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fredericgrolleau.com


"Leave no trace" et la conscience du sujet - exercice 3

Publié le 28 Novembre 2018, 19:41pm

Catégories : #Philo & Cinéma

"Leave no trace" et la conscience du sujet  - exercice  3

Proposition de traitement par Hélène Ferreira Martins, Lycée Albert-Ier de Monaco, TES1,  novembre 2018. 

Le film Leave No Trace de la réalisatrice Gradnik conduit une histoire peu ordinaire et poignante qui, justement, sert à une réflexion philosophique intéressante avec deux notions tout aussi importantes. Comment garder notre liberté de penser lorsqu'on est physiquement contraint par des forces extérieures, qui nous dictent avec conformité ce que nous devons être ? Dans la solitude, pouvons-nous penser et choisir ce qui est bon pour nous ? 
En effet, le film pose le problème de savoir si un père, ici Will, a le droit de penser autrement que ce que la société souhaite que l'on fasse, pour sa fille Tom. D'ailleurs, ce nom peu féminin associé à la fille, pose un paradoxe ainsi qu'une contradiction avec ce que la société impose comme conformité rien qu'au niveau du choix des prénoms et peut donc être vu comme une provocation pour la société traditionnelle.
Cependant, le détachement de ces deux protagonistes du film de la société, leur permet, selon Descartes, d'exercer sur eux-mêmes une réflexivité mettant en doute les acquis que la société aurait définis. En effet, cette introspection exigée par le cogito de Descartes impose une coupure physique avec le monde afin de passer cette épreuve pour penser pour soi-même. Cette introspection que le père s'impose avec sa fille est rendue alors possible par une connaissance de soi-même dans ce que Descartes appelle le solipsisme. C'est alors cette subjectivité qui permet au sujet de se rendre libre des obstacles et forces extérieurs, car étant conscient de chacun de ces actes intellectuels émanant de sa propre volonté, il lui permet de prendre du recule ou bien s'évader de l'emprise sociétale sur sa conscience afin de bâtir sa propre opinion. Or, dans ce petit extrait, ils seront finalement rattrapés par les autorités détruisant ce qu'ils ont réussi à construire, autant sur le plan environnemental qu'intellectuel.

Cependant, le père dit explicitement à sa fille : "On garde notre liberté de penser". Ce qu'il souhaite dire (conception cartésienne) est que l'âme - reflétant alors notre conscience qui est la manifestation de notre pensée - ne peut être enlevée, voire détruite. En effet, l'âme est notre intimité. Une intimité impénétrable à ceux à qui on n'autorise pas l'accès. 
Or si leur vie a basculé, c'est aussi en partie à cause de la non communication établie par Will et donc avec les autres. En effet, la perception cartésienne fait grandir la méfiance et fait notamment disparaître la confiance aux autres qui est alors compromise. Lévinas s'oppose à cette idée d'aliénation de la société. Cette soudaine adversité envers la société ne fera pas évoluer les choses et ne fera que diviser cette communauté humaine. Introduisant alors une distance entre moi et autrui à cause de cette "absence de patrie commune" selon Lévinas, qui fait de l'autre un étranger. Cette étrangeté est d'ailleurs soulignée par les différentes questions posées par l'assistante sociale - auxquelles la fille répondra hors de la conformité de la société. En outre, l'assistante sociale est choquée par ce que dit la fille, construisant alors une distance accrue par ce manque de compréhension, dû à l'absence de points communs. Elle ne comprend pas pourquoi la pensée, leur introspection, devient leur refuge, leur for intérieur. A contrario, sa perception de refuge se dirige vers un aspect purement physique et non spirituel. Alors le père et sa fille préfèrent garder un refuge intellectuel où leur pensée est libre, préservée par soi-même. Tandis que d'autres décident de rester confinés dans un refuge physique n'abordant pas la connaissance de soi.


 

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