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fredericgrolleau.com


La conscience de soi est-elle une connaissance ?

Publié le 13 Janvier 2015, 14:55pm

Catégories : #Philo (textes - corrigés)

Proposition de traitement par christian nahas, Lycée Albert 1er de Monaco, TES1, novembre 2014.

De son étymologie latine « CUM SCIRE », la conscience veut dire le savoir revenant sur soi-même. Cette conscience en question est dans ce cas réservée à l’Homme car les animaux possèdent seulement le premier degré de conscience qui est végétatif. Tout Homme possède une conscience mais elle n’est pas la même pour tous.
On pourrait alors se demander s’il se cache une idée derrière cette conscience de soi. La conscience que détient l’humain est-elle une connaissance ? Une connaissance de quoi ? Or nous devons comprendre de quelle sorte de connaissance parle-t-on; un savoir ? On pourrait même être amené à se demander, si c’est bien le cas, si la conscience de soi est constamment une connaissance ou si elle dépend de la conscience.

C’est à travers ces questions que nous comprendrons qu’en effet la conscience de soi peut être une connaissance mais que ce n’est pas toujours le cas. Ce n’est pas toujours le cas d’après notre interprétation de la connaissance humaine. Afin de mieux comprendre ce duel, l’idée de conscience partielle et même d’inconscience est traitée pour mieux différencier ou rapprocher la conscience de soi et une connaissance.

La conscience est un terme général qui peut se diviser en trois puisqu’il n’existe pas une seule forme de conscience universelle et identique à tout être vivant. Le premier stade de cette conscience est dit spontanée ou végétative car elle est partagée par Hommes et animaux. C’est cette conscience qui est omniprésente lorsqu’on agit ou pense, la conscience du présent. Mais ce n’est pas de celle-ci qu’on parle ici lorsqu’on pose la question « La conscience de soi est-elle une connaissance ? ». On pourrait s’interroger pour savoir si les animaux ont une connaissance de leurs actions lorsqu’ils sont guidés par leur conscience spontanée tout comme les Homme en général dans leur vie. La conscience réfléchie, voire morale, de soi permet à l’Homme de se différencier des autres grâce à sa supériorité intellectuelle et le pouvoir de revenir sur ses faits. Comme le dit Descartes au 17ème siècle dans Le Discours de la Méthode : « Je pense donc je suis ». Ceci signifierait donc que l’Homme par le fait de penser prend conscience qu’il existe bel et bien physiquement et intellectuellement sur Terre. La simple prise de conscience donne à l’Homme une preuve de sa présence sur Terre car sa conscience morale le guide et le juge constamment.

Cette marque de pensée et de prise de conscience est uniquement réservée à l’Homme. Ce dernier apprend un grand nombre de savoirs au cours de sa vie qui lui permettent d’acquérir une connaissance, c’est-à-dire une compréhension et une analyse du monde qui l’entoure. La connaissance de soi-même est à la source du « cogito ergo sum » définit par Descartes au 17ème siècle, qui essaye de lui trouver un fondement solide. L’intuition, le regard à l’intérieur de soi, montre que l’Homme s’observe et se juge grâce au juge intérieur. C’est se juge qui va classer nos actions en tant que justes ou mauvaises en fonction des critères universels imposées par la société comme le dit Lévi-Strauss.

Dans les Fondements de la Métaphysique des Mœurs en 1795, Emmanuel Kant explique que la conscience morale est « inhérente à son être », c’est-à-dire qu’aucun être peut s’en échapper puisque l’Homme agit en fonction de la morale. C’est la connaissance de soi et son existence qui montre bien que la conscience fait partie de notre physiologie qui la soutient. La conscience de soi devient donc une connaissance de soi-même. Sartre va plus loin dans son raisonnement en disant que « pour exister il faut agir ». Son courant de pensée : l’existentialisme qui apparaît vers la moitié du 20ème siècle suggère que le simple fait d’avoir une conscience de soi n’est pas assez pour exister comme tel ou tel. C’est à travers nos actions que nous existons d’après Sartre puisque « Nos actions nous engagent ». Le fait d’agir de telle ou telle façon place l’Homme dans une certaine position dans la société.

Puisque la conscience de soi est une connaissance, l’Homme a connaissance de son rôle dans la collectivité et y est donc condamné. Kant propose que l’Home essaye au plus d’obéir à son juge intérieur sinon ce serait l’effondrement de la société entière. La connaissance de l’Homme est assez puissance pour qu’il prenne conscience de ses actes, c’est-à-dire pour qu’il prenne conscience de soi. Puisque la conscience de soi est une connaissance, cela voudrait-il dire que l’Homme peut désormais acquérir cette conscience ? Tout comme l’Homme apprend de nouvelles choses peut-il donc remettre en question la conscience qu’il détient ? Et si cette conscience de soi n’était pas toujours présente, sa connaissance le serait-elle aussi ?

Jusqu’à présent, nous avons vu que la conscience de soi est une connaissance à l’Homme qui va le guider au cours de sa vie grâce au juge intérieur. Or comment la conscience de soi peut-elle être une connaissance si nous ne sommes pas toujours conscient ? Bien que les phénoménologues et notamment Husserl affirment que « Toute conscience est toujours conscience de quelque chose », cela est contesté par d’autres. En effet, Leibniz suggère dans les Nouveaux Essais sur l’entendement humain que l’Homme n’a pas toujours connaissance de sa conscience mais peut s’en rendre compte plus tard, lorsqu’il repense à un fait antécédent. Nietzsche adhère aussi à l’exemple de Leibniz selon lequel lorsqu'on entend le bruit de la mer qui est omniprésent par exemple, notre ouïe s’adapte à ce son et l'on ne se rend peut-être compte que le lendemain que ce jour-là, la mer était plus violente et faisait plus de bruit qu’un autre jour. Souvent, nos habitudes font que la conscience de soi soit seulement partielle et qu’on n’y fait pas tout le temps attention.

Puisque la connaissance peut-être acquise, l’Homme se plie à un certain nombre d’exigences. Dans Les Pensées, Pascal dit que « La vraie morale se moque de la morale ». Il suggère ainsi que la vraie morale, celle du cœur, de l’instinct, ne prend pas en compte la morale Humaine qui dépend du juge intérieur qui lui même repose sur les lois de la société. Ceci voudrait donc dire que la véritable conscience que nous avons de nous même n’est pas une connaissance puisqu’elle ne peut pas être apprise à travers la société. La conscience de soi n’est donc pas toujours une connaissance puisqu’elle n’est pas innée à l’Homme, seule la conscience est innée.

On pourrait alors être amené à croire que dès sa naissance, l’Homme a une conscience, mais un bébé de quelques jours a-t-il forcément la même conscience morale qu’un adulte ? Puisque sa conscience n’est pas encore soumise à la société, sa conscience n’est donc pas encore une connaissance. Le bébé ne sait pas encore qu’il a une conscience. Dans le cas où l’Homme ne serait plus conscient et deviendrait inconscient, sa connaissance demeurerait-elle lorsque l’Homme reprendrait conscience ?

La conscience de soi n’est donc pas une connaissance dans la mesure où cette conscience n’est pas toujours présente. Mais même dans le cas où elle le serait, la conscience de soi n’apporte pas ou n’est pas une connaissance à l’Homme. On peut très bien avoir des arrières pensées dans notre conscience qui ne se manifestent pas forcément ; c’est la thèse de Freud. On ne connaît donc pas tout le temps notre conscience puisque l’on peut être partiellement absent comme lors de nos rêves voir lorsqu’on sombre dans l’inconscience. L’Homme au réveil ne se souvient quasiment jamais de ses rêves bien qu’à un moment donné il les a vécus dans sa conscience durant la nuit. Dans ce cas, la conscience de soi n’est pas une connaissance pour l’Homme. Freud va encore plus loin et propose même que l’Homme peut à certains moments être inconscient, ce qui signifierait qu’il n’aurait pas (toujours) de conscience de soi.

La question : « L’inconscience est-elle une connaissance ? » peut alors se poser pour savoir si lorsque cette conscience de soi est totalement absente, la connaissance aussi. Or le terme connaissance à plusieurs sens ; il peut être compris comme un ensemble de savoirs acquis au cours d’une vie ou peut signifier la prise de conscience de quelque chose d’où en découle le verbe connaître.

Si l’on considère la connaissance de soi comme un savoir, on serait mené à croire que la conscience de l’Homme en fait sa grandeur comme le montre la citation de René Descartes : « L’Homme est comme maître et possesseur de la nature » au 17ème siècle dans le Discours sur la Méthode. Si en revanche on penche pour la deuxième définition de connaissance, ceci voudrait donc dire que l’Homme sait et prend conscience de sa conscience. Or nous avons montré que ceci n’est pas toujours le cas. Chaque Homme a sa propre conscience qui est comme nous l’avons vu dans un premier temps une connaissance. C’est sa conscience qui lui permet de juger ses actes et de respecter la collectivité à laquelle il appartient.

En revanche, lorsque ce dernier n’a pas conscience de soi, sa connaissance disparaît, ce qui souligne le fait que la conscience n’est pas toujours une connaissance. Nous nous sommes par ailleurs interrogés pour savoir si l’inconscience définit par Freud, pourrait expliquer le fait que la conscience de soi soit une connaissance selon le sens qu’on lui en donne.

La conscience de soi est-elle une connaissance ?

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