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fredericgrolleau.com


"Leave no trace" et la conscience du sujet (exercice 1)

Publié le 16 Novembre 2018, 08:35am

Catégories : #Philo & Cinéma

"Leave no trace" et la conscience du sujet (exercice 1)

Leave no trace et la conscience du sujet

Exercice : Mettre en relation la bande-annonce officielle du film avec les éléments du cours sur le sujet (la conscience, Descartes, Lévinas)

Proposition de traitement par Mihiri Wijetunge, Lycée Albert-Ier de Monaco,TES1, novembre 2018.

 

Leave no trace

réalisatrice : Debra Granik (2018 )

avec : Thomasin McKenzie, Ben Foster, Jeff Kober

genre : drame

durée : 1H49mn

Synopsis

Tom a 15 ans. Elle habite clandestinement avec son père dans la forêt qui borde Portland, Oregon. Limitant au maximum leurs contacts avec le monde moderne, ils forment une famille atypique et fusionnelle. Expulsés soudainement de leur refuge, les deux solitaires se voient offrir un toit, une scolarité et un travail. Alors que son père éprouve des difficultés à s'adapter, Tom découvre avec curiosité cette nouvelle vie. Le temps est-il venu pour elle de choisir entre l’amour filial et ce monde qui l'appelle ?

Proposition élève 1

Leave no trace, film réalisé par Debra Granik, retrace l’histoire d’un père, vétéran qui a fait le choix de vivre dans l’isolement dans la nature avec sa fille. Celui-ci lui enseigne les règles de survie et les moyens de s’adapter à ce nouvel environnement en contraste avec « le monde des hommes ». Mais leur aliénation choisie de la société est interrompue par l’intervention du monde extérieur, d’où la présence d’une assistante sociale qui tente « d’aider » cette famille et notamment la jeune fille afin de réintégrer la société donc de les extraire de leur vie d’isolement. Etant donné qu’il s’agit d’un choix de vie, on peut se demander s’il est légitime, s’il est juste de se donner le droit de leur imposer un mode de vie qui ne relève pas de leur libre arbitre. On pourrait déceler une forme d’arrogance de la part de la société, qui, en quelque sorte se croit supérieure à la nature et qui restreint, de fait la liberté des individus de par ses normes qui, pour elle, relèvent d’une vérité universelle. C’est là où l’on voit toute l’arrogance et l’impossibilité de communiquer entre les hommes.

Ce hiatus est souligné par un philosophe juif du XXème siècle Lévinas, qui explique dans Totalité et infini qu’il existe une distance irrépréssible entre les hommes : entre deux intériorités, il n’y a pas de lien commun, ce qui justifierait l’incompréhension entre le père et la fille face aux implications de l’assistance sociale. On pourrait d’ailleurs interpréter cette différence entre ces deux intériorités par la collusion de deux mondes : « la vie sauvage » face à une société dite civilisée. Chacun en son intériorité possède une vérité à laquelle les autres intériorités ne peuvent accéder et qu’elles ne sauraient donc comprendre. De plus, le fait que le père et la fille vivent dans la nature, isolés, est un moyen de se rapprocher le plus de leur intériorité, de leur for intérieur car la nature est un lien de paix et d’harmonie en opposition avec un certain chaos au sein de la société. La nature pourrait être un guide dans la quête de soi ; elle est d’ailleurs le lieu où l’humanité naquit. Le fait que les individus issus de la société rejettent le mode de vie du père et de la fille montre que les hommes pensent être supérieurs à la nature (une nature que l’homme a toujours cherché à dompter, à contrôler). De ce fait, ils s’éloignent de plus en plus de celle-ci et donc de leur propre nature, de leur conscience à laquelle ils ne cherchent pas à se confronter.

C’est justement ce que dit Descartes qui soutient dans le Discours de la Méthode que l’homme afin d’accéder à son intériorité et sa conscience doit s’isoler du monde et que l’on peut comparer l’homme à une forteresse.

 

Ce film montre bien le problème entre plusieurs individus issus d’un habitat différent qui ont du mal à se comprendre. Descartes insiste aussi sur le fait que personne, peu importe les dommages qu’il infligerait au corps humain, ne peut porter atteinte à l’âme. Ce qui est mis en avant dans le film par le père qui dit à sa fille qu’ils auront toujours « la liberté de penser ». C’est ce traduit le sens métaphysique de la liberté : l’esclave peut toujours penser qu’il est libre. En effet, le corps, le cadre, l’endroit ne sont que des réceptacles physiques qui ne pourront jamais contenir toute la splendeur et l’infinité de l’âme. L’homme, peu importe ses conditions, pourra toujours penser ce qu’il souhaite : la liberté de l’esprit est infinie face à la limite du corps. Mais cette forteresse censée être intouchable a été affectée. Dans le film, la fille qui suivait presque aveuglément son père veut se détacher de son mode de vie et s’adapter. Alors que son père souhaite demeurer dans l’aliénation physique et mentale, sa fille souhaite entrer en communication avec les autres :« it might be easier if you tried to adapt ». On pourrait penser à Rousseau qui dit que l’homme possède une capacité naturelle de s’identifier avec les autres et ressentir de la compassion, d’avoir de la sympathie. Alors que le père tient un discours proche de Lévinas, c’est-à-dire posant que le statut de la conscience exige le respect de la dignité, donc une « absence de communauté », de communication entre moi et autrui. Il est aussi intéressant de voir que, lorsque la fille dit « Mon père » à la question de l’assistante sociale « Où est ta maison ? », il y a une subjectivité et des sentiments qui font que son foyer, son refuge n’est finalement ni la nature ni la société mais un être humain. En l’occurrence, son père avec lequel elle partage une communion que personne d’autre ne peut comprendre ni modifier.

Le titre du film Leave no trace renvoie par ailleurs à une philosophie qui consiste à ne pas laisser de traces physiques. C’est une manière de penser qui semble rejeter tout ce qui révèle du physique alors que l’âme à une place suprême. Manière de signifier ici qu’il n’y aura pas de tentative de réconciliation entre l’âme et le corps ?

 

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