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fredericgrolleau.com


"Le portrait de Dorian Gray" ( sens philosophique)

Publié le 19 Janvier 2018, 10:55am

Catégories : #Philo & Cinéma

"Le portrait de Dorian Gray" ( sens philosophique)

Le portrait de Dorian Gray (film de 1945)  - Devoir de Philosophie : mettre en corrélation le film avec les cours portant sur le sujet, la conscience, l'inconscient et le désir

proposition originale de traitement par Aurélien Museux T°S4, Lycée Albert Ier de Monaco, janvier 2018, l'élève inventant un article permettant sous forme dialoguée de présenter les concepts en présence...

 

               

"Dans cet article extrait d'un fameux quotidien anglais, on peut lire une interview entre un journaliste et un professeur de philosophie qui a emmené ses élèves à la cinémathèque :

Journaliste : Bonjour  Monsieur, vous venez d'assister avec vos élèves à un film qui a ému toute la salle. Mais là n'est pas le but de notre conversation, j'aimerais que vous éclaircissiez pour nos lecteurs, l'objectif philosophique de ce film.

Professeur : Bonjour, je voudrais débuter cette critique philosophique du film Le portrait de  Dorian Gray en parlant de l’oeuvre en elle-même. Il s’agit d’un film inspiré du roman Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, auteur du XIX° siècle. Le roman a été publié en 1891. Le film est sorti en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’oeuvre est donc située dans un contexte historique particulier.

Journaliste : Voilà un bref résumé du contour de l'oeuvre. Ma première question est de savoir : si vous étudiez en classe cette oeuvre avec vos élèves, comment aborderiez vous le sujet ?

Professeur : Premièrement, l’étude des personnages permet de dégager les enjeux philosophiques présents dans ce film. Le personnage avec lequel l’étude débutera sera non pas Dorian Gray mais Lord Henry Wotton qui a influencé le jeune Dorian. Son importance paraît limitée au premier coup d’oeil, en réalité il est d’un intérêt capitale. En effet, les premiers plans du film mettent en avant ce dernier qui s’en va rendre visite à Basil Hallward et à Dorian Gray. Lord Henry Wotton est donc la clé de l’histoire et de part sa venue chez Basil Hallward être le dernier coup de pinceau qui créera “l’horrible” portrait de Dorian Gray.

Journaliste : Quand peut-on considérer que l'histoire est véritablement lancée, c'est-à-dire, quand à lieu l'élément déclencheur de la future folie de Dorian Gray ?

Professeur : La scène qui réunit les trois personnages est décisive et révèle toute l’importance de Wotton. Le jeune Gray prend la pose pour un tableau de Basil, et la beauté émane de cette toile. La jeunesse “la seule chose précieuse” selon Lord Henry Wotton, amène le point de vue quasi-philosophique de ce dernier et Dorian Gray semble déjà être tombé dans ce que la voix du narrateur appelle “le credo de la folie”.

Journaliste : Si j'ai bien compris, vous placez Lord Henry Wotton comme personnage le plus important de l'histoire, mais que nous dévoile-t-il sur sa nature ?

Professeur : Lord Henry Wotton apparaît comme un personnage influent, mais surtout qui semble comprendre le jeu du “masque”. La chose qui peut cacher la misère de l’Homme est la jeunesse ainsi que la beauté qui va avec. Wotton pose donc indirectement la question : de quoi est-on constitué ? Sommes nous un masque, des “capteurs sensoriels” (il fait allusion aux sens), une âme, ou bien encore la réunion des trois ? Et surtout qu’est ce qui permet d’unifier tous ces aspects ?

Journaliste : Lord Henry Wotton est influent et loquace durant cette rencontre. Qu'en est-il de l'attitude de Dorian Gray, et surtout qu'exprime cette attitude adoptée par le jeune M.Gray ?

 Professeur : Dorian Gray durant cette rencontre est présenté comme quelqu’un de souriant et aimable. Il apparaît comme quelqu’un qui sait porter le masque de la société. Son “enveloppe” extérieure est immédiatement dévoilée, quant à son intérieur, rien n’est appris aux spectateurs. On en sait plus sur Lord Henry Wotton que sur Dorian Gray. Cependant il est dit à travers la voix-off : “Comme si un étranger lui révélait ses pensées secrètes”, à la suite du discours d’Henry. Cette phrase est à double sens, non seulement parce qu’un étranger est parvenu à pénétrer dans ses pensées mais également la non-connaissance du soi et mise en avant. Dorian Gray semble se découvrir, du moins se redécouvrir. “Il prenait conscience de sa jeunesse”, il ne se connaissait pas et la conscience semble donc être l’outil de la connaissance de soi-même. On peut donc d'emblé définir Dorian comme une personne instable ou du moins, qui ne tardera pas à l'être.

Journaliste : Vous avez défini Dorian Gray comme une personne instable, mais comment qualifierez vous la personne elle-même de Dorian ?

Professeur: “Si le portrait pouvait changer et moi demeurer tel que je suis”. Dorian  prononce la phrase qui amène à se questionner entre la différence d‘une représentation de nous et nous-même. Jusqu’ici Dorian Gray est un personnage remarqué par ses caractéristiques physiques mais enfin que représente un portrait à part des traits physiques ? Qu’est ce qui constitue réellement Dorian et qu’entend il par : moi demeurer tel que je suis ? Il donnerait son âme, mais serait-il lui même après avoir donné son âme ? Un flou incontestable est donc volontairement jeté sur la personne de Dorian, on devine en revanche que c'est quelqu'un influençable. On en apprend plus sur Dorian lors du repas auquel il assiste avec Lord Henry Wotton. Il est quelqu’un de bon, oeuvrant pour la charité. Cela nous apprend déjà tellement sur la suite du personnage, lorsqu’il donnera son âme il deviendra sans doute quelqu’un de détestable. Il changera et ces changements se ressentiront sur le portrait de Dorian d’après les voeux qu’il a formulé au début de l’oeuvre.

Journaliste : D'après cette première analyse des personnages, pouvait vous déjà nous donner un aspect philosophique évident qui émane de ce film ?

 Professeur : Un aspect philosophique de cette oeuvre est la conscience. On reconnaît comme qualité de la conscience, son pouvoir unificateur du sujet. Or ici elle est complètement destructrice puisque lorsqu’il prend conscience de sa jeunesse, il sonde son "lui-même" en deux : son apparence physique et son âme. La conscience n’a pas fait son “travail” et le sujet de Dorian Gray est détruit.

Journaliste : Vous nous donner comme aspect philosophique de cette oeuvre la conscience, mais comment peut-on s'interroger sur la légitimité si je puis dire de cette conscience ?

Professeur : En effet, on peut également s’interroger sur la réalité de cette conscience. Une fois de plus ce questionnement n’est possible que par l’étude du personnage de Lord Henry Wotton. Il amène son idée sur la jeunesse et ce qu’un être extérieur perçoit d’un autre être. Dorian est d’emblé envouté par le “credo de folie”. Il prend conscience lors de la récitation de ce credo de folie. Lord Henry Wotton semble étaler ses idées “malsaines” à tout va sans montrer pour autant se montrer convaincue de ce qu’il dit. Il parle dirait-on aujourd’hui pour faire polémique. Cependant Wotton dirige Dorian Gray par ses phrases, il n’est plus lui-même puisqu’un étranger vient de lui révéler ce qu’il pensait en réalité. Il s’agit donc ici d’une prise de conscience intérieure erronée puisqu’on le guide dans son âme. Ce qui explique alors l’effet destructeur de sa prise de conscience puisqu’en réalité il n’est autre que aliéné par les idées de Lord Henry Wotton, il est manipulé.

Journaliste : Vous nous dites donc que cette conscience est fausse, qu'elle ne vient pas de Dorian Gray et ne peut donc être vraisemblable, il ressort tout de même de cette "prise de conscience" un réel désir, comment envisagez vous alors cette possibilité ?

Professeur : Cette destruction constatée  fait finalement l’objet d’un énorme désir aux yeux de Dorian Gray, le caractère humain du désir. Bien que la réponse à la question suivante semble évidente, étudions le succès réel de ce désir. Dans cette situation, l’objectif de Dorian Gray est d’échapper au vieillissement, et par ce biais éviter l’ordre des choses. On peut définir l’ordre des choses comme une succession d'événement aléatoires qui n’altère pas la morale et le physique d’un individu. On est assuré de voir tous ces désirs comme un succès lorsque l’ordre des choses est respectée. Le désir le plus cher de Dorian Gray est donc inévitablement un échec. A noter l’acharnement de ce dernier dans la quête de son objectif, Dorian semble placer le fait de ne pas vieillir au niveau de besoin. Or n’est besoin que ce qui n’est vital et naturel à l’être. Ne pas vieillir n’est pas naturel et contre le sens même de la vie, le désir de Dorian semble être un véritable emmêlement de sa personne “restante”.

Journaliste : Existe-t-il une dimension artistique dans le nouveau personnage de Dorian après ce désir acharné que vous ramenez au niveau de besoin ?

 Professeur : On relève également dans cette manipulation un désir de rester jeune est de rester maître de son apparence physique qui apparaît sur le tableau peint par Basil. La question de l’art rentre donc en jeu dans la part du désir dans ce film. Il n’est pas maître de lui mais tiens à maîtriser son apparence physique. Selon Basil, le tableau ne doit pas appartenir à celui qui la peint mais à celui qui est représenté dessus. En ce sens, Dorian est parfaitement conscient de ce qu’il attend, il entre non seulement en possession matérielle de la toile, mais une connexion “mental” se crée entre lui et le tableau. Il ne régit pas son âme mais contrôle parfaitement son apparence physique. Le premier enlaidissement constaté sur le tableau, le pli hautain de la bouche, est encore dû à Lord Henry Wotton, qui conseil le jeune Dorian quant à l’attitude à adopter avec Sibyl, la jeune chanteuse. On assiste donc réellement bien à une destruction totale de la personne de Dorian Gray, ce qui est caché au fond d’une pièce aux yeux du monde. Le “moi” pour le monde extérieur est vraisemblablement qu’une question d’apparence physique et non pas de morale.

Journaliste : N'y a-t-il pas finalement un paradoxe qui se crée entre le désir acharné de            Dorian à garder son "moi" extérieur et perdre son "moi" intérieur ?

Professeur : Il s’agit d’une personne corrompu, brisée et anéantie par elle même. Rappelons que l’image cachée dans la pièce inconnue se dégrade au fil du temps. Or une des deux solutions pour renoncer au désir est la contemplation esthétique, ce qui est complètement raté dans le cas du jeune Dorian. Pour éteindre son désir de jeunesse, il doit redonner son aspect premier au tableau et ainsi prendre sur lui tout son horrible passé. Alors la contemplation de la toile redevient une contemplation esthétique du beau et jeune Dorian et cela est possible car le désir de jeunesse s’éteint avec lui-même. Le désir de rester lui-même a amené à une personne tout à fait différente de lui, un paradoxe se crée il veut rester lui même en changeant son aspect.

Journaliste : Comment concluriez vous cette interview, et quelle problème philosophique proposeriez vous aux lecteurs de notre quotidien ?

Professeur : On peut donc conclure sur cette critique en posant finalement le problème philosophique qui résulte de ce film. La question générale de cette oeuvre est : Dans quelle mesure la conscience nous trompe-t-elle ? Car nous avons vu que la conscience trompe Dorian, et je finirais par une ouverture sur une pensée de Descartes qui dit : "Je pense" et qu'en ce sens il n'est pas trompé. La conscience serait-elle donc un moyen parmi tant d'autres pour nous tromper ?"

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