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fredericgrolleau.com


« American Nightmare » : le défoulement autorisé par la "purge "est-il une solution pour rendre le peuple apaisé ?

Publié le 8 Janvier 2019, 14:21pm

« American Nightmare » : le défoulement autorisé par la "purge "est-il une solution pour rendre le peuple apaisé ?

Proposition de traitement par Mlles De Gobbi et Gilot, 1L1, lycée Albert-Ier de Monaco, janvier 2019.
 

Introduction (synopsis) 

« American Nightmare » est un film, thriller d’horreur dystopique américain, réalisé par James DeMonaco, sorti à l’écran en 2013. Il en a créé une saga de 4 films sortis les années suivantes.

Pour maintenir un faible taux de chômage et de criminalité, dont les Etats-Unis en sont victimes tout au long de l’année, le gouvernement a mis en place une période annuelle de douze heures, au cours de laquelle toute activité criminelle est permise. Au cours de cette nuit, officiellement appelée « la Purge », chacun peut évacuer ses émotions négatives en réglant ses comptes, ou plus simplement en s'adonnant à la violence gratuite pour se défouler. Les seules règles s'appliquant à la Purge sont l'interdiction d'attaquer un membre du gouvernement et l’utilisation des armes de classe cinq comme les explosifs (grenades, lance-roquettes). Ceux qui enfreignent ces règles seront exécutés publiquement par pendaison.

En 2022, à l'aube de la cinquième Purge, James Sandin, un riche entrepreneur, a parfaitement préparé la situation en développant des systèmes de sécurité pour protéger sa famille. Père de deux enfants, habitant un quartier tranquille, il considère la Purge comme un mal nécessaire contrairement à sa femme Mary et son fils Charlie, beaucoup plus réservés à ce sujet. Sa fille Zoey aimerait pouvoir vivre son amour pour Henry, un jeune homme plus âgé, que son père lui interdit formellement de voir. Après la maison bouclée, une annonce officielle suivie d'une sirène lance le début de la Purge, et des personnes armées commencent à déambuler dans les rues. Mais alors que la famille pensait passer une soirée à l'abri du danger, rien ne se passe comme prévu. Le petit ami de Zoey s'est caché dans la maison et désire régler ses comptes avec son père. Mais le pire arrive quand Charlie aperçoit grâce aux écrans de surveillance, un homme SDF ensanglanté implorant de l'aide et désactive les protections pour l'inviter à rentrer. Cet homme était la cible d'un groupe de jeunes personnes masquées constitué uniquement de jeunes de bonne famille qui considèrent les pauvres comme des exutoires idéaux pour la Purge. Ils lancent un ultimatum à la famille : ils doivent livrer l'homme sinon ils rentreront afin de massacrer tout le monde. Le cauchemar ne fait que commencer.

 

  1. Même si la violence physique est très dominante tout au long du film, on ressent davantage la violence psychologique entre les personnages. La « purge » est décrite comme un moment de basculement socio-sociétal où la violence domine.

        

  1. La famille ne cherche pas à se défouler en participant à la purge mais le père semble profiter de cette nuit car en effet, c’est grâce à sa profession, celle donc de créer ces systèmes de protections très développés. L’idée est que cette « purge » apparaisse comme un gain psychique à la fois économique pour ceux qui en profitent pour racketter les individus désolidarisés et qui cherchent à se barricader durant la nuit. Le fait de ne pas extérioriser ses pulsions dans cette purge a donc un prix qui avantage certaines classes sociales dont celle de M. Sandin qui se vante de son efficacité à vendre ces systèmes haut de gamme et très performants : « Il y a 10 ans, on n’arrivait pas à payer nos factures, aujourd’hui on pense à se payer un bateau ». On observe donc ici qu’il profite du crime pour son intérêt personnel.

 

  1. Ensuite, les personnes qui sont contre cette idée de purge dénonce que la domination sociale ne peut être représentée sous forme de violence physique. Les personnes sans travail et sans toit sont les cibles principales des groupes de riches qui désirent que le pays soit sain. Leurs point de vue est que ce sont les démunis qui étaient responsables de la criminalité et des faibles performances économiques des Etats-Unis. Ne voulant plus que cela se produise à nouveau, ils massacrent les pauvres contraints de rester dehors. Enfin, la famille Sandin sera confrontés à un dilemme, celui de se soumettre à la barbarie des gens aisés en livrant le SDF à ses chasseurs, soit ils décident de se défendre et de prendre d’immense risques.

On retrouve avec ces éléments le contexte actuel de crise sociale, politique et économique. Ici, les Etats-Unis sont pointés du doigt comme voulant acquérir la richesse et étant à la recherche du bonheur. James DeMonaco imagine met en avant cette idée que le pays serait prêt à favoriser l’horreur et l’immoralité pour parvenir à l’extermination des gens inutiles, qui pour le gouvernement et les américains sont les pauvres, les vieux ou encore les malades. Il met en avant la disparition de règles mais aussi la l’irresponsabilité des pouvoirs publics qui sont à cours d’idée pour des éventuelles améliorations. L’apologie de l’égoïsme et de l’individualisme apparaissent tel un intérêt particulier qui profite à l’intérêt général.

 

  1. Au-delà, le film est en quelques sortes, une plaidoirie qui rejoint les thèses d’un penseur : Thomas Hobbes.

 

  1. Thomas Hobbes écrit dans son livre « Le Léviathan », publié en 1651 « l’Homme est un loup pour l’Homme » ; une citation devenue célèbre qui correspond à l’état d’esprit du film de James DeMonaco. 
    Le philosophe développe dans son œuvre sa propre pensée de la liberté qui n’apparaît plus dans la loi mais dans le droit de vivre comme chacun le souhaite. En revanche, cette théorie n’est pas à confondre avec l’anarchie (État de désordre causé par l’absence d’autorité politique) car Hobbes refuse de limiter ses pouvoirs comme la sphère publique (la société).

On retrouve dans le film, les mêmes idées de philosophie politique que celles de  Thomas Hobbes. Dont la  principale idée est la « purge » correspond dans « Le Léviathan » à un «état de nature ». Cela signifie que les désirs de l’Homme ne sont pas par nature des péchés car la moralité du bien et du mal n’ont pas de sens. De plus cela est caractérisé par une égalité entre tous les Hommes, à savoir que même un être faible a assez de force pour tuer un être plus fort que lui, dans le film c’est traduit par le recours aux armes. Une vie solitaire, presque animale, et dangereuse reflète donc bien la théorie de Hobbes sur cet « état de nature » sur cette « purge ». Le réalisateur perverties (action de rendre mauvais) les pensées de Thomas Hobbes et les poussent à l’extrême par les personnages principaux, ce qui renforce la Défense de sa cause.  Il y a premièrement l’idée du pouvoir légitime fondé sur le consentement de ceux qui y obéissent. Dans le film, l’administration américaine, représentée par les « Nouveaux Pères Fondateurs », est sans cesse flatté par les citoyens qui les remercient de leur permettre de satisfaire leur besoins de tuer.

Ensuite, Hobbes élabore une théorie qui explique que les Hommes auraient provoqué par la raison des lois qui limite leur propre liberté conçu. Ces lois sont dites naturelles, car elles s’imposent de manière naturelle à la raison humaine, où dans un premier temps, tout Homme doit s’efforcer à la paix. Dans un second temps, il explique qu’il faut renoncer à  l’« état de nature », caractérisant la liberté de tout faire pour défendre sa vie, pour arriver à la paix.

Mais le film explique qu’un retour temporaire à cet état animal est indispensable pour revenir à une paix durant l’année. En revenant sur la citation de Hobbes, si chaque humain est un « loup » pour les autres, alors il serait normal de réintégrer sa nature originelle pour se purifier à court terme, et retrouver la paix. 

Ici, on comprend par les personnages que les hommes cherchent à vivre librement et en sécurité. Hobbes explique que pour arriver à la sécurité, il faut renoncer au droit de se défendre, si les autres y renonceront aussi. La défense de son corps est le seul droit auquel un être ne peut renoncer.

Ainsi, le pouvoir est chargé de mettre en application les lois nécessaires à la paix civile. Sa grande puissance s’explique par la liberté de l’« état de nature » qu’il a reçu. « American Nightmare » fait le pari que le gouvernement n’est pas parvenu à établir cette paix malgré les lois, les forces de police, et  la justice. Il a donc stratégiquement contourné les pensées du philosophe, pour résoudre le problème de l’insécurité, en préservant la liberté. Il fait  voter une loi qui permet aux citoyens d’avoir la liberté de soulager leurs pulsions psychiques et animales (leur rage intérieure). Un défoulement qui assure la paix pour le reste de l’année. Le contrôle de l’état face à ces actions presque guerrières se définie par le combat du mal par le mal.            

Enfin, Thomas Hobbes avait écrit des libertés qui ne devaient pas être restreintes par le souverain comme la liberté de refuser de tuer quelqu’un quand cet acte peut compromettre la paix qui est la fin pour laquelle fut institué le souverain.

Dans le film, James DeMonaco démontre que le gouvernement incite les Américains à se purifier pendant cette journée où plus il y aura de participants, plus la cohésion sociale (état d'une société où la solidarité est forte et les liens sociaux intenses) sera solide.             « American Nightmare » souligne, pour exprimer cette idée de Hobbes, que le gouvernement laisse aux citoyens la liberté de tuer car cet acte peut porter atteinte à une paix morale et psychique (ce qui concerne la pensée, l’état de conscience). Si le gouvernement n’a pas le droit de forcer les américains à s’entretuer pour garantir une paix, il fait donc recourt à l’incitation.

Conclusion

Pour conclure, le film apparaît comme une satire de l’intention des politiques américains ou bien encore, les ambitions philosophiques des « Pères Fondateurs » figurants aux Etats-Unis. « American Nightmare » cible les penchants actuels des conservateurs en pointant du doigt l’extrémisme patriotique, la recherche de sécurité, et les dérives de la liberté. Pourtant, il est difficile d’y voir un soutien sur la mise en lumière d’une domination sociale-physique car l’égalité entre les hommes est peu perceptible. Si James DeMonaco sous-entend avoir trouvé les remèdes de la crise socio-économique, il apporte peu de solutions mais formule une seule exigence : celle de ne pas compter sur le peuple.           

 

 

 

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