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fredericgrolleau.com


"Repères" du programme de philosophie

Publié le 13 Janvier 2019, 18:28pm

Catégories : #Philo (Notions), #philo (méthodologie)

"Repères" du programme de philosophie

Programme officiel de philosophie :

Notions constituant des repères

 

Frédéric Grolleau, Lycée Albert-Ier de Monaco

 

Absolu/relatif

Est absolu ce qui ne se rapporte qu'à soi, qui ne dépend que de soi. Parfait et complet, il est souvent présenté comme le terme d’une quête de connaissance. Dieu en est le modèle. Par opposition, est relatif ce qui est par nature dépendant d'une réalité autre que la sienne propre. Par exemple, la valeur d’une connaissance scientifique ou pratique est relative aux principes qui en définissent les conditions et les limites.

 

Abstrait/concret

Est concret ce qui est donné immédiatement dans l'expérience, ce qui est appréhendé comme un donné brut par les organes sensoriels. Abstraire, c'est dégager l'essentiel de l'accessoire. C'est l'acte du langage et de la pensée, puisque penser, c'est prendre des distances vis-à-vis de ce qui s'impose à nos sens pour aller à l'essentiel, déterminer la définition fondamentale des choses.

 

Analyse/synthèse

L’analyse est un procédé de décomposition en unités élémentaires. L'analyse désigne ainsi une démarche intellectuelle qui va de l’essence à ses propriétés. Dans une proposition analytique, on dit que le prédicat (qui qualifie un objet) est contenu dans le sujet. Ainsi, l'idée d'étendue est-elle impliquée par l'idée de corps. L’analyse désigne en outre un processus qui remonte des effets à des causes qui leur sont antérieures ou à des données qui constituent leurs conditions de possibilité. Inversement, la synthèse réunit, rassemble des éléments ou encore reconstruit l'ensemble d'un problème en allant des principes aux conséquences. Dans une proposition synthétique, un principe extérieur au sujet permet de lui associer le prédicat qui le qualifie. Ainsi c’est l’expérience qui permet d’affirmer que tous les corps sont pesants, tandis que l’affirmation selon laquelle tous les corps sont étendus est analytique : l’idée de surface comprend celle de dimensions.

 

Cause/fin

Aristote distingue quatre types de causes :

- la cause matérielle, par exemple les éléments qui constituent une maison : brique, ciment ;

- la cause efficiente, ici les maçons, ouvriers, les forces qui produisent la construction ;

- la cause formelle, c’est-à-dire l’aspect, voire le schéma selon lequel le bâtiment est conçu, à savoir le schéma duquel il procède, plus précisément le plan dessiné par l’architecte ;

- la cause finale, à savoir l’usage auquel est destinée la maison, en général l’habitation.

La science mécaniste à partir du XVIIe siècle n’explique qu’à partir des causes efficientes, antécédentes à leurs effets. Toutefois, l'étude du vivant a pu contraindre à recourir, pour la compréhension des phénomènes observés, à la finalité. La fin désigne d’une part la cessation d’un phénomène dans le temps (das Ende, the end), d’autre part le but visé par une action (der Zweck, the aim) ; en ce second sens, elle peut donc être assimilée à la cause finale.

 

Contingent/nécessaire/possible

Est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être, ou encore ce qui ne peut être autrement qu’il est. Ainsi d’un impératif inévitable. Est possible ce qui est non contradictoire, mais dont on ne peut affirmer la réalité : ce qui peut exister. Est contingent ce qui existe, mais peut ne pas être : ainsi de la propriété d’un être, considérée comme conditionnée. « Possible » s’applique à une notion, tandis que « contingent » s’applique à un événement ou à une caractéristique d’une chose. Ce terme rejoint celui de « possible » lorsqu’on considère que l’existence même de l’être en question n’est pas nécessaire, mais constitue un événement fortuit.

 

 

Croire/savoir

Croire, c’est accorder foi à, avoir confiance en. La croyance est un assentiment non accompagné de preuves : elle est alors synonyme d'opinion. La croyance est une représentation ou un engagement dépassant les bornes de l’expérience, de la démonstration ; au sens religieux, l’esprit adhère à une vérité d'un ordre transcendant. La croyance est une certitude existentielle, non rationnelle (ce qui ne veut pas dire irrationnelle), elle est foi, confiance subjectivement suffisante, bien qu’objectivement insuffisante.

Savoir (du latin sapere, goûter, connaître) désigne les représentations intellectuelles, en tant qu’elles sont organisées. On distingue le savoir empirique, savoir-faire acquis par transmission de l'expérience et le savoir scientifique, qui est défini par sa cohérence logique, son caractère expérimentable, donc réfutable.

 

En acte, en puissance

En puissance signifie potentiel, qui peut voire doit advenir (la fleur est « en puissance » dans le bourgeon). En acte signifie effectif, réalisé. Est en acte la chose dont toutes les potentialités sont effectivement réalisées : la fleur éclose est en acte. Elle contient à son tour les germes d'une nouvelle pousse, donc d’un être en puissance.

 

Conditionné/inconditionné

Le conditionné dépend d’autre chose que de soi ; il est défini par ses relations. L’inconditionné ne dépend de rien d’autre que de soi, c’est l’absolu. Alors que le physicien a besoin de conditions initiales pour élaborer ses connaissances scientifiques, la métaphysique statue sur l'inconditionné en tant qu’il peut s'imposer à la conscience ou à l'intuition.

 

En fait/en droit

Le fait, c'est ce qui est, ce que l'on distingue dans l'expérience et dans l'histoire : ainsi, c'est un fait qu'il y a eu des lois imposant l'apartheid en Afrique du Sud. Si ce fait soulevait l'indignation, c'est qu'il n'était pas reconnu comme légitime, qu’il n’avait pas de valeur en droit. En droit, cela désigne ce qui vaut en principe, ce qui relève d’exigences morales ou juridiques. C'est le droit qui doit être idéalement la norme du fait et non l'inverse.

 

Essentiel, accidentel

Est essentiel ce qui est relatif à la définition, à la nature d'une chose. Ainsi l'essence d'un cercle consiste-t-elle en tous les points équidistants d'un centre. Mais il est accidentel, inessentiel, que le rayon soit de telle ou telle longueur. Il est essentiel à l'homme d'être doué de rationalité, de sociabilité, mais accidentel d'avoir la peau blanche ou noire, les cheveux roux, bruns ou blonds.

 

Expliquer/comprendre

Expliquer, c'est rendre intelligible un phénomène en le rattachant à sa cause efficiente. C'est montrer l'existence de liaisons constantes entre certains faits, c'est-à-dire dégager des lois, que l'on intègre, idéalement, dans un ensemble cohérent.

Comprendre, c'est, par opposition à l'explication par les causes efficientes utilisée dans les sciences de la nature, saisir un sens en retrouvant les intentions qui ont présidé à tel ou tel acte, telle ou telle œuvre. L'interprétation vise la compréhension, c’est-à-dire la participation à un sens.

 

Formel/matériel

La forme désigne l’aspect, le contour, la relation entre des éléments, par opposition à leur contenu (leur matière, leur constituant. La valeur formelle d'un raisonnement désigne sa validité intrinsèque, sa valeur logique, sa non-contradiction, indépendamment de la réalité de ses objets. Seule l'expérience peut nous permettre de statuer sur la vérité matérielle d'une proposition.

 

Genre, espèce, individu

Les notions de genre, espèce, individu permettent de classer les choses ou les êtres vivants. On dit que des individus ou des objets appartiennent au même genre lorsqu'ils procèdent de la même origine et lorsqu'ils ont des traits caractéristiques communs. L'espèce est un sous-groupe à l'intérieur du genre. Ainsi, le genre « mammifères » comprend aussi bien le cheval que le dauphin ou l'homme. Les espèces sont composées d'individus singuliers tous différents (de façon accidentelle) malgré leurs caractères communs (qui servent à déterminer leur essence). Les individus sont singuliers, supposés identiques à eux-mêmes dans le temps.

 

Idéal/réel

Est réel (de res : la chose) ce qui existe effectivement par opposition à ce qui est fictif, imaginaire ou illusoire. L'idéal est la représentation de la réalisation parfaite d'une idée visée, d'un état de chose désiré. Kant définit l'idéal comme « la représentation d'un être unique en tant qu'adéquat à une idée » c'est-à-dire à un concept de la raison (par exemple la paix) qu'aucun phénomène n'est susceptible d'incarner parfaitement. L'idéal peut réguler notre action, l'orienter vers une amélioration.

 

Identité/égalité/différence

L'identité d'une chose est son caractère permanent, qui permet de la distinguer des autres choses et de la reconnaître malgré les changements qui l’affectent. La différence renvoie à des êtres qui ne peuvent être identifiés : deux choses sont différentes si elles s’opposent lorsqu’on les rapproche, les compare. L’égalité est une identité de mesure : elle désigne ce qui demeure le même selon la quantité. Politiquement, l'égalité de droit ne saurait se confondre avec l'égalité de fortune ; l’État républicain attribue une égalité juridique aux citoyens.

 

Intuitif/discursif

L'intuition désigne la saisie directe d'une réalité ou d'un rapport. C'est l’appréhension immédiate de quelque chose par l’esprit, sans qu'il y ait d’intermédiaire entre une chose et son objet. Par opposition ce qui est discursif suppose la médiation du langage. Le discours, articulé, construit, a besoin d’un enchaînement de propositions pour se déployer et se faire entendre.

 

Légalité/légitimité

Est légal ce qui est conforme à la loi positive, établie. S’il y a des lois injustes, elles sont dites illégitimes au regard de la loi naturelle, c'est-à-dire morale. La légalité réalisée par le droit positif (effectivement en vigueur dans un État) ne coïncide pas avec l’exigence morale de la justice à laquelle renvoie la notion de légitimité.

 

Médiat/immédiat

Est immédiat ce qui est donné sans intermédiaire, comme chose brute, non élaborée. Est médiat ce qui est au milieu, ce qui s'interpose. La médiation est ce qui met en rapport deux choses originairement distinctes, ce qui s'interpose entre le donné brut (par exemple : de l'argile) et la fin visée (une poterie). On dira que le travail du potier est la médiation par laquelle doit passer la matière première pour être une poterie.

 

Objectif/subjectif

Est objectif ce qui est rationnel, envisagé du point de vue universel de la raison, dissociée des intérêts du sujet. Est subjective au contraire l'attitude marquée par la prise en compte de la particularité de l'individu qui l'adopte. Une démarche objective s’efforce de ne tenir compte, dans la réalité, que des traits généraux reconnaissables par tous. Le critère de l’objectivité peut être l’universalité, l’expérimentabilité, voire l’intersubjectivité.

 

Obligation/contrainte

La contrainte désigne un élément extérieur au sujet, qui le conduit à agir contre sa volonté ; c’est ce qui s’impose en vertu d’une nécessité matérielle, par une force physique. Ainsi, sous la menace, quelqu’un cède aux injonctions d’un individu armé. Il y est contraint sans y être obligé. L’obligation est une action dont le principe est en nous : elle renvoie à ce qui s’impose en vertu d’une nécessité sociale ou morale. Ainsi, conformément à notre Constitution, chaque citoyen est engagé à s’acquitter des impôts qui lui incombent. Il y est obligé sans y être contraint.

 

Origine/fondement

Si le terme origine est couramment pris au sens de commencement (il désigne ce qui est originel), il peut aussi désigner la source logique ou ontologique d’une chose. Ce n'est alors pas le commencement dans le temps mais le principe originaire, le fondement. On peut ainsi politiquement dissocier l'origine (chronologique) et le fondement juridique (logique), ce sur quoi repose un régime, ce qui sert à légitimer l'exercice du pouvoir.

 

Persuader/convaincre

Persuader c'est amener une personne à tenir pour vraie une proposition sans se préoccuper du degré d’intelligence qu’elle peut en avoir. La persuasion peut utiliser tous les moyens pour arracher l'adhésion. À l'opposé, convaincre (du latin convincere : vaincre ensemble) c'est cheminer de concert vers une compréhension des raisons pour lesquelles une proposition peut ou doit être tenue pour vraie. Le moyen utilisé est l'argumentation idéalement démonstrative, et la finalité visée est l'adhésion éclairée. La persuasion conduit à des actes, sans se préoccuper de leur motivation ; la conviction conduit une personne non seulement à agir, mais encore à faire agir les autres en s’efforçant de les convaincre.

 

Principe/conséquence

Le principe (du latin principium : commencement qui dérive de princeps : le premier, le prince qui commande) est ce qui est premier et ce qui, par là même, constitue le fondement d'un raisonnement par exemple ou de la morale en ce qui concerne la conduite. Les principes fondent et justifient les séquences logiques, les conséquences qui s'en déduisent ou les règles qui président à l'action.

 

Ressemblance/analogie

La ressemblance consiste pour deux personnes ou pour deux choses à avoir des points communs, des caractéristiques partiellement identiques ; elle suppose des différences. L'analogie définit, elle, une égalité de rapports (sur le modèle : a est à c ce que b est à d). Par exemple, si on reconnaît chez un enfant les traits de ses parents, on dit qu’il leur ressemble. Mais c’est par analogie qu’on établit un rapport entre le développement d’un être vivant et celui d’un processus finalisé par une intention humaine, comme l’action volontaire.

 

En théorie/en pratique

La théorie désigne la saisie contemplative de chaque chose par une faculté d’intellection. Par extension ce terme a désigné toute forme de vue d'ensemble, toute articulation d'énoncés faisant système ou tout système explicatif fondé sur des lois, destiné à rendre compte du réel. Par opposition, la pratique est ce qui relève de la mise en œuvre, de l’expérimentation, de l’action, c’est-à-dire par excellence de l’action par laquelle le sujet se transforme lui-même.

 

Transcendant/immanent

Le terme latin transcendere signifie « dépasser en passant par-delà ». La transcendance est d'abord le fait de s’imposer, de relever d’un autre genre. On utilise notamment ce terme pour désigner Dieu qui est d'un tout autre ordre que les choses sensibles, qui peuvent faire l’objet d’une expérience. Le terme latin immanere signifie « demeurer dans ». Est immanent ce qui est intérieur à l'être ou à l'objet considéré. Par opposition à transcendant, est immanent ce qui relève du domaine de l'expérience, ce qui est compris dans la nature ou l'essence d'un être.

 

Universel/général/particulier/singulier

Est singulier ce qui est propre à un seul. Est particulier ce qui est partagé par quelques-uns (ce qui est propre à une espèce). Est universel ce qui vaut en tous temps, en tous lieux ; ce qui est donc applicable à tous sans exception. Est général ce qui se rapporte à la plupart ; ce qui est donc applicable à tous, sauf exception(s). « Général » peut également qualifier une propriété générique : qui relève d’un genre.

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