une nouvelle amitié ou bien lisiez un livre intéressant. En réalité, vous seriez en train de flotter dans une cuve, avec des électrodes reliées à votre cerveau. Devriez-vous vous brancher à cette machine pour la vie, en pré-programmant votre existence ? Bien entendu, pendant que vous êtes dans la cuve, vous ne sauriez pas où vous êtes, vous penseriez juste que c'est en train d'arriver... Vous brancheriez-vous ?"

L'idée est que nous aurions d'excellentes raisons de nous brancher sur une telle machine, n'est-ce pas ? Après tout, nous vivons dans un bien triste monde, où travail difficile et souffrance sont le lot quotidien de bien des gens. Alors, avoir la possibilité de s'évader et de vivre des expériences, même par un biais artificiel, est une opportunité que l'on saisirait avec joie !

Matrice

Et pourtant... Quid de la dignité humaine ? De la satisfaction de nos "véritables" désirs ? On pourrait aisément révoquer l'expérience de Nozick, et pourtant, c'est un défi sur lequel bien des philosophes se sont cassés le nez durant quelques décennies...

LE PROBLÈME DU TRAMWAY

Ceci est un problème d'éthique proposé en 1967 par la philosophe Philippa Foot, dans un article intitulé "Le Problème de l'Avortement et la Doctrine du Double-Effet". Aujourd'hui, cette question refait surface malheureusement, avec les voitures autonomes.

tramway

La mise en situation est juste légèrement différente : vous êtes un aiguilleur. Arrive alors un tramway incontrôlable. Sur la "voie principale", il se trouve 5 personnes en train de travailler. En tant qu'aiguilleur, il vous est possible de dévier le tramway fou à temps, mais sur la voie adjacente se trouve une personne, qui est en train de travailler elle aussi. Quelle que soit votre décision, les personnes se trouvant sur la voie de tramway choisie périront toutes.

Deux points de vues s'affrontent sur ce problème : les utilitaristes considèrent que la vie d'une personne vaut bien celle de cinq, et donc que la personne seule peut être sacrifiée. Elle s'oppose en cela aux kantiens pour qui l'être humain est une finalité, et non pas un moyen, et donc la personne isolée ne doit pas devenir un moyen pour que les cinq autre survivent. Donc, ils ne feraient rien.

troll problem

Cette expérience a pour but de montrer la complexité de la morale en établissant une distinction entre "tuer quelqu'un" et "les laisser vivre" - des implications qui ont des échos jusque dans la science, le comportement, la police ou la guerre. Les notions de "bien" et de "mal" ne sont pas aussi simple qu'il n'y paraît.

L'ARAIGNÉE DANS L'URINOIR

Il s'agit d'une sorte de dérivé de la célèbre Caverne de Platon, écrit obligé pour quiconque passe par la case "Cours de philosophie" dans sa carrière estudiantine. Il s'agit d'une proposition de Thomas Nagel, dans son essai La Naissance, la Mort et le Sens de la Vie (42), dans lequel il aborde les questions de non-intervention et la pertinence de la vie.

Platon

Il en eut l'idée après avoir découvert une araignée vivant dans un urinoir, dans les toilettes pour homme à Princeton, où il enseignait. L'araignée semblait "avoir une vie misérable, à se faire constamment uriner dessus, et elle ne semblait pas l'apprécier." :

"Au fil du temps, nos rencontres commencèrent à m'oppresser. Bien entendu, cela pouvait tout à fait être son habitat naturel, mais parce qu'elle était piégée par le petit surplomb de porcelaine, elle n'avait aucun moyen de sortir de là si elle le souhaitait, ou même de nous dire si elle souhaitait s'en sortir... Donc, un jour, à la fin des cours, j'ai pris une serviette de tissu et je la lui ai tendu. Ses pattes ont agrippé le tissu et je l'ai soulevé, avant de la déposer sur le carrelage.

Elle est restée là, sans bouger un muscle. Je l'ai légèrement bousculé avec le bout de ma serviette, mais rien ne s'est produit... Je suis sorti de la pièce, pour y revenir deux heures plus tard, elle n'avait toujours pas bougé.

Le lendemain, je l'ai trouvé à la même place, les pattes ratatinées sous le corps, à la façon des araignées mortes. Son cadavre est resté là jusqu'à ce que la pièce soit nettoyée, une semaine plus tard."

Jaramate

Nagel avait agit avec empathie, pensant que l'araignée aurait une meilleure vie, et surtout plus joyeuse, que celle qu'elle menait jusque-là. Et c'est l'inverse qui se produisit : au final, il ne fit aucun bien à l'araignée. Cela nous force à considérer notre position sur la pertinence de la vie, non seulement animale, mais aussi humaine. En effet, que pouvons-nous savoir des réelles envies d'autrui, de ce qui est bon pour eux ?

L'ARGUMENT DU REMPLACEMENT

Imaginez un monde où nous ne mangerions pas de viande du tout. Donc, dans un tel monde, l'élevage d'animaux pour en faire la consommation n'aurait aucun sens. Et donc, il y aurait une brusque et fort dramatique baisse démographique chez ces mêmes animaux, comme les porcs, les poulets, les chevaux, etc...

"De tout les arguments proposés par les adeptes du végétarisme, aucun n'est plus faible que celui de l'humanité. Le porc a bien plus d'intérêts que quiconque dans la demande de bacon. Si nous étions tous juifs, il n'y aurait plus aucun porc dans le monde."
Virginia Woolf.

balance

C'est un raisonnement étrange, et qui mène à un questionnement quelque peu répugnant : est-il meilleur d'avoir 20 millions de personnes qui vivent relativement mal, ou simplement 10 millions qui vivent bien ? Si le second choix est le meilleur, quid des 10 millions qui n'ont jamais vécu ? Peut-on se sentir coupable vis-à-vis d'eux s'ils n'ont jamais existé ?

source : 

https://hitek.fr/actualite/pensees-philosophiques-insomnies_9796

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