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fredericgrolleau.com


"V pour Vendetta" (exposé)

Publié le 26 Juin 2018, 08:12am

Catégories : #Philo & Cinéma, #Philo (exposés)

"V pour Vendetta" (exposé)

proposition de traitement par mlle  Maczka Galpin (CPE saint-cyr)

 

Ce film est tiré de la bande-dessinée du même nom de Alan Moore, il a été adapté au cinéma par James McTeigue d’après un scénario des frères Wachowski, créateurs de la trilogie Matrix.

Sorti en 2005, ce film se déroule au XXIème siècle à Londres, sous le régime autoritaire, raciste et homophobe du chancelier Setler.

Une nuit alors que Evey Hammond se fait agresser par trois « gardiens de l’ordre », surgit un curieux personnage masqué* : V. Cette rencontre va changer sa vie…

 

Extrait approprié :

                                                *04 :50 à 06 :20

 

Thèmes principaux :

La justice, la liberté et les Idées.

 

Problématiques possibles :

La fin justifie t’elle les moyens ? Se servir de la violence pour défendre l’Idée de justice : n’est ce pas incompatible ?

 

  1. Le personnage de V

 

  1. Un homme en quête personnelle.

V est un homme charismatique, tout passe par sa personnalité car on ne voit jamais son visage, on ne connait jamais son véritable nom, on ne connait de lui que le personnage qu’il incarne. Le vengeur.

Il travaille à sa vengeance, c’est un acte individuel, une agression envers autrui. Il juge que la justice n’existe plus dans la société gangrénée par le parti de Setler (« Madame Justice a prit de longues vacances »*). Il use donc de sa propre justice. On peut rapprocher ses actions de ce que Hegel nomme la loi du talion, c'est-à-dire, punir en proportion du crime commis. Au fil du film on apprend d’où provient la haine, moteur de sa vengeance. La loi du talion y est incarnée de la façon la plus primaire de ce que l’on peut en tirer. En effet, ici, V rend la violence par la violence, il n’y a pas, pour lui, d’autre moyen de réparation pour les traumatismes dont il a été victime.

Mais, derrière cette vendetta, cette réponse violente a des actes qui le furent tout autant, V lutte également pour une idée : la Liberté. Pour elle il est prêt a tout sacrifier, omis sa vengeance qu’il exerce en parallèle. Il va, tout comme Socrate et nombres d’hommes, sacrifier sa propre vie pour cela.

 

  1. Un instrument du changement

V est l’incarnation même de cette grande Idée qu’est la liberté, par cela, il perd encore un peu plus son humanité, déjà fortement volée par le masque qui toujours lui sert de visage : « je ne suis que l’instrument adapté à la besogne qui m’est conférée, je suis le masque de moi-même. »**. C’est un révolutionnaire qui veut changer le régime, un descendant de Guy Fox. Pour cela, il va prendre appui sur le peuple et à travers  ce dernier, il va se servir d’Evey. Celle-ci est l’image de ce peuple, cherchant à rester invisible au parti pour jouir d’un semblant de paix***. Or, V va agir sur elle autrui dans l’extrait de l’être et le néant de Sartre. Aux côtés de V, Evey fait enfin face directement à ce qui ce déroule. Elle devient disciple de V et même si elle en souffre, elle comprend les raisons des douleurs qu’elle endure****.

 

Extraits appropriés :

   *08 :55 à 09 :10 à V et Evey sur les toits de Londres, v explique ce à quoi ressemble la justice dans cette société.

 **06 :25 à 07 :50 à rencontre entre Evey et V, présentation de ce dernier dans un long monologue.

***27 :15 à 28 :30 à Début difficile d’une cohabitation obligée entre les deux personnages.

****41 :05 à 41 :20 à Prise de conscience de Evey.

 

 

Texte de référence :                        Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant, 1943

                Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi, je ne le juge ni ne la blâme, je le vis simplement, je le réalise sur le mode du pour-soi. Mais voici tout à coup que je lève la tête : quelqu’un était là et m’a vu. Je réalise tout à coup toute la vulgarité de mon geste et j’ai honte. Il est certain que ma honte n’est pas réflexive, car la présence d’autrui à ma conscience, fût-ce à la manière d’un catalyseur, est incompatible avec l’attitude réflexive : dans le champ de ma réflexion je ne puis jamais rencontrer que la conscience qui est la mienne. Or autrui est le médiateur entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. Et, par l’apparition même d’autrui, je suis mis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c’est comme un objet que j’apparais à autrui. Mais pourtant cet objet apparu à autrui, ce n’est pas vaine image dans l’esprit d’un autre. Cette image en effet serait entièrement imputable à autrui et ne saurait me « toucher ». Je pourrais ressentir de la colère en face d’elle, comme devant un mauvais portrait de  moi, qui me prête une laideur ou une bassesse d’expression que je n’ai pas ; mais je ne saurais être atteint jusqu’aux moelles : la honte est, par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit.

  1. Dans cette première phrase, Sartre nous montre que l’homme dans la solitude de sa conscience accepte de sa personne certains actes qui peuvent pourtant être parfois immoraux. C’est le cas de Evey et du peuple londonien, qui se cache non pas leur action mais justement leur inaction face au parti et au pouvoir du chancelier.
  2. Ici, l’auteur amène un perturbateur a l’action réalisé par le sujet, Autrui. Dans le film, Autrui est le personnage de V.
  3. Pour finir, Sartre nous montre quel effet a Autrui sur le Sujet. Ce dernier intègre a sa conscience, l’image de lui-même que lui renvoi Autrui, et voit alors son acte avec un autre regard, un regard extérieur, qui le pousse à la honte et au regret. Cette action d’autrui sur le Sujet est ce qu’entreprend V tout au long du film, sur le peuple et plus particulièrement sue Evey.

 

 

  1. De nobles raisons sous de violentes actions

 

  1. Un pouvoir à vaincre

Le pouvoir du chancelier Setler est totalitaire, c’est une société régit par la haine et la peur. Il use des médias comme propagande. Cette société a tout de la contre utopie. C’est un monde brutal, injuste et arbitraire. Il est contrôlé par une milice qui s’accorde tous les droits pour punir.

Setler est LA figure du pouvoir, mais, il n’est qu’une image vociférante sur un écran géant*, mais une fois descendu de son piédestal, il redevient un homme, faible et soumis et la violence des hommes. Ainsi, on va le voir défait de sa puissance lors du dernier acte de la vengeance personnelle de V.**

 

  1. Un peuple à sortir de sa soumission

Le peuple de Londres a élu Setler puis a lentement abandonné ses libertés et s’est soumis aux lois du parti (couvre-feu, milice…).

V veut changer cela. Pour cela il va a l’encontre de Descartes quand ce dernier parle de « changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde ». V va tout faire pour métamorphoser cette société corrompue, il va pousser le peuple dans une révolution pacifique, une désobéissance civile. Il le mène à une action très théâtrale et fortement symbolique en faisant distribuer à tous une réplique de son costume. En effet, à la fin, tout le peuple, à l’appel de V, se réunit devant le parlement, et lors de la destruction du bâtiment, ils enlèvent tous leurs masques, comme pour signifier qu’ils sont enfin débarrassés d’un rôle de soumission qu’ils avaient jusque là accepté par peur***.

Pour ce qui est d’Evey, il semble la détruire, mais, comme dit Merleau Ponty, exister c’est s’engager. A sa façon, V fait exister Evey**** et avec elle tout le peuple de Londres. Il les réveille d’un sommeil d’où ils s’étaient eux-mêmes plongé.

 

  1. Des actions impressionnantes

La vendetta de V ne passe pas seulement  par la simple vengeance personnelle et la libération du peuple.

En effet, V veut marquer les esprits de son Idée de liberté. Pour cela, il une de mises en scène grandioses et de cibles symboliques° ainsi que d’une grande violence. La première et la dernière de ses actions se déroulent un 5 novembre en souvenir de l’année 1605 où Guy Fox a voulu lui aussi faire sauter le parlement pour la liberté.

Il anéantit les lieux qu’il considère comme étant désormais vide de sens sous le pouvoir du parti.

Ainsi, il détruit de façon très théâtrale la Justice°°, car elle est ici fausse et inefficace, puis, s’attaque au siège de la chaîne unique de télévision afin de diffuser un message au peuple. Enfin il termine par le parlement, signe de pouvoir de Setler et de son parti.
Extraits appropriés :

                                      *1 :47 :30 à 1 :48 :36

                                    **1 :48 :37 à 1 :49 :05

                                  ***1 :58 :45 à fin

                               **** 1 :07 :00 à 1 :08 :20 et de 1 :16 :16 à 1 :22 :26

                                      ° 31 :00 à 31 :20 à explication de la symbolique des bâtiments

                                     °°09 :36 à 10 :30

                                  °°°1 :57 :50 à 1 :58 :15

               

Texte de référence :                        René Descartes, Discours de la méthode, IIIème partie, 1637

 

Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde ; et plus généralement, de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait de notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse, et ainsi pour me rendre content. (…)

 

  • L’action de V est la totale antithèse de ce qu’énonce et explique Descartes. En effet, le philosophe argumente l’idée selon laquelle le contentement de l’homme résiderait dans la persuader de l’esprit de l’inutilité de certains désirs, ce qui est de l’auto frustration. Or, V fait tout le contraire de cette maxime, il va en effet faire plier la société à ses désirs, à son Idée. Il nie l’impossibilité de cette réalisation, li va jusqu’à transférer ses désirs en Evey pour être certains de leurs réalisations.

               

 

 

Conclusion :

Ce film n’est pas manichéen, en effet, V, bien qu’il soit la figure du libérateur, commet des actes de vengeance qui sont par conséquent répréhensibles car ce sont des agressions. Cependant, il n’est pas non plus seulement l’Exécuteur, il est l’Idée, il est celui qui conquit et libère le monde, il est un tout. Il est le miroir du peuple*.

V pour vendetta, est surtout un film que l’on peut qualifier d’idéaliste, car, la liberté est ici l’Idée principale. Elle a traversé le temps, de 1605 au XXIème siècle, de Guy Fox à V, elle vit en ces hommes, elle les habite, les transcende, va jusqu’à leur prendre la vie pour continuer à exister**.

 

                Extrait approprié :

                                                  *1 :58 :15 à 1 :58 :45

                                                ** 00 :37 à 02 :10

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